‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 353 sur 467 · LIV. IL · texte numérisé non relu

LIV. IL

lits ou grands à poils gris variés, ras, à bandes dorsales, et à taille svelte qu'on trouve dans toutes nos provinces. Mais c'est d'Espagne que nous est venue la belle race Poitevine.

Originaires d'Afrique et importés en Espagne par les Arabes, ces baudels à poiis noirs, lougs où frisés, sans bande cruciale, plus gros, plus lourds, plus fournis que les premiers, furent longlemps la propriété exclusive de l'Espagne. L’exportalion en était expressément défendue; mais au xvu siècle, un prince français, Philippe V, étant monté sur le trône d’Espagne, la prohibition fut levée en faveur de la France, et il lui fut accordé de faire sortir un certain nombre de ces animaux pour en propager la race chez elle. Cest d’eux que sont issus les. beaux ânes étalons du Poitou, et le soin qu’on apporte à conserver franche et pure de toute altération la race de ces beaux animaux est si grand, qu'il est presque impossible de supposer l'introduction d'individus étrangers. La circonstance de la rencontre de quelques ânes gris à bandes parmi eux ne pouvant donc dès lors être attribuée à la promiscuité des deux variétés, nous somimnés forcés de ne les considérer que comme une seule et même race, et de voir la une preuve de leur communauté d’origine.

Dans l’usage du commerce on ne reconnait que deux races. Les gros baudets ou àues du Poitou, et les grands baudets ou ânes de Gascogne. On ne parle pas des autres.

$ IL. — Première race ou gros baudets de Poitou.

Taille de 4 pieds 4 à 9 pouces, gros, étoffés, carrés, à soies ordinairement longues, frisées ou toinbantes à la tête, aux oreilles, au cou, aux jambes, au ventre, enfin partout ; pelage uoir uniforme sans raies (nez blanc, yeux blancs ou gris argenté, ventre et cuisses lavés chez queiques-uns), queue entièrement dénudée ou n'ayant du moins que quelques poiis rares. Il se rencontre parmi eux, ainsi que nous l'avons dit, un petit nombre d’individus gris et gris sale avec ou sais bandes:

ils sont rares et estimés. Il s'en trouve encore quelques-uns fort estimés qui, à l’âge de trois à six ans, n’ont pas encore débourré ou perdu leur poil de lait. Ils ont tout le corps couvert d’une sorte de pelisse de poils enchevrétés et collés en quelque sorte, qui tombent jusqu'a terre.

$ IH. — Deuxième race ou grands baudets de Gascogne.

Taille de 4 pieds 8 à 10 pouces, plus grands, plus hauts, plus minces dans toutes leurs proportions, à poil ras, robe noir-bai ou baibrun. Quant à leur origine, ils viennent probablement d’Espagne comme ceux du Poitou;

la légère différence de taille, de corpulence

et de pelage qui se rencontre entre les deux races, doit être attribuée à l’influence du climat, des soins et des alimens.

$ IV. — Propagation et élève.

La race de Gascogne se rencontre dans le

pays compris entre la Garonne, l'Océan et les Pyrénées. Cependant, quant à la circonscrip-

cHAP, 10.

tion précise, au choix des étalons, aux soins et à l'élève des animaux produits et producteurs, | nous n’en dirons rien, vu que nous ne saurions donner à nos renseignemens le même degré de certitude qu’à l'égard des ânes du Poitou, sur lesquels nous pouvons parler avec parfaite connaissance de cause, et que nous pensons d’ailleurs qu’on peut leur appliquer tout ce que nous allons dire sur ceux du Poitou.

La contrée où se propagent les beaux ânes de Poitou comprend environ six cantons du département de la Vendée, cinq de la partie sud-ouest de la Vienne, vingt-cinq ou un peu plus de la moitié méridionale des Deux-Sèvres, deux cantons nord-ouest de la Charente, et deux nord-est de la Charente-Inférieure, en sorte que cet espace peut être considéré comme limité au nord par une ligne partant de Mareuil (Vendée) pour aboutir à Vivone (Vienne); à l’est par une seconde ligne de Vivone à Ruffec (Charente); au sud. par une troisième ligne brisée, allant de ce point à Surgère (Charente-Inférieure); puis enfin à l’ouest, par une dernière ligne partant de Surgères pour joindre la première à Mareuil (Vendée) et fermer le périmètre.

Dans l’espace circonscrit et formant un polygone irrégulier d'environ 14 myriamètres (ou 29 lieues) dans sa plus grande longueur de l'est à l’ouest, et sept myriamètres (ou 15 lieues) dans son plus petit diamètre ou largeur. du nord au sud, ou à peu près 100 myriamètres ( ou 435 lieues) carrés de surface, existent de 90 à 100 haras pourvus des plus beaux animaux de la race, destinés bien moins ä la propagation de leur espèce qu’à la production des mules et mulets d’un usage bien plus répandu et formant une branche de commerce bien plus importante; on ne s’y attache même guère à produire de ces animaux que la quantité nécessaire pour les renouveler et alimenter les haras, en un mot pour faire des étalons et des ânesses-mères.

Néanmoins il s’élève, en Poitou et ailleurs, bon nombre d'ânes pour l’usage ordinaire, mais c’est une industrie fort limitée, ce n’est même, le plus souvent, que la race chétive de petits ânes gris à bande cruciale, parce que moins délicats et moins difficiles pour la nourriture, ils sont préférés pour l'usage et le travail, surtout chez les pauvres gens.

En général, on choisit pour faire les baudets-étalons les animaux les plus gros, les mieux constitués,les mieux fournis dans toutes leurs parties et annonçant le plus de force et de vigueur. Leur principal mérite consiste surtout dans leur ardeur, leur vivacité, et tout âne mou et froid est rejeté comme incapable de faire un bon étalon. On n’est pas moins exigeant sous le rapport des formes et l’on veut qu’ils aient les membres gros, le corsage ample, la côte relevée, le flanc petit, la tête haute, le talon large, les soies longues, surtout aux jambes, à la tête et aux oreilies. On ne les prend pas au-dessous de la taille de 4 pieds 6 à 7 pouces. Telles sontles qualités qui constituent les ânes de premier choix, et l’on ne conserve dans le pays pour la propagation que ceux qui réunissent toutes ces conditions.

Tous ceux d’un choix inférieur sont ven-

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