DU BUFFLE, DU YACK ET DU BISON
animaux. Nulle part leur santé n’est plus robuste que dans la fange des marais Pontips et des Maremmes de Sienne, ils y nagent, ils s’y vautrent; et de nombreux troupeaux y vivent jusqu à l’âge de quaire ans où l’on s'empare d'eux pour les dompter.
On donne en Italie le spectacle d’un combat de buffles comme en Espagne celui d’un combat de taureaux, el ces jeux insensés sont en Italie encore plus périlleux.
La chair du buffle est dure, mais mangeable.
Le lait de la bufflesse n’est pas d'aussi bon goût que celui de la vache, mais il est plus gras et plus abondant; c’est an point que la plupart en donnent journellement de 29 à 24 litres.
Vers le commencement de ce siècle il arriva à la ferme expérimentale de Rambouillet une colonie de buffles italiens; ils y réussirent parfaitement, ils s’y montrèrent même traitables et dociles; on les mit au travail, on fit du fromage de leur lait, et ils furent même introduits dans quelques fermes du Beaujolais, où j'en ai vu attelés et iraçant docilement leur sillon. Ou put croire que l’agriculture française avait fait la conquête d’un animalutile; mais il en a été de cette amelioration comme de tant d’autres. Au reste, ilesten agriculture surtout bien peu d'améliorations qui n'aient été abandonnées et reprises plusieurs fois avant de s'établir définitivement. M. Prosper Lalanne et quelques autres cultivateurs du Gers ont défriché des landes stériles à l’aide de buffles, et se louent de leur docilité, de leur vigueur et de leur extrême sobriété. Ces animaux sont au bœuf ce que âne est au cheval. Précieux dans les pays pauvres, précieux pour les pauvres dans les pays riches, espérons qu’un jour nous les verrons se multiplier dans les landes et an milieu des étangs dela Bresse et de la Sologne, et y rendre les mêmes services que dans les Maremmes de Sienne et les Marais-Pontins.
Si l'espèce du buffle et celle du bœuf ordinaire ne se mélent pas, c’est plus à cause de Pantipathie qui les divise que des différences Zoologiques qui les distinguent; cependant un voyageur naturaliste digne de foi (Fouché- Dassompierre ) assure que dans l'Inde, des produits,et même des produits féconds résultent de l’alliance du buffle avec le bœuf.
$ IL. — Du Yack (vache grognante).
L'yack, bœuf du Thibet, bos grunniens, ressemble au buffle par les formes et eu diffère par une grosse touffe de poils qui couvre le sommet de sa tête et une sorte de crinière.
Son pelage, en général ras et lisse en été, est crépu et hérissé en hiver; le ventre, le haut des jambes sont couverts de crins longs et touffus; 1la la queue blanche, garnie de crins d’une grande longueur, les cornes arrondies, un peu recourbées en arrière, une loupe sur le dos, les quatre mamelles placées sur une ligne transversale ainsi que l’auroch, et 14 paires de côtes. Ce bœuf, ainsi que le buffle, se plaît dans les lieux inondés et marécageux ; il nage et il court plus vite; son naturel est farouche ; au lieu de mugir comme ses congénères, il fait entendre des sons qui ont beaucoup de rapsort avec le grognement du cochon. Il vit, à l’état sauvage, sur les montagnes du Thi-
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bet; les Orientaux font grand cas de leurs queues, ce sont elles, et uon celles du cheval, qui flottent en guise d’étendard dans leurs armées.
Les Thibétains ont pour le yack le respect religieux des bramines pour Îe zébu.
L'yack réduit à l'état de domesticité fait la richesse de plusieurs peuples de l’Asie; on ne les emploie point à la culture des terres, mais on s'en sert comme de bêtes de somme.
Leur pied est très-sûr et ils peuvent porter de lourds fardeaux. On en tire une grande quantité de iait dont le beurre est d’excellente qualité, on le dépose dans des sacs de peau imperméable à l'air et on le conserve ainsi inaltérable pendant des années entières.
« Il n’est point, dit M. Sonnini de Moncontour, d'espèce qui paraisse plus intéressante, et en même temps plus facile à acquérir pour Europe que celle. de l'yack. Assujettie de longue main à l’obéissance, elle est toute préparée à nous rendre les services que plrsieurs nalions de l'Asie en retirent, soit pour le transport de fardeaux, surtout dans les pays de montagnes, soit par l'abondance du lait qu'elle fournit, soit par la beauté de sa toison dont nos arts tireraient sans doute un parti avantageux; les contrées du nord de la France montueuses, boisées etrafraichies par des amas d'eau, seraient les plus convenables à l’acclimatation et à la multiplication des yacks. Un de cesanimaux, envoyé du Thibet à M. Hasting et transporté du Bengale en Angleterre, s’accoutuma bientôt au climat de ce nouveau pays, et quoiqu'il eût été fort maltraité pendant la traversée, il reprit ses formes et sa vigueur; on lui fit couvrir plusieurs vaches communes qui produisirent des métis. »
$ IE. — Du bison (bos americanus).
Le bison (/g. 260), plus trapu que les précé- Fig. 259.
dens, a la tête courte, grosse, une excroissance charnue sur le garrot, un poil laineux, trèslong et très-épais, qui recouvre la tête, le chanfrein, le cou et les épaules. Une épaisse touffe de poil roide lui forme sous le menton une longue barbe, le reste du corps est garni de poils ras et serrés; la queue est courte et terminée par une touffe de longs crins. Son pelage est noir marron. Originaire des plaines du Missouri, il y vit encore en troupes.
. Cet animal, naturellement docile et inoffensif, s’apprivoise aisément dans sa jeunesse; on
pourrait facilement le réduire à la domesticité, et ep enrichir l'agriculture. Kalm assure qu'il produit avec les vaches communes. Sa chair est bonne, sa peau excellente. On peut filer son poil et fabriquer de jolis ouvrages avec ses cornes, qui sont très-dures et très-noires.
SEcTIoN 11. — Des caractères du bœuf ordinaire (bos taurus).
Indépendamment des caractères de la fa mille et du genre, voici ceux de l’espèce do: mestique la plus répandue.
Des cornes arrondies, dirigées latéralement et relevées en pointe; — un pli de la peau, pendant sous le cou et tombant entre Îles jambes ‘de devant, quelquefois jusqu’au-dessous du genou, pli nommé fanon ; deux lèvres grosses, qui ne permettent à l'animal de s#sir que des herbes hautes, et tout au plus de pincer celles qui sont courtes; — front grand, aplati, couvert d’un poil crépu, portant en général un épi à son milieu; — cou gros et court, dirigé horizontalement, corps massif:
— jambes courtes, garnies inférieurement d’une touffe de poils analogue au fanon des chevaux ; — hanches larges et saillantes ; — jarrets larges, évidés ; genoux gros ;— horizontalité presque parfaite d’une ligne qui irait de la nuque à l’origine de la queue; — pelage variant du noir au rouge.
Les cornes du bœuf craissent tant que l'animal vit; on y distingue des nœuds annulaires qui indiquent son âge, mais la dentition offre des indices plus sûrs (voyez page 220); du reste, les cornes ne tombent jamais, et si elles se cassent par quelque accident, elles ne recroissent plus. A trois ans une lame trèsmince de leur surface.se gerce, et tombe au moindre frottement. Ils aiment a frotter leurs cornes contre les corps durs.
Les cornes sont pour eux des armes redoutables. Lorsqu'ils veulent en faire usage, ils baissent la tête, en présentent la pointe à leur adversaire, le soulèvent, et, s’il n’est pas de trop grande taille, le lancent en l’air apres l'avoir percé; il est des races dont les cornes ne tiennent qu'à la peau ou sont mobiles comme des oreilles.
La voix dans ces animaux se nomme mugissement ; elle est forte dans les mâles entiers qu'on nomme taureaux ; elle se modifie selon que l'animal est agité par l’amour ou par la fureur, et dans ce dernier cas elle à un accent terrible. La vache mugit d’un ton rauque, quand elle a peur; d’un ton plaintif, quand elle a perdu son veau.
Ce dernier mugit d’un ton à peu près semblable, quand il souffre, quand il éprouve Île besoin de nourriture, qu'il désire sa mère.
Malgré sa conformation massive, le bœuf court quelquefois fort vite, et nage bien.
Son sommeil est court et léger. Comme ilse couche ordinairement du côté gauche, le rein de ce côté est toujours plus gros et plus chargé de graisse que le droit.
Quoique son intelligence soit moins développée que celle du cheval il est susceptible d'éducation, il obéit à la voix, s’attache à un bon maitre. On a vu des bœufs attelés ensemble se prendre de la plus vive amitié; on
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connait la tendresse de la vache pour son petit.
La patience, la douceur et même les caresses sont les meilleurs, pour ne pas dire les seuls moyens de dompter les taureaux et les bœufs, et d'obtenir le lait des vaches.
Le taureau a le membre très-long et la pointe contournée en spirale; il franchit la fleur épanouie, pénètre dans l’intérieur de la . matrice, et quelquefois même dans les cornes de ce viscère; il peut engendrer à un an. La femelle est encore plus précoce, mais c’est plus tard qu’il convient de les accoupler.
La chaleur se manifeste pour l’ordinaire au printemps, il n’est pas rare de voir des vaches en chaleur plusieurs fois l’année, et même constamment.
La vache porte neuf mois; plus souvent que la jument elle met bas deux petits ; la parturition est souvent chez elle accompagnée d’accidens.