LIV
Quand les chaleurs se manifestent, soit naturellement, soit sous une influence artificielle, elles ont une durée variable et se renouvellent périodiquement pendant un certain temps, mais en diminuant d'intensité et de longueur. Il est avantageux de satisfaire les femelles lors de leurs premières chaleurs, car chez quelques-unes elles ne se reproduisent qu'à des époques très éloignées ; et si l’on est obligé d'attendre le retour de ces chaleurs pour faire couvrir les cavales, on court les chances de tous les inconvéniens qui résultent des saillies tardives.
Maintenant se présente la question de savoir si les saillies peuvent être répétées tous les ans ou si les jumens ne doivent porter que de deux années l’une. Si l’on consulte en cela le vœu de la nature, on se décidera pour l’affirmative, car il est d'observation que les jumens saillies 8 ou 10 jours après le part ne retiennent jamais plus sûrement. Nous devons ajouter que ces femelles ne paraissent pas souffrir d’être à la fois mères et nourrices, que les poulains de lait n’en pâtissent pas sensiblement ; nous ajouterons encore que la fécondation n'étant pas a baucoup près aussi assurée dans les iumens que dans les autres femelles, la reproduction serait insuffisante , si, à cette cause qui diminue déjà beaucoup lenombre des poulains, s’ajoutait l'habitude de ne faire couvrir les Jumens que tous les deux ans. De bons alimens, en quantité suffisante, donnés aux jumens et aux poulains, le ménagement que l’on apporte dans le travail des mères, permettent d'activer la reproduction sans que la santé et la bonté des races en souffrent la moindre altération. Aussi cette règle ne doit-elle souffrir que très peu d’excepiions.
$ I. — Nombre des femelles auxquelles un mâle peut suffire dans l’espèce équestre.
On ne peut fixer à priori le nombre des femelles qu’un étalon peut féconder. La puissance de saillir est en effet variable en intensité dans les différens étalons, et aucun signe extérieur, aucun caractère particulier ne peut en donner la mesure.
On reconnaitra qu’un étalon peutsaillir deux fois par jour, lorsque le temps de la saillie ne sera pas plus prolongé lesoir que le matin; mais s’il en est autrement, si le lendemain surtout la monte est sensiblement plus longue que la veille, on en tirera cette conséquence nécessaire que l’étalon ne peut, sans risquer d’étre bientôt ruiné, saillir aussi fréquemment. La durée de la monte étant prise pour mesure de la puissance de l’étalon, on ne devra pas s’en laisser imposer par son ardeur, par la promptitude avec laquelle il se jette sur Ja jument, mais le juger dans l’action même.
Quelques étalons ne peuvent saillir que de deux jours lun. Quant à la jument, elle est saillie trois ou quatre fois au plus, à deux ou trois jours d'intervalle, où à des intervalles plus longs. Moins ardente que l’étalon, elle le repousse dès que ses feux sont apaisés et qu'elle est fécondée. C'est de l'instinct, car le coït après la fécondation est fréquemment suivi de l'avortement. Quelques jumens font exception à cette règle;
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on a remarqué qu’en général ce sont celles dont la poitrine est délicate. ; En résumé donc, on ne peut fixer rigoureusement à l'avance le nombre de jumens ue les étalons peuvent couvrir. Dans le oute, il ne convient pas de s’exagérer leurs ualités prolifiques, tant à cause du mâle qu'il aut ménager, surtout s’il a beaucoup de valeur, qu'en raison des chances relatives à la fécondation des jumens. Cependant si l'on fait attention que, laissés en liberté avec des jumens, les étalons peuvent souvent saillir plus de 2 à 3 fois par jour, témoin cet étalon dont parle M. Huzard fils, et qui avait saute 17 fois la même jument dans un seul jour; si l’on remarque en outre que les étalons de grosse race, appartenant à des cullivateurs, couvrent jusqu’à 100 jumens dans une saison, on pourra penser que, sil ne convient pas dans les haras royaux d’imiter ces pratiques , il faudrait ne pas toujours ménager les étalons autant qu’on le fait, quand beaucoup de jumens se présentent à la fois bien préparées dans les stations. L'infécondité reprochée à certains des étalons de l'administration semble bien plutôt provenir de leur état d’embonpoint excessif, du repos presque complet dans lequel ils restent, que de leur épuisement par la monte et par l’âge.
$ II. — Précautions à prendre pour diriger l’opération de la monte.
L'acte de l’accouplement s'effectue de deux manières différentes, suivant que les animaux sont libres où maintenus par des liens; de là la distinction à établir entre la monte en liberté et la monte à la main, ou à l’attache.
A. — Monte en liberté.
Les animaux en liberté ne se livrent à l’accouplement que lorsqu'ils y sont sollicités de part et d'autre par ieurs penchans, les lois de la nature ne sont pas violées et la copulation est plus souvent fécondante.Aussi est-il d’observation que la méthode de la monte en libertéest celle qui donne le plus grand nombre de poulains. Toutefois, de graves inconvéniens empéchent d'adopter généralement cette méthode.
Dans la monte en liberté, l’étalon peut préférer une des jumens à toutes les autres, féconder celle qui fait l’objet de son choix et en laisser d’autres stériles; souvent aussi, lorsque les jumens ne sont pas complétement en chaleur ou sont chatouilleuses, elles se refusent à tout accouplement, ruent contre l’étalon qui veut les approcher, le rebutent et peuvent le blesser. Enfin les jumens dédaignées par l’étalon, jalouses de celles qu'il affectionne, les frappent, les tourmentent, les blessent, et peuvent mettre ainsi obstacle à la fécondation.
B. — Monte à la main.
. Dans le procédé de la monte à la main, la ument, coiffée d’un licol et pourvue d’une ricole, est amenée sur un terrain uni, sec et
solide. Ses deux membres postérieurs sont en-
través, et les longes qui passent dans les anneaux des entraves se croisent en diagonale sous le ventre, ou glissent de chaque côté du