DES ANES ET DE LEUR ÉLÈVE
dus pour être exportés ou affectés dans le pays à divers usages; enfin on est également difficile dans le choix des ânesses reproductrices de la race.
Les ânes mâles et femelles n'étant guère aptes à la génération avant l’âge de trois aps, ce n’est le plus souvent qu’à cette époque qui sont employés à produire. Leur fécondité se prolonge comm unémentjusqu'à quinze à seize ans.
La monte se fait d'ordinaire dans les mois de mai et de juin, quelquefois depuis avril. Le plus tôt est le meilleur, parce qu’alors les jeunes ânes sont plus forts à l'entrée de lhiver et mieux à même d’en supporter les rigueurs.
Dans la plupart des haras, cependant, elle n’a lieu, pour les ânesses, qu'après que celle des juments est finie (en juillet et août), parce que, dit-on, les baudets ne sesoucient plus de les saillir dès qu’ils ont monté une anesse.
Un bon étalon, bien nourri, bien avéné, peut suffire à trois juments par jour pendant toute la durée du saut.
La gestation dure de onze à douze mois.
Huit jours après la mise-bas, l’ânesse peut être saillie de nouveau. Le sevrage a lieu vers les 6° ou 7° mois et s’opère par l’ânesse ellemême sans qu’il soit besoin du secours de l’homme.
Les baudets-étalons sont constamment nourris à l'écurie où on leur donne le meilleur fourrage, du son, de lavoine, et où ils sonttraités et pansés au mieux pour être maintenus dans un état de vigueur convenable.
On n'exige jamais d’eux aucune sorte de travail.
A l’époque de la monte on les nouriit un peu plus encore, on augmente surtout la ration d’avoine, on y ajoute même du pain.
Les ânesses destinées à perpétuer l'espèce sont de même traitées avec le plus grand soin pendant tout le temps de la gestation et de l'allaitement, mises dans les meilleurs pacages, et nourries, comme les étalons, au fourrage choisi, au son, à l’avoine et même au pain. llen est ainsi de leurs petits ânons du jour où ils peuvent prendre une nourriture autre que le lait de la mère. Mais les Jeunes ânes sont retenus à l’étable du moment où l’oeslre se fait sentir chez eux, et où ils montrent de l’ardeur pour l’accouplement.
Quant aux ânes et aux ânesses qu'on ne destine point à la régénération de l'espèce et à la production des mules, on les envoie pâturer dans les landes et les herbages de médiocre qualité. ;
Les mères-ânesses sont en outre l’objet de soins dont nous croyons devoir signaler les plus indispensables. Is consistent: 1° àéviter de faire travailler les ânesses-nourrices, ainsi que les ânesses pleines de six mois; n'exiger d'elles qu'un travail modéré, mieux vaudrait même les en dispenser entièrement, du moment de la conception; 2° à attendre pendant tout le temps de la gestation, pour les envoyer au pâturage, que le soleil ait dissipé la rosée ou la gelée blanche, et à avoir soin de ne pas les laisser boire d'eaux froides ou crues le matin à jeun, afin de prévenir l'avortement; 3° à les préserver autant que possible des chutes, des coups violens, de même que des
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grandes faligues, des longues courses et même | de tout voyage, à les tenir soigneusement | séparées des ânes, des chevaux et des mulels adultes non casirés; 4° à surveiller avec soin Pinstant de Ja parturition. A l'approche du terme qui se reconnait au ravalement de la croupe, à l’affaissement du ventre, à la présence du lait dans le pis, a la tuméfaction et au gonflement de la vulve et enfin à l'émission de matières visqueuses et sanguines, il faut leur faire bonne et copieuse litière, et se tenir là, soit pour empêcher que le petit ne se tue où ne se blesse en tombant, ces animaux, ainsi que les jumens, étant dans l'habitude de se tenir debout en ce moment, soit pour aider à la délivrance de la mère et faciliter la sorlie du placenta ou arrière-faix et éviter qu'elle ne le dévore ainsi que font quelques Jumens. ce qui pourrait l'incommoder; 5° à douner à la mère, sitôt après la délivrance, et à lui continuer quelques jours un breuvage d’eau tiède où l’on a mis de la farine d'orge ou de froment, et à la préserver des coups d'air, du froid et de l'humidité; 6° à veiller à ce que le pelit änon tète; 7° et enfin à donner à l’ânesse une nourriture plus abondante et plus substantielle durant l'allaitement.
C'est par la minutieuse observation de toutes ces précautions que le Poitou obtient conslamment de si beaux produits,
$ V. Utilité de l’âue. — Ccmmerce.
Tandis que dans toute l'Asie et même en Sicile et en Sardaigne, l’âne est en honneur, et que les gens riches le préfèrent pour la selleau cheval qu’il égale souvent en force, en grâce, en vitesse, et qu'il surpasse en adresse et en solidité, car il n’est arrêté dans sa course par aucun accident de terrain : l’âne, peu estimé chez nous comme bête de selle, excepté par quelques femmes craintives qui le préfèrent au cheval à cause de sa taille, äe sa lenteur et de sa solidité, ne sert guère en France qu’au malheureux. Compagnon de la misère du pauvre dont il fait souvent toute la fortune, et dont, serviteur fidèle et sobre, il partage tous les travaux et toutes les souffrances; il n’a ordinairement pour pâturage que le carrefour et la voie publique pendant l’été,et les mauvaises herbes qui croissent sur les berges des fossés pendant l'hiver.
Notre âne, il est vrai, est loin de posséder les éminentes qualités de celui d'Asie; néanmoins, tel que l'ont fait notre température, le temps et les mauvais soins, c’est encore un animal précieux, robuste, patient, dur au travail et à la peine, peu délicat sur la qualité, peu exigeant sur la quantité des alimens, et se contentant des herbes repoussées par les autres. Aucun animal peut-être ne produit plus et ne consomme moins que l'âne, nul, du moins, ne donne plus comparativement à ce qu'il coûte. Des herbes inutiles et même nuisibles dans les campagnes, les chardons, l’onoporae, la cardère la sarrette ou chardonnette, la bardane, l’arrête-bœuf et autres plantes de cette nature sont dévorées par lui avec avidité, des feuilles vertes ou sèches, de la paille du chaume, des brins de sarment même, lui suffisent au besoin. 11 n’est ni moins sobre ni