LIV. II
plus les traits ou l’attache du palonnier ont de longueur, moins il tire de côté et moins il se fatigue.
Accidens que peut occasionner l’application d’un collier mal fait. — L'application sur le corps d’un collier mal confectionné peut donner naissance à des accidens souvent trèsgraves dont nous allons donner l’'énumération, pour prouver davantage encore combien est nécessaire la stricte observation des règles que nous avons énoncées.
La compression du collier sur le bord supérieur de l’encolure détermine souvent dans cette région la formation d’une tumeur de nature cornée (cor) qui finit à la longue par se détacher et par laisser à nu le ligament vertical. Quelquefois aussi dans cette même région, ou sur la partie antérieure du garrot, les frottemens réitérés d’un collier trop large occasionnent le développement d'une tumeur flegmoneuse qui s'ouvre et laisse encore exposé à l'air le ligament jaune de l’encolure. Dans l’un ou l’autre de ces deux cas l’accident est fort grave, car les plaies du ligament cervical et des éminences vertébrales sont très-rebelles à la guérison et entraînent après elles les conséquences souvent les plus fàcheuses.
Sur les pointes des épaules et sur les parties saillantes du poitrail, la compression d’un collier trop étroit où trop dur, ou les vacillations d’un collier trop large peuvent occasionner l’excoriation de la peau et déterminer, soit dans son épaisseur. soit dans le tissu cellulaire sous-cutané et les muscles sous-jacens, le développement de tumeurs dures difficiles à guérir, et qui, dans tous les cas, ont toujours l'inconvénient de mettre les animaux pour quelque temps hors de service.
$ II. — Confection d’une bricole.
Une bonne bricole doit avoir un poitrail trèslarge sur lequel le cheval puisse prendre un point d'appui solide; les coussins de son mantelet doivent être bien rembourrés, et laisser entre leurs bords supérieurs un espace vide dans lequel peut être logée, à l’abri de toute compression, la partie saillante de l’épine vertébrale.
La bricole est un appareil moins favorable pour le tirage que le collier, parce que sa surface de contact avec le corps est trop peu étendue pour fournir à l’animal un point d’appui solide. Ajoutons encore que le portrail étant dépourvu de coussins qui répartissent le contact du harnais sur toute la surface du corps de l’animal, nécessairement le contact doit se faire principalement sur les saillies des pointes des épaules et dans les mouvemens alternatifs des membres, plutôt sur l’épaule du membre posé à terre que sur celle du membre qui se lève. D'où résulte nécessairement que le cheval exécute le tirage seulement d’un seul côté, que son impulsion ne se trouve qu'irrégulièrement transmise à la résistance, et qu'une partie de ses forces est perdue pour elle.
La bricole ne doit donc être employée que dans les cas seulement où des lésions du ligament cervical et du garrot s’opposent à l’application du collier, ou bien pour les travaux
qui exigent le déploiement de peu de forces.
$ III. — Confection de l’avaloire.
La selle de l’avaloire est la partie de cet appareil qui demande le plus de soin. La précaution indispensable à prendre pour ce harnais, comme pour tous ceux qui sont placés dans le plan médian au-dessus de l’épine vertébrale, est de disposer les coussins de manière à ce que la partie saillante de lépine soit complétement soustraite à loute compression. Pour que cette importante indication soit remplie, il faut que les coussins soient bien rembourrés et interceptent entre leurs bords supérieurs un espace libre. Par cette disposition, l'appui se trouve reporté sur les masses musculaires qui longent l’épine dorsale, et le sommet de ses apophyses, logé à labri de toute compression dans l’entre-deux des coussins.
Le reculement de l’avaloire devra être suffisamment large pour permettre à l'animal d'y prendre franchement son appui dans les reculers et dans les descentes. En général, l'appareil de l’avaloire doit toujours avoir une force de résistance en rapport avec les efforts qu’il aura à supporter. Ainsi Conséquemment, l’avaloire du limonier aura des coussins mieux rembourrés et un reculement plus large que l’avaloire des autres chevaux, dans laquelle la selle peut être remplacée par un bras de dessus et le reculement presenter moins de largeur.
Accidens qui résultent de l'application d’une avaloire mal confectionnée.— Y,orsque la selle de l’avaloire n’est pas suffisamment arquée, et que ses coussins ne présentent pas assez d'épaisseur pour transmettre seuls toute la
ression de cet appareil sur les masses muscua qui longent l’épine lombaire, les apo-
hyses saillantes de cette épine peuvent être NE. à ou devenir le siége, soit d’une tumeur cornée qui, en se detachant, laissera à nu le ligament sus-épineux et les éminences qui le supportent; soit d’une tumeur flegmoneuse qui, en s’ouvrant, produira le même résultat. Accident identique, comme on le voit, pour la forme, à celui que fait naître la pression du collier sur l’encolure, mais cependant entrainant des conséquences moins graves.
Quant au reculement de l’avaloire, les accidens qu’il peut produire sont légers et consistent à peu près uniquement dans l’excoriation de la peau des fesses et la formation de petites tumeurs indurées dans son tissu.
$ IV. — De la sellette du limon et dela dossière,
La sellette de limon présente dans sa confection les mêmes considérations que la selle de l’avaloire ; placée comme cette dernière à la partie supérieure du corps et dans le plan médian , en rapport comme elle avec une région qui présente les mêmes élémens anatomiques, elle devra comme elle être confectionnée dans le but de soustraire à la pression celles de ces régions qui ne pourraient pas la supporter sans danger. Seulement, comme dans la région dorsale sur laquelle appuie la sellette de limon, les apophyses épineuses des
DE LA CONFECTION DES HARNAIS
vertèbres sont saillantes, et les masses musculaires moins développées, il lest nécessaire de donner à l’arcon de la sellette une plus graride incurvation, et aux coussins plus d’épaisseur pour que ces apophyses ne soient pas foulées par le harnais.
Nous observerons ici que dans ce harnais, comme dans tous ceux que nous avons examinés, le trop grand poids qu'on lui donne souvent n’est pas une condition de solidité, et que plus léger, comme on le fait mairterant à Paris, il peut parfaitement remplir ses usages. Nous conseillons donc de préférer aux grosses selles de limon les sellettes dites à Batine ou à la française, qui réunissent la légèreté à la solidité.
La sangle, qui maintient en place la selle de limon, doit être large et souple sur les bords pour ne pas occasionner J’excoriation de la peau.
Quant à la dossière, la condition principale qu'elle doit remplir est la solidité, puisqu’eile est destinée à supporter le poids transmis par les limons.
Accidens qui résultent de lapplication de la sellette et de la sangle.— Tes accidens que peut produire la sellette sur la partie postérieure du garrot et sur le dos sont semblables pour la forme et les conséquences a ceux que nous avons déjà décrits sur le bord supérieur de l’encolure, sur le garrot et sur les lombes, comme résultats de l'application de harnais mal confectionnés. Cette similitude dans les accidens s'explique par l'identité d’organisation anatomique de ces régions. Seulement la fréquence en est plus grande sur la région du garrot et du dos, parce que la saillie plus prononcée des vertèbres dorsales les expose plus fréquemment aux pressions de l’arçon.
La sangle de la sellette peut aussi, lorsqu'elle est trop étroite, et que le cuir en est trop dur, déterminer. soit des blessures à Ja peau, soit des indurations dans son tissu, soit des infiltrations dans le tissu cellulaire sousjacent.
$ V. — De la confection de la bride.
1° Du mors. — Comme dans les chevaux de gros trait, le mors est piutôt un instrument de gouverne qu'un instrument de sujélion, il est inutile de donner à cette partie de la bride, dans le gros harnachement, les formes et les inflexions calculées par les écuyers pour dompter les chevaux de selle. Des canons cylindriques, une liberté de langue mesurée sur le volume de cet organe, des branches droites, telles sont les conditions suffisantes que doit réunir le mors du cheval de trait; car, si les branches formaient un bras de levier trop puissant, il pourrait devenir un instrument fatal entre les mains de charretiers qui ne sauraient en calculer les effets, et courraient les chances de briser les barres de leurs animaux dans les nouvemens saccadés et brusques qu'ils impriment souvent à leurs guides. Le cheval de trait sera toujours bien embouché, lorsque les canons feront leur appui sur les barres sans remonter trop haut et descendre trop bas. Quant à la monture de la bride, il faut que sa têtière soit assez large et assez souple pour que la nuque ne soit pas
excoriée ou trop comprimée par son contact; il faut que les montans soient assez longs pour maintenir le mors dans la position qu'il doit avoir, il faut que la muserole soit assez lâche pour permettre l’écartement des mâchoires, que la sous-gorge ne gène pas la respiration, et enfin que les œillères aient une forme légèrement concave qui permette la liberté des mouvemens des paupières.
Accidens que peut occasionner la bride. — Le mors peut quelquefois par une pression trop forte, surtout lorsque les barres sont saillantes, déterminer, soit l'excoriation de la muqueuse qui les revêt, soit l’'écrasement avec brisure, de los qui forme leur base. Ses canons peuvent aussi, en comprimant les levres. occasionner l’ulcération de leur muqueuse ou l’induration de leur tissu. Enfin un
mors trop grêle, et dont la liberté de langue
n'est pas assez arquée, OCCasionne qu elquefois l’'entamure de la langue.
Lorsque les montans de la bride sont trop courts, ils déterminent, soit l’ulcération de la commissure des lèvres froncées et comprimées par les canons du mors trop rapproché des dents molaires, soit la compression de la têtière sur la nuque, compression qui peut avoir pour conséquence le développement d'une tumeur enkystée, flegmoneuse ou cornée, à laquelle l’organisation anatomique de cette région donne comme aux tumeurs du garrot, du dos et des lombes, un caractère très-grave.
Enfin, la muserole et le frontal peuvent excorier la peau, les œillères gêner le mouvement des paupières, et la sous-gorge mettre obstacle à la respiration, tous accidens dont le dernier seul offre de la gravité.
6 VI. — Harnachement des animaux employés pour le transport à dos.
Le cheval, l'âne et le mulet sont utilisés dans tous les pays de France pour le transport à dos, soit des hommes, soit des marchandises. Les chevaux principalement, employés au premier service, sont appelés cevaux de selle ; et Von donne le nom de bétes de somme à tous les animaux, chevaux, ânes ou mulets, qui servent au transport à dos des marchandises ou des autres fardeaux dont on peut les charger.
Le transport à dos n’est pas le moyen le plus efficace d'utiliser les forces motrices des animaux, qui, par la disposition de leur colonne vertébrale, sont beaucoup plus aptes à tirer qu’à porter les fardeaux. Il existe même une énorme différence entre les résultats qu'ils peuvent produire dans ces deux genres de service: ainsi l’on a calculé que le même cheval, capable seulement de porter à dos un poids de 150 kilog., était susceptible d'exercer un effort continu de traction sur une charrette chargée de 750 kilog.
La raison de cette différence est facile à trouver. Dans l'animal chargé à dos, la pression du fardeau s'exerce perpendiculairement à la direction horizontale de la colonne vertébrale, tend à faire fléchir cette colonne, et nécessite, de la part deses muscles extenseurs, une permanence de contraction qui !es fatigue
ANIMAUX DOMESTIQUES : DU HARNACHEMENT
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et les épuise. Ajoutons que, dans le transport à dos, le poids de l’animal ne vient nullement en aide à l'effort de ses muscles pour vaincre la résistance qui lui est opposée , tandis que dans le tirage, l'effort de la traction s'exerce horizontalement, c’est-à-dire dans le sens même de la plus grande résistance de la colonne dorso-lombaire, et tout le poids de l’animal transmis par les harnais, au fardeau qu'il doit trainer, contre-balance une partie égale du poids de ce fardeau, ce qui ajoute d'autant à la force de ses muscles.
Le transport.à dos, malgré les désavantages qu'il présente sur le tirage, est cependant le seul moyen d'utiliser les forces des animaux, dans les pays de montagne où l’étroitesse des sentiers et l’escarpement des routes rendent le tirage difficile et souvent même impossible; dans les pays de plaine, on est aussi forcé d’avoir recours à ce moyen, lorsque les neiges ou les boues ont rendu les chemins impraticables. Enfin, pour les menus travaux des champs, qui nécessitent des voyages sur les étroits sentiers qui traversent les terres labourées ou les vignobles, le transport à dos est encore d'une grande utilité ; mais il faut avoir la précaution de proportionner à la force des animaux le poids des fardeaux dont on les charge.
Nous nousoccuperons principalement, dans
cet articie, du harnachement des bêtes de somme.
$ VIE. — Du harnachement des bétes de somme.
I Du bät. Le bât (fig. 256 et 257 ) est un Fig. 256. Fig. 257. Fig. 258.