RACES DE BOEUFS DE TRAVAIL
cornes, regards doux et tranquilles, cornes moins écartées, moins épaisses, plus longues que dans les touraches, naseaux moins étalés et couleur de chair, cou plus grêle, fanon moins pendant, poitrine plus ovale, par conséquent plus étroite, train de derrière plus large, cuisses plussaillantes, corps plus allongé, os moins gros, plus larges, taille plus élevée, peau plus mince sur le cou, plus forte sur les fesses, plus mobile dans toute son étendue.
Les fémelins sont plus dociles el d’une éducation plus facile; d’une stature généralement plus élevée, ils ont les mouvemens plus agiles, et s’engraissent mieux; s'ils ont moins de vigueur naturelle, on en obtient en résullat au moins les mêmes avantages; chez eux, la masse est compensée par le volume, et l’activité par la lougueur du levier, qui dans le même temps permet de parcourir une plus grande distance avec moins de fatigue.
Les fémelines donnent plus de lait que les touraches : c’est ce que l’on appelle une race de nature.
Elle a tant de rapport avec celle de Bresse, qu'on peut les croire identiques; cette dernière fournit presque tout le lait qui se consomme à Lyon; c'est elle aussi qui,avec la race charolaise et à des époques différentes, en approvisionne les boucheries.
Les fémelines et lestouraches sesontsouvent mêles, et ce n’est que dans les parties centrales, foyer de chacune d'elles, que les caraetères de l’une et del’autre sont saillans.
$ IX. — Race camargue.
Petite taille (environ 4 pieds); pelage noir, sauf quelques individus à poils rouges, comme le bœuf de Salers.
D’après une tradition provençale, une grande épizootie enleva les bœufs noirs à demi sauvages de la Camargue vers le milieu du dernier siècle, dont le nombre s'élevait, diton, à 15,000. Après ce désastre, on fit venir d'Auvergne une colonie bovine, qui s’est colorée en noir, sauf quelques individus qui ont conservé la couleur originelle.
En adoptant cette tradition, on peut croire que quelques taureaux échappés à la contagion ont imprimé leur couleur aux métis, ou altribuer ce phénomène à l'influence du climat.
Quoi qu’il en soit, si la race camargue est une émanation de celle de Salers, elle a éprouvé dans le delta du Rhône d’autres changemens que celui de la couleur. La taille s’est rapetissée; — la tête s’est allongée ; — le mufle s’est rétréci; — les cornes, se rapprochant par la pointe, ont formé un arc; — l'œil moins gros à pris une expression farouche ; — l’encolure s’est amincie; — le ventre est devenu beaucoup plus volumineux; — le cuir tellement épais qu'il est insensible aux piqûres des cousins qui s’échappent par myriades des marais de la Camargue; — la chair est devenue dure, filandreuse, à peine mangeable ; — l'allure quelquefois comme celle des zébus, surpassant celle d’un cheval au grand trot.
Des pâtres à cheval gardent ces bœufs en troupeaux ; ils trouvent, non sans danger, les moyens de les amener au travail. Ces bœufs
454 ANIMAUX DOMESTIQUES : DES RACES BOVINES ET DE LEUR ÉLÈVE. uv. ur,
labourent avec autant de vigueur, mais non avec autant de solidité et de constance que les bœufs de Salers; et surtout, au lieu d’être comme eux doux et dociles, ils sont farouches et dangereux.
« Les bœufs de la Camargue, dit M. de La Tour d’Aigues, n’entrent jamais dans les étables; des gardiens à cheval les rassemblent, les mènent aux champs pour labourer, et les en ramènent de la même manière en troupes. S'il survient par hasard de la neige et de grands froids, on les conduit dans une grande cour appelée buau, à portée des marais; cette cour est fermée de fagots soutenus par des pieux arrangés en forme de muraille; là on leur donne un peu de foin.
» Les vaches destinées à renouveler les troupeaux sont aussi libres que les bœufs, on les garde séparément. Les hommes qui ont ce soin sont aussi à cheval; à mesure qu’elles vélent, on conduit les veaux dans un endroit sec, à portée des marais, où l’on plante autant de piquets que l’on attend de veaux; chacun d’eux est attaché avec une corde de chanvre tressée; quand les mères sont incommodées de leur lait, ou pressentent que leurs veaux ont besoin, elles viennent d’elles - mêmes leur donner à téter, puis s’en retournent au marais.
» Tous ces animaux sont dangereux, les vaches comme les bœufs, surtout dans la partie méridionale de la Camargue, où ils ne sont pas habitués à voir du monde. Les momens les plus critiques sont : 1° ceux où l’on veut les marquer pour les reconnaître; 2° ceux où l’on cherche à les dompter pour les mettre pour la premiére fois à la charrue; et 3° ceux où on les conduit aux boucheries et où on les tue. »
Il faut pour cela beaucoup de force, d’adresseet de courage ; on tient cependant beaucoup à ce genre d'industrie, parce que ces bœufs,vivantau milieu des marais, ne coûtent rien à nourrir; on va les y prendre pour les mettre à la charrue, et, les travaux terminés, on les lâche pour aller leschercher denouveau, quandils seront redevenus nécessaires, chacun reconnaissant les siens par des marques imprimées avec un fer chaud.
SECTION 1V. — Races bovines laitières et d'engraissement.
.—Des races anglaises, principalement de celle de Durham.
Lesraces anglaises étant fort peu employées en Angleterre, soit aux labours, soit aux charrois, ce n’est pas vers une grande aptitude à de rudes travaux qu’on dirige l’amélioration de leurs races. On veut des bœufs de boucherie énormes et d’une saveur délicate, et d’abondantes laitières.
Les races les plus estimées ne sont pas les plus robustes, lelles que celles de Lincoln, dont la robe est pie, de Sommerset et de Glocester, ordinairement roux, tous de grande taille, gros et forts.
On préfère les bœufs deSuffolk, du Hereford shire, etc., qui, à une corpulence colossale, joignent une grande aptitude à l’engraissement. Ils sont caractérisés par une petite tête, une encolure mince, le dos horizontal, etc.
Il est des veaux de ces races qui, à quatre mois, pèsent plus de 400 livres, et des bœufs gras qui pèsent plus de 3,000. :
Parmi les meilleures laitières sont les vaches sans cornes, de la race écossaise : mais de toutes les races anglaises, la plns estimée, sous le double rapport du lait et de la chair, est celle à courtes cornes de Durham (#g.262),
Fig. 262.
voici ses caractères :
Poils doux et moelleux, nuancés d’un beau rouge et d’un blanc bien pur, tantôt disposés par larges plaques, tantôt régulièrement mélangés, couvrant toute la partie supérieure et latérale du corps; les jambes unissent la finesse à la vigueur ; — la tête petite va en se rétrécissant jusqu’au museau et est portée sur un cou large, musculeux et plein de force; — narines très-ouvertes;— yeux proéminens, d'une douceur remarquable ; — oreilles grandes et minces près du sommet de la tête; cornes arquées très-courtes, lisses, pointues; — poitrine large; — épaules projetées en arrière; — dos horizontal depuis le garrot Jusqu’à l’origine de la queue; — reins larges, arrière-main long, peau douce et soupie.
Cette race n’est pas ancienne : on l'a obtenue par le soin coustant de n’allier entre eux, dans la race même, que les individus offrant au plus haut degré les formes et les qualités recherchées; c’est par ce mode, nommé sélectior, que Backewell a opéré des prodiges.
A mesure que cette race engraisse, elle exige moins de nourriture.
$ II.—Races helvétiques de Fribourg et d’Hasti.
Toutes les races helvétiques sont remarquables par l'abondance du lait qu’elles fournissent ; elles diffèrent beaucoup par le volume du corps; celle de Fribourg ou de Berne est colossale, celle d’'Hasti est petite, celle de Schwitz tient le milieu entre les deux autres.
Il n’y a pas bien longtemps qu’on connaît en France ces deux dernières, c'était naguère de la seule race fribourgevise qu’on parlait quand il s’agissait des bœufs et des vaches suisses ; ce sont de toutes les bêtes bovines étrangères celles qui ont été en plus grand nombre introduites en France. — Voici les caractères de la race de Berne ( #£. 263).
Taille de 4 pieds 8 à 10 pouces dans les deux sexes, car ici, contrairement à ce qui s’observe sur le plateau central de la France, lés mâles
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Fig. 263.
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et les femelles ne diffèrent point par le volume du corps; les bœufs et les vaches ne pèsent pas moins de 1000 à 1200 livres; — la robe est bigarrée de noir, de blanc et de rouge, ceite dernière nuance prédominant le
lus souvent sur toutes les parties du corps, à Perception de la tête qui est ordinairement blanche ; — cette partie est courte et grosse; — l’encolure est fort épaisse et empätée, le poitrail est large, le fanon est lâche er descend fort bas; —]le corps est massif, le ventre énorme ; — l’origine de la queue fort élevée; — les extrémités et surtout les jarrets n’offrent pas une conformation et un caractère de force suffisans pour supporter facilement une si lourde masse, aussi ces animaux ont-ils une allure lente et lourde et sont-ils peu propres au travail; c’est au point qu'étant attelés ils secouchent dans lessillons, et dans cette attitude sont insensibles au fouet et à l’aiguillon.
Il en résulte que les Suisses, malgré le nombre deleurs bestiaux si renommés, font, depuis quelque temps, venir d'Auvergne et du Charolais des bœufs pour cultiver leurs terres.
Cette inaptitude au travail dérive autant de leur constitution nerveuse que de leur conformation; on sait en effet que la force et la faiblesse, l’ardeur et l’apathie des animaux tiennent autant et quelquefois beaucoup plus à la constitution nerveuse transmissible par voie d’hérédité, qu'à la conformation extérieure, qui souvent l’est beaucoup moins.
Les vaches de cette race ont des mamelles énormes d’où découlent des torrens de lait, 24 et souvent 30 litres par jour; mais ce lait est abondant en sérosité, pauvre en caséum et surtout en butirum, et il est le produit d’une énorme quantité de fourrage. Habitués aux pacages luxurians des vallées helvétiques, le bétail qui en sort est grand consommateur et ne peut se maintenir qu'à la condition des pâturages les plus succulens ou de la nourriture à l’étable la plus abondante.
Nous ajouterons que l’engraissement de ces bœufs est peu fructueux; il coûte beaucoup et la viande en est peu estimée.
La race helvétique dite d'Hasti habite les plus hauts pacages des Alpes, non loin des neiges éternelles; elle est petite, et pèse à peine de450 à 500 livres.
Celte race a peu de disposition à prendre de la graisse, peut-être à cause de la vie active et en quelque façon pénible qu’elle mène dans les Alpes, car dans d’autres conditions elle devient passablement grasse.