DE LA CONSERVATION DES RACES
Des molifs de plusieurs genres peuvent, ce nous semble, servir de guide dans le choix de ces étalons , et les croisemens que les cultivateurs sont engagés à pratiquer. Le vœu des agriculteurs praticiens doit avant tout être consulté. Les vétérinaires, qui par leur état sont appelés à voir beaucoup de fermes, peu vent éclairer aussi l'administration et les cul tivateurs eux-mêmes. Il y a beaucoup d'a vautage à prémunir les éleveurs contre le désir d'augmenter rapidement leurs races par l'emploi des plus gros étalons. fl leur est bien moins commun, lorsqu'on les jaisse libres, de chercher à les ennoblir intempestivement par l'usage des étalons nerveux et légers. Tous ceux notamment qui font travailler les poulains apprécient toute la distance qui existe entre l’élève d’un cheval de trait et celle des chevaux les pluslégers. Quant aux administrateurs du département, il importe beaucoup qu'ils voient cette affaire d’une manière plus élevée. Les croisemens doivent avoir pour but de nous procurer les espèces de chevaux qui nous viennent du dehors et que nous payons chèrement. Les chevaux de poste et de diligences se présentent en première ligne; ceux pour les carrosses et les équipages de luxe viennent en deuxième ligne. il nous suffit que ceux-ci aient le degré de beauté, de légèreté et de résistance des chevaux quenous tirons d’Allemagne,car nous en faisons venir fort peu d’Angleterre, et par exemple, les états des douanes n’en indiquent pas plus de 623.pour 1828.
Dans le court article qui précède, plusieurs questions n’ont pu être traitées que d’une manière incomplète. Nos lecteurs gagneront à consulter, en ce qui les concerne, plusieurs ouvrages et articles dont nous citons les principaux : le traité des haras domestiques en France, de M. Huzard fils; le travail de M. de Dombasle intitulé De la Production des chevaux en France, et inséré dans la sixième livraison des Annales de Roville; une lettre de Maitre Jacques Bujault, à laquelle nous avons ajouté quelques notes et que nous avons reproduite dans le recueil de médecine vétérinaire; des observations de M. Ammon, également reproduites avec des notes dans le même journal,-et pouvant avoir pour épigraphe : Tout le secret de faire de grands chevaux existe pour les Anglais dans le sac à avoine; le traité des haras de M. Demoussy; et le trailé de la cavalerie de M. de La Roche-Aymon.
MOOYNVPARE Directeur de l Ecole vétérinaire d'Alfort.
SECTION V. — Conservation des races dans l'espèce cheval.
Les races de chevaux, ainsi que cela vient d’être dit dans le chapitre qui précède , doivent dans beaucoup de circonstances ‘être conservées dans leur état de pureté. Ce n’est que lorsqu'elles ont dégénéré, ou qu’elles sont toul-à-fait inférieures à des races étrangères , qu'il peut convenir de les changer par le métissage. Pour prévenir la dégénération des races indigènes , comme aussi pour assurer le succès des croisemens, il existe plusieurs conditions d'âge, de sante et de conformation à rechercher dans les étalons et jumens consacrés à la reproduction. Ce:
‘ conditions vont être exatuinées.
$ I. — De l’âge auquel il convient d’accoupler le chevaux pour la conservation des races.
C’est une opinion généralement reçue que les étalons et les jumens ne donnent jamais de meilleur: produits que lorsque , parvenus à l’âge adulte, ou n'ayant pas beaucoup dépassé cet âge, ils ont acquis et n’ont pas en-
core perdu loute la force qui leur est départie *
par la nature.Ce principe, qui parait simple et fort sage, n’est pas aussi facile à appliquer qu’on pourrait le croire tout d’abord. Quel est l'âge adulte pour les chevaux ? Est-ce l'époque où les dents de lait sont complétement remplacées? Les dents de remplacement ont fait, dans toutes les races, leur éruption complète à 5 ans; 11 faudrait donc admettre qu'à 5 ans toutes les races sont également propres à la reproduction; mais les chevaux du nord et de l’ouest de la France atteignent à 3 ans 1/2, 4 ans leur maximum d’accroissement et de vigueur, landis que les chevaux limousins n’y arrivent qu’à 6 ans, d’où il résulte que l’âge de l’accouplement doit varier selon les races.
$ IT. — Inconvénient des femelles trop jeunes.
On devance fréquemment l’époque où il conviendrait de faire couvrir les jumens.
C'est là une cause puissante d’abâätardissement.
La pouliche qui est fécondée à 2 ans, comme cela se pratique souvent, n’a pas encore, comme la jument adulte, cette exubérance de vie qui, après la conception, se porte sur l’untérus , et Jui donne les moyens de nourrir le nouvel être. Chez elle, loute l’activité viiale ne doit avoir qu'un but, l'accroissement complet des organes; et tous les matériaux assimilables fournis par la digestion sont nécessaires à ce développement. Si, après la fécondätion. la force formatrice qui se développe dans l’utérus vient balancer ce mouvement de nutrition, la mère et le petit sujet se partagent des matériaux qui n’eussent dû servir qu'à un seul individu; tous les deux en souffrent ; la mère reste inachevée, le poulain naît faible et débile.
Une jument entièrement adulte donne des premiers-nés aussi vigoureux, aussi gros que ceux qu’elle donnera par la suite; c’est en raison des accouplemens prématurés qu'il est possible d'admettre, avec la plupart des auteurs, queles premières portées sont moins fortes que les suivantes. .
A cette première cause de dégénération des races , il faut ajouter encore que les jeunes bêtes, ayant le bassin peu évasée, mettent bas difficilement, qu’elles sont fréquemment chatouilleuses et qu’elles sont peu laitières.
$ III. — Inconvénient des étalons trop jeunes.
L'emploi des mâles trop jeunes est aussi une des principales causes de dégénération.
Par dégénération, nous ne croyons pas que l’on puisse enteudre la diminution de la taille, mais bien plutôt un affaiblissement de la constitution et de la bonté du tempérament.
Les cultivateurs flamands emploient beaucoup de poulains à la reproduction de l’espece
ANIMAUX DOMESTIQUES : DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE
LIV. III, chevaline, et rien n’indique qu’il y ait diminution de volumeou detaille dans les énormes chevaux que produit la Flandre, mais ils sont extrêmement mous et lymphatiques. Ainsi, nous le pensons, le tempérament étant un héritage des deux ascendans , il importe, pour conserver aux races toute la vigueur dont elles ont besoin, de n’employer à la reproduction que des individus dans toute la force de l’âge.
D'après Bourgelat, on ne doit permettre aux jumens lusage de l’étalon que lorsqu'elles auront atteint quatre ans, s’il s’agit de jumens épaisses, et cinq ans s’il s’agit de jumens fines et légères, tandis qu’on ne doit commencer à employer un étalon de selle qu'à six ans, etaà cinq aus l’étalon de trait ou de carrosse. En Angleterre, quoique les chevaux de selle, plus abondamment et surtout mieux nourris qu’en France, se développent plus vite, ils ne sont cependant employés à la monte qu'après l’âge adulte; il faut d’abord qu'ils aient suffi aux courses et qu'ils s’y soient distingués.
Nous venons de déterminer l’âge auquel il convient d’accoupler les chevaux. Voyons maintenant, pour conserver toutes les qualités d’une race, quel est le temps pendant lequel on peut les consacrer à la reproduction. Bourgelai convieut que les chevaux bien conduits, bien ménagés, et qui n’ont pas étalonné avant l’âge mûr, peuvent servir fort longtemps ; mais il est toujours prudent, pour ne pas souiller les haras de mauvais poulaius, de réformer les étalons dès qu’ils commencent à déchoir. On pourrait citer de nombreux exemples de très vieux chevaux donnant de très beaux produits; Aristote rapporte avoir vu saillir un étalon à l’âge de 40 ans. Nous avons vu un étalon de pur sang, du haras de M. Rieussec, le Raimbow, donner des produits toujours admirables dans l’âge le plus avancé. Pour l’âge de la jument, c’est encore le même principe avec les mêmes exceptions.
$ IV. — Conformation à rechercher dans les étalons et les jumers destinés à la reproducuon.
Pour la conservation et l’amélioration des qualités d’une bonne race, il ne suffit pas de choisir des étalons et des Jumens d’un âge couvenable, il faut encore que leur conformation soit aussi rigoureusement bonne que le comportent les ressources que l’on a à sa disposition. Dans le choix que l’on est ap-
| pelé à faire, on doit d’abord s’attacher à ces
qualités générales qui conviennent à tous les animaux, quel que soit le service auquel ils sont destinés; comme, par exemple, l’ampleur de la poitrine, qui est un indice de force et de résistance aux longues faligues, la solidité des membres généralement exprimée par le grand développement des articulations.
par la bonne conformation du pied ; la bonté du tempérament, qui se trouve, pour ainsi dire, traduite par le peu d'épaisseur de la peau qui dessine bien les muscles et les os qu’elle recouvre, sa souplesse, la finesse des crins, le peu de développement du tissu cellulaire, etc. Après ces beautés qui doivent appartenir à tous les chevaux de choix destinés aux travaux rapides, et autant que possible aux gros
car. 8°,
chevaux, on pourra rechercher celles qui s’harmonient le mieux, qui sont le plus en rapport avec le genre de service ou de produit que l’on veut obtenir des animaux qu’il s’agit de procréer. Veut-on des chevaux de gros trait; on choisira les reproducteurs armi les plus musculeux, en se rapprochant e plus possible du type qui a été tracé. Veuton des chevaux de poste, de diligence; on recherchera les formes qui annoncent le mieux la vigueur et la vitesse, telles qu’on les remarque, par exemple, dans le cheval percheron.
Veut-on des chevaux de course; on tiendra compte de la capacité de la poitrine, non pas en la mesurant par sa largeur, mais par sa hauteur et sa longueur; on tiendra compte aussi de l’obliquilé de l'épaule, de la longueur des avant-bras et des jambes. Veut-on enfin des chevaux de selle à allures douces et relevées, des chevaux de manége, en un mot, on aura égard à la longueur de la colonne vertébrale, à celle des canons et des pâturons et à la brièveté des avant-bras et des jambes.
$ V. — Appareillement.
Quelque perfectionnée que soit une race, on peutadmettre quetous les individus qui lacomposent pèchent, sans exceptions, par quelques défectuosités variables et plus ou moins sensibles, qui peuvent devenir extrêmes et caractéristiques de cette race, par l’accouplement des individus qui, au plus haut degré, possèdent les mêmes défauts, tandis qu'ils diminuent ou disparaissent si l’on a le soin d’appareiller l’élalon et la jument de manière à balancer les défauts de l’un par les qualités opposées de l’autre. Quelques exemples vont nous faire comprendre. La race que l’on veut conserver et améliorer pèche-t-elle par une tête busquée, des naseaux étroits, des yeux petits ; on choisit des étalons dont la tête soit carrée, le chanfrein large, les naseaux bien ouverts, et dont les yeux et les paupières soient parfaitement conformés. Les jumens pèchentelles par un garrot peu sorti, un corps long, une encolure grêle; on leur donne un étalon dont le garrot soit très élevé, le corps un peu court et l’encolure musculeuse. Il en est de même pour tous les défauts que l’on veut faire disparaitre.
Ce n’est pas en entreprenant de faire disparaître à la fois tous les défauts d’une race que l’on parviendra à l'améliorer; on conçoit tout de suite qu’il est impossible de toujours trouver à allier des individus présentant un contraste exact dans leurs beautés et leurs défectuosilés, et voulant trop faire on n'arrive à aucun résultat. Il faut donc s'occuper exclusivement du défaut dominant, et ne s'occuper avec persévérance d’un autre défaut que lorsque celui-là aura disparu. C’est en procédant ainsi que les Anglais sont parvenus à avoir les meilleures races dans toutes les espèces d’animaux domestiques.
Enfin il faut se rappeler que, dans l’espèce du cheval, il existe deux sortes de beautés : des beautés de convention d’abord qui dépendent de la mode et du caprice des amateurs, et qu'il en est d’autres qui sont plus essentielles, parce qu’elles sont un indice de la bonté des animaux, et nous pensons que bien