‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 364 sur 467 · DES RACES DE BOEUFS DE TRAVAIL · texte numérisé non relu

DES RACES DE BOEUFS DE TRAVAIL

pointe; — encolure forte, principalement à la partie supérieure ; épaules grosses, poitrail large, fanon descendant jusqu’au genou; — corps épais, ramassé, cylindrique; ventre peu volumineux; dos horizontal; croupe volumineuse, fesses larges, hanches petites; attache de la queue fort élevée ; — extrémités courtes, Jarrets larges, allures pesantes, aspect vigoureux, mais annonçant de la douceur et de la docilité.

Cette race est depuis un temps immémorial établie sur les montagnes au milieu desquelles est bâtie la petite ville qui lui a donné son nom. Elle occupe peu d'espace, multiplie beaucoup, et plus qu'aucune race bovine d'Europe elle se répand au loin dans toutes les directions, non pour propager l’espèce, mais pour tracer des siilons et ensuite approvisionner les boucheries; s’acclimatant aisément partout, résistant aux intempéries, et d’un entretien peu dispendieux. Ces bœufs prennent les noms des pays qu’ils ont traversés, et passent pour des boulonnais, des niverpais, des poitevins, des morvanais. C’est à l’âge de 3à 4ans que le plus grand nombre des bœufs auvergnats quittent le sol natal pour ne plus y rentrer; à cet âge, l'accroissement du bœuf étant loin d’être complet, devient très-considérable sous l'influence d’une nourrilure succulente; aussi acquièrent-ils dans des plaines plus fertiles, et tout en travaillant, un volume qui dépasse de beaucoup celui qu’ils auraient acquis sur le sol natal.

Cependant leur engraissement est long, peu économique, et leur:viande n’est pas très-estimée; on peut attribuer cet effet à deux causes : la première est la rusticité de leur complexion qui les rend si propres à soutenir de rudes travaux ; la seconde, à l’usage de les bistourner au lieu de les châtrer par ablation, ce qui fait qu’ils conservent toute Jeur vie quelques restes du caractère du taureau.

Les femelles de cette race robuste sont peu abondantes en lait, mais celui qu’elles fournissent est très-riche en caséum. En général, quand elles ne sont pas sur les montagnes, on les nourrit mal et on les fait trop travailler.

C’est avec la plus grande facilité qu’on soumet au joug, non-seulement les bœufs, mais encore les taureaux auvergnats; on les fait marcher sur les sols les plus abruptes et sur le penchant des précipices; on dirait que chez eux l'aptitude au travail est un caractère de race qui se transmet par génération commese transmettent les attributs physiques; les bœufs labourent en quelque sorte naturellement quand ils sont descendus de bœufs laboureurs, comme les chiens chassent bien lorsque leurs ascendans étaient bons chasseurs.

La douceur, la docilité, l'intelligence des bètes bovines d'Auvergne ont surtout pour cause la bienveillance que leur témoignent les pasteurs auvergnats.

Les animaux domestiques ne sont en général méchans que lorsqu'on les traite avec brutalité; et, j'aime à le répéter, les pasteurs auvergnats sont doux envers les animaux. Ils les conduisent avec des pique-bœufs sans aiguillons; ils leur donnent des noms, et s’en font obéir en leur parlant; ils chantent pour les exciter au travail. Les Poitevins, qui achètent nos bœufs, ont parmi leurs bouviers des chan-

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teurs ou zoteurs, et les engraisseurs du Limousin invitent, en chantant, leurs bæufs à manger. Si le noteur se tait, le bœuf ne mange pas. Lorsque les bouviers entrent à l’étable pour garnir les râteliers, les bœufs tournent vers eux des regards où se peint la reconnaissance; ils les suivent sans difficulté quand ceux-ci vont les chercher au pâturage, soit pour les ramener à l’étable, soit pour les fixer à la charrue.S’il y a plusieurs paires de bœufs, chacune d'elles reconnaît son conducteur, et obéirait avec répugnance, du moins pendant quelques jours, à un autre bouvier ; et si celui-ci manquait de douceur, ils deviendraient indociles et méchans. Les bœufs camarades se prennent d'amitié; chacun d'eux connaît la place qu’il doit occuper à la charrue; celui qui doit être fixé au joug le dernier attend paisiblement que son camarade soit attaché, avant de se présenter pour l'être à son tour.

Une chose remarquable, c’est que les bœufs savent que ce n’est pas pour labourer, mais pour pâturer, qu’on les fait sortir le dnnanche; aussi bondissent-ils de joie ces jours-là en franchissant la porte de l’étable. Jene dirai rien de l'intelligence des vaches de montagnes qe connaissent la voix de leurs pasteurs, qui

istinguent dans les pacages les limites qu’elles ne doivent pas franchir, qui savent obéir à celle d’entre elles qui s’est constituée le chef du troupeau. Nous avons en effet dans notre Auvergne des vaches 2elruckes tout comme il enest en Suisse, c’est-à-dire des vaches plus fortes, plus hardies, plus intelligentes que leurs compagnes, qui s’établissent les reines du troupeau et dont l'empire est consacré par une sonnette bruyante que Île pasteur leur attache au cou. Comme enSuisse, nos vaches connaissent l’époque fixe où elles doivent se diriger sur les montagnes, et siles intempéries retardent ce départ, elles témoïgnent la plus vive impatience; elles n’ignorent pas non plus le moment où elles doivent descendre, et ce n’est pas avec moins d’empressement qu’elles se réunissent pour regagner les étables.

$ V. — Des races d’Aubrac et de Ségalas.

La première a ordinairement le poil fauve clair, avec les oreilles et les joues brunes, jes yeux bordés de noir et un cercle blanchâtre autour du mufle; on attache dans ce pays une grande importance à la couleur du poil des bœufs d’Aubrac; les plus estimés sont ceux dont la robe ressemble à celle du blaireau avec les oreilles etles joues couieur de suie;on fait pa de cas de ceux qui sont bigarrés de taches

lanches et qu’on nomme pies.

La taille du bœuf d’Aubrac est à peu près la même que celle du bœuf de Salers; son poids est de 8 à 900 livres; le corps est plus trapu, les jambes plus courtes, la croupe tout aussi volumineuse et les hanches plus élevées ; les jarrets ne sont pas si larges, ils sont plus droits, le mufle est plus gros, les formes sont moins arrondies, l’arrière-main plus étroit.

Cette race, qui paraît s'être formée sur la montagne d’Aubrac qui se lie à la chaine d’Auvergne, mériterait d’être mieux connue; elle paraît être originaire du Cantal; en se dé-

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