‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 360 sur 467 · CHAPITRE XI. — DES RACES BOVINES ET DE LEUR ÉLÈVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — DES RACES BOVINES ET DE LEUR ÉLÈVE

Pour me renfermer dans les limites qui me sont imposées, je me bornerai à tracer les caractères physiques et moraux des races bovines les plus remarquables et les plus utiles, désignant en peu de mots les races qui offrent peu d'intérêt. Je ferai connaître les bœufs étrangers qui, soit qu'ils appartiennent ou non à l'espèce de notre bœuf, rendent de grands services, et doivent être introduits un jour dans notre économie rurale.

D'un autre côté, chargé d'exposer les moyens d'améliorations, je ne croirais pas avoir rempli ma tâche après avoir établi les conditions des appareillemens et des croisemens améliorateurs, jindiquerai encore le choix et le régime des reproducteurs, ainsi que les soins qu’exigent les petits jusqu’au sevrage.

Je n’entrerai point en matière avant d’avoir exprimé un sentiment pénible, c’est celui que j'éprouve depuis longtemps en voyant à quel degré d’infériorité on a placé le bœuf en le comparant au cheval. Les vétérinaires n’y ont pas attaché un grand intérêt, et ce n’est pas sans motif qu'on a reproché aux écoles de Bourgelat leur prédilection immense pour Le noble animal, la plus belle conquéte que l’homme ait faite.

Bourgelat s'était illustré dans la science de l'équitation. Lorsqu'il fonda nos écoles, il ent

our but de dérober la médecine du cheval à un empirisme barbare. Peut-être même Jui eût-il donné une attention exciusive, si, de son temps, de graves épizooties ne s'étaient pas déclarées sur les bêtes à cornes.

Les vétérinaires qui l'ont précédé ou suivi ont presque tous, ainsi que lui, fait du cheval l’objet spécial de leurs travaux,

Si, au lieu d’un écuyer, un sage agriculteur avait fondé l’école vétérinaire, c’est aux champs qu’il l’eût établi ; il en éût étendu l’enseignement sur tous les animaux utiles, en le dirigeant avec prédilection sur le bœuf, le plus utile de tous.

Si nous possédons quelques ouvrages importans sur la pathologie du bœuf, ils sont relatifs aux épizooties et presque tous sortis de la plume de médecins de premier ordre, tels que Ramazini, Sauvage, Vicq-d’Azir.

Quant à l'éducation de cet animal, à son hygiène, au perfectionnement de ses races, peu de vétérinaires en ont parlé, les élémens en sont épars dans les journaux et les ouvrages d'agriculture; c’est là que des faits précieux ont été déposés par Olivier de Serres, Rozier, Tessier, Bosc, Thaër, Pictet, Lullin et Mathieu de Dombasle; à peine possédons-nous des traités spéciaux peu importans sur le bœuf, tels que le Parfait Bouvier de Boutrolle, le Manuel du bouvier de Robinet, et la Pathologie bovine de mon honorable confrère de Toulouse, Rhodet. L'Allemagne, l'Italie et l’Angleterre ne sont guère plus riches que nous en ce genre.

J’entre maintenant en matière; ce travail se divise naturellement en deux sections, l'une relative aux races, l’autre à leur amélioration.

On peut définir les espèces organiques des collections d'individus qui descendent les uns des autres par un mode constant de générations, et qui, en général, se ressemblent entre eux par les formes et le naturel plus qu'ils ne ressemblent à tous les autres. Ainsi l’espèce du bœuf domestique ( bos taurus) se

446 ANIMAUX DOMESTIQUES : DES RACES BOVINES ET DE LEUR ELEVE. Liv. nt.

compose de tous les bœufs de ce type soumis à l'homme ou sauvages.

Les races sont des modifications survenues dans une espèce par l'effet d’une ou de plusieurs causes, telles que l'influence de la nourriture, du sol, du climat, de certaines habitudes, de la domesticité, du pouvoir immense de l’homme, modifications devenues transmissibles par voie de génération. Ainsi les caractères du bœuf de Suisse et ceux du bœuf d'Auvergne constituent des races.

Les variétés sont des particularités qui distinguent un ou plusieurs individus de la généralité de leur espèce ou de leur race; ainsi presque tous les bœufs français étant pourvus de cornes, les individus nés de ces races et dénués de cornes offrent une variété. Mais si cette variété se fixait dans une suite de générations, une race surgirait : c'est ce qui est arrivé en Ecosse, où s’est formée une race bovine sans cornes. Des différences individuelles ne peuvent constituer des variétés qu’autant qu’elles sont très-sensibles ou qu’elles intéressent beaucoup; s’il suffisait pour cela des plus légères, il y aurait autant de variétés que d'individus, car dans une espèce et même dans une race, il n’est aucun individu qui ressemble parfaitement à un autre.

Les variétés qui se forment sous la seule influence de la nature s’éieignent pour l'ordinaire avec l'individu qu’elles modifient.

Les races elles-mêmes ne peuvent subsister que sous l'influence des causes qui les ont produites; encore dans ce cas faut-il que, s’isolant du reste de leur espèce, elles ne se propagent que dans leur intérieur. Un mot encore des espèces.

Si les espèces ne sont pas de tout temps, on peut dire que leur existence est d’une durée indéierminée. Les descriptions zoologiques d’Aristote, tracées depuis vingt siècles, conviennent encore aux animaux de nos jours; les bœufs comme les chevaux, représentés sur les monumens antiques, les chiens, les chats. les têtes de bœufs embaumés rapportés d'Egypte, ressemblent à ceux que nous élevons.

Bien convaincu de la permanence et de l'invariabilité des espèces, Buffon a dit :

« S'il était une fois prouvé qu’il y eût, je ne dis pas plusieurs espèces, mais une seule qui

eût été produite par la dégénération d’une

autre espèce, il n’y aurait plus de bornes à la puissance de la nature, et on n’aurait pas tort de supposer que d’un seul être elle a su tirer avec le temps tous les êtres organisés, que tous les animaux sont venus d’un seul animal qui, dans la succession des temps, a produit en se perfectionnant (ou en dégénérant) toutes les races d'animaux. »

En résumé, les individus sont éphémères, les races peu durables, toujours disposées à s’altérer ou à s’éteindre, les espèces sont éternelles.

En groupant les espèces organiques d’après un ou plusieurs caractères communs à toutes, on a formé des genres ; réunissant ainsi le chien et le loup, le cheval et l’âne, le bœuf et le buffle. Les espèces d’un même genre peuvent s’allier, mais presque toujours les produits qui en résultent sont infeconds; on les nomme mulets, tandis que les produits d’une

alliance entre deux races sont appelés métis, et se propagent facilement.

De ce qu’on a vu quelquefois des mulets féconds, il ne faut pas conclure qu’ils puissent être la souche d’espèces nouvelles, comme les métis de races intermédiaires. La fécondité du mulet est fort rare et jamais transmissible.

SECTION 1°. — Caractères du genre bœuf, espèces domestiques entretenues dans des pays étrangers.

Le bœuf est un mammifère ruminant, et présente : absence de dents incisives à la màchoire antérieure, huit à la postérieure, toutes larges en forme de palettes et rangées régulièrement; — douze molaires, six de chaque côté, — des onglons derrière les sabots; — cornes dirigées latéralement et relevées le plus souvent en forme de croissant; — tête terminée par un large mufle; — fanon ou repli de la peau à la face antérieure de l’encolure; — quatre mamelles inguinales; — queue terminée par un flocon de poils; — corps de grande taille, supporté par des membres épais.

Toutes les espèces de ce genre sont sociables. À l’état sauvage, loin d’être timides comme d’autres ruminans, tels que les antilopes, elles se défendent, à l’aide de leurs cornes, contre les espèces carnassières les plus redoutables; elles paissent en troupes nombreuses sous la conduite d'un mâle; même à l’état de domesticité, un troupeau de bœufs abandonné à lui-même, s’il est menacé par un animal carnassier,se range en un cercle dans l’intérieur duquel se placent les veaux, et présente à l'ennemi un rempart circulaire et hérissé de cornes. Les vaches domestiques qui pâturent en liberté sur les montagnes reconnaissent pour chef l’une d’entre elles.

On a rencontré des bœufs sauvages sur les montagnes du Thibet, dans les vastes forêts de l'Inde, sur les monts Krapach et Caucasiens, au sud de l’Afrique et dans une grande partie de l'Amérique. Parmi ces troupes bovines errant en liberté, il en est qui appartiennent à l’espèce domestique (bos taurus); elles n’en sont pas pour cela la souche. car la domesticité des grandes espèces qui vivent sous le joug de l’homme est de tous les temps. Elles proviennent, comme les chevaux sauvages, d'animaux abandonnés par nous ou échappés de nos étables.

Les espèces qui, avec notre bœuf domestique, constituent le genre bos sont : le buffle, l'arni,.le gour, le gayal, le yungli-glau, l’auroch, le bœuf de Cafrerie, l’yach, le bison, l’ovibos, espèce sauvage américaine, connue depuis peu de temps, qui tient le milieu entre le bœuf et le mouton.

Parmi ces espèces, il en est trois qui, quoique n'étant pas entretenues en France, n’en sont pas moins domestiques en d’autres pays; ce sont le buffle, l’yach et le bison; nous ne pouvons donc les passer sous silence.

$ Ir, — Du Buffle (bos bubalus).

Le buffle a le front élevé, arrondi, le chanfrein concave, les cornes noires et trèsécartées l’une de l’autre, avec une crête saillante à la partie antérieure, le fanon peu dé-

cHAP, 11.

veloppe, la queue longue et pendante, les mamelles placées sur une seule ligne comme le bœuf ordinaire, 18 paires de côtes, pelage poir, poils noirs et durs. En Grèce et en Jalie le buffle est employé au labourage, et sa femelle fournit un lait qui sert à faire un fromage rond fort renommé. Originaire des contrées chaudes et humides de l'Inde, il fut introduit à l’est de l'Europe vers le vu‘ siècle.

Il y a encore une grande quantité de buffles sauvages dans les contrées de l’Afrique et de l’Inde qui sont arrosées de rivières et où se trouvent de grandes prairies ; Ces animaux marchent en troupeaux nombreux et font de grands dégâts dans les terres cultivées; mais ils n’attaquent jamais. les hommes, à moins qu'ils n'aient été blessés; alors ils sont trèsdangereux, car ils vont droit à l’ennemi, le renversent et le tuent en le foulant aux pieds. Il5 craignent beaucoup l'aspect du feu, et ont pur la couleur rouge la même aversion que la plupart de nos bœufs domestiques, sans qu'on puisse en expliquer la raison.

« Toutes ses habitudes sont grossières, dit Buffon : il est après le cochon le plus sale des animaux domestiques par la difficulté qu’il met à se laisser nettoyer et panser; sa figure est grossière et repoussante, son regard stupidement farouche; il avance ignoblement son cou et porte mal sa tête, presque toujours

penchée vers la terre; sa voix est un mugisse-

ment épouvaniable, dur, d’un ton beaucoup plus fort et plus grave que celui du taureau; il a les membres maigres et la queue nue. »

Croirait-on cependant qu'en certains pays ce sont des enfans qui sont exclusivement chargés d’assouplir des caractères si brutalement farouches ? ces enfans leur donnent en chantant un nom auquel ils les habituent à répondre, et c'est toujours en musique qu’on les appelle; on chante aussi quand on trait les bufflesses, et pour en obtenir plus de lait, on joint à l’effet de la mélodie la vue du petit

ufflon qu’on place devant la mère.

Dans les Marais-Pontins, où les buffles sont très-multipliés, il y a un village, la Cisterna, qui est en possession de fournir de petits conducteurs de buffles à toute l'Italie.

Il paraît que les buffles sont d'autant plus méchans qu’ils habitent un pays moins chaud; dans le centre de l'Afrique on les conduit aussi facilement que les bœufs. Chez nous, pour les conduire, on leur perce la cloison des narines el on y passe un anneau de fer auquel on attache une corde. 11 faut beaucoup de force et de dextérité pour cette opération : on lie entre eux les pieds de l’animal et on le renverse sur le dos. L’anneau qu’on lui a placé tombe au bout de quelques années mais alors l’animal est devenu docile.

On emploie le buffle au Iabourage. Deux animanx de cette espèce attelés à une charrue ürent un plus lourd fardeau que quatre forts chevaux. Comme leur tête et leur cou se portent naturellement en bas, ils se servent pour tirer de tout le poids de leur corps.

Ils sont moins difficiles que les bœufs sur la qualité de la nourriture ; 1ls résistent beaucoup mieux à loules les causes de maladies, etils sont très-précieux pour travailler dans les lieux humides où marécageux, dont les émanations sont nuisibles à tous les autres

Page 1