DES PLANTES PROPRÉES AUX OUVRAGES DE SPARTERIE
nes papilionacées, d’un bei effet et recherchées dans les jardins d’agrément. Il se multiplie facilement de graines, qu’il donne abondamment dans des cosses longues de 2 à 3 pouces et larges de 3 lignes. Ses racines, longues comme des cordes, dont elles ont force et la souplesse, s’accommodent des terres pierreuses, sèches et de médiocre qualité.
Pour cultiver le genêt d'Espagne dans l’intention d’extraire la filasse de ses rameaux, il faut faire de petites fosses naviculaires avec une houe, à 4 pieds les unes des autres ; mettre dans chacune 3 ou 4 graines et les recouvrir d’un demi-pouce de terre; quand elles sont levées, on arrache les plus faibles et on ne laisse qu'une plante dans chaque fosse.
Au printemps de la 3° année, on rabat les plantes à un pied de-terre, pour les faire ramifier, leur donner la forme de tétard, et les obliger à produire chaque année un grand nombre de branches longues et vigoureuses.
A l’automne, et mieux au printemps de chaque année, on coupe ces branches, on les fait rouir, on les bat avec un maillet pour en briser et en faire sortir le plus gros du bois, et, par des serançages répétés, les fibres de l’écorce se divisent en fil comme du chanvre; on en fait de la toile qui est d'autant plus belle et meilleure que les manipulations du rouissage, du battage et du serançage ont été mieux exécutées. Ilarrive qu'au lieu de mettre le genêt dans l’eau pour le rouir, ou l'enterre quelquefois et on arrose la terre qui le recouvre de manière à la Lenir constamment très-humide pendant 8 ou 10 jours, après quoi on retire le genêt, suffisamment roui, et onle lave. PoiTEAU.
Section v. — Des plantes propres aux ouvrages de sparterie.
Sous ce titre, je comprends quelques plan-
36 CULTURES INDUSTRIELLES : PLANTES TEXTILES ET FILAMENTEUSES. Liv. nt.
tes dont on fait des chaussures, des naltes, des tapis de pied , et cerlains paniers légers utilisés dans les campagnes.
I°r. — De la Stipe.
STire tenace ( Stipa tenacissima, Tax.; angl., Rush leaved feather grass; all., Spanisches spartogras; italien, Stipa tenace ), plante graminée, vivace, croissant naturellement en Espagne, et que l’on pourrait acclimater aux environs de Bayonne, dans les mauvais terrains secs et montueux. Ses feuilles sont presque cylindriques, longues de 2 à 3 pieds; son chaume s’élève à la hauteur de 3 pieds, et se termine par une panicule de fleurs dont l’une des valves se prolonge en une très-Jongue barbe soyeuse, ce qui d’ailleurs est commun à toutes les espèces du genre. J'aurais pu ranger celle-ci dans l’article précédent, puisqu'on lui fait subir le rouissage pour en diviser les fibres, lorsqu’on veut l’employer à la confection de certains tissus; mais, comme on l’emploie plutôt sans préparation, j'ai cru devoir la placer dans cette seclion.
Ce sont les feuilles de la plante dont on fait usage. Depuis un temps immémorial, on eu tresse une chaussure ou espèce de soulier, chez les Basques et d’autres habitans des Pyrénées. Ce sont ces mêmes feuilles qui, sous le nom de sparterie, composent les petits tapis de pied, unis ou plucheux, teints de ditférentes couleurs, usités dansles appartemens, ainsi que d’autres plus grands tapis, des nattes, des cordages, etc., d’une grande solidité. La sparterie est aujourd'hui un commerce assez étendu pour que l’on fasse l’essai de multiplier la stipe tenace en deçà des Pyrénées, et de nous affranchir dela contribution que nous payons aux Espagnols.
Le Sripe-Joxc ( Stipa Juncea; ital., Stipa giunco ) croit naturellement en France; ses feuilles ont aussi une grande force et paraissent posséder à peu près les qualités de celles de la stipe tenace, mais Je ne sache pas qu'on en fasse usage. Peut-être n’y a-t-on pas encore pensé.
$ II. —Du Jonc.
Joxc des jardiniers (Juncus effusus, TAN; angl., Soft rush; all., Flattergras; ital., Giunco commune). Celte plante, très-vivace par ses racines nombreuses et traçantes, croit sur le bord des rivières, des fossés et aux
endroits humides, où elle forme des touf- |
fes qui s’élargissent de plus en plus; au lieu de feuilles, elle n’a que des gaines courtes qui embrassent le bas de ses tiges; celles-ci sont cylindriques, striées, longues de 2 pieds, d’une ligne de diamètre, terminées en pointe aiguë, et portant une panicule latérale de fleurs à quelques pouces au-dessous du sommet. Tant que ces tiges sont vertes ou fraichement coupées, elles conservent toute leur souplesse et toute leur force; elles perdent l’une et Fautre en séchant, mais on Jes leur rend en les faisant tremper dans l’eau pendant une journée. Les jardiniers en font un grand usage pour pa-
lisser et attacher les branches de leurs arbres. Ilremplace économiquement, dans beaucoup de cas, la ficelle, la paille, les écorces d'arbres et d’autres liens ; on en fait des paniers, de petites nattes sur lesquelles on place les fromages pour qu'ils s'égouttent, etc. C’est le seul de tous les joncs dont la tige a assez de tenacité pour être employée à tous ces usages.
$ HI. — Du Lygée.
Lycée sparte (Lygeum spartum, Lan; angl, Rush leaved lyÿgeum:;all., Unechtes spartogras (fig.27), graminée vivace de l'Europe méridio-
Fig. 27.
nale et qui prospère bien sous le climat de Paris ; ses feuilles sont fort étroites, longues de 3 pieds et plus, tenaces et très-difficiles à rompre ; elles me semblent avoir tant d'analogie avec celles de la stipe, qui fait la base de la sparterie, que je crois qu'elles pourraient être employées aux mêmes usages. Déjà on en fait des sommiers, des cabas,etc., en Espagne et dans le midi de la France, dit M. »E THéis.
$ IV.— De la Massette.
MasserTe ( 7ypha latifolia, Lin.; angl., Broad leaved cats’tail; all., Gemeine rohrkolbe, Tuttenkolbe, Schmackedusen; ïtal., Tiffa; fig. 28). On trouve abondamment cette plante vivace dans les étangs, dans | les rivières où l’eau a peu de courant. Sa tige est de la grosseur du doigt, cylindrique, simple, terminée par un gros et long cylindre (massette ), fleurs très-serrées, entremélées de beaucoup de soie. Les feuilles naissent sur la souche, embrassent le bas de la tige, s'en écartent ensuite, et s'élèvent aussi haut qu'elle sous forme de lames larges de 6 à 7 lignes. C'est à l'automne que l’on cou-
Fig. 28. pe les tigeset les feuilles de cette plante, et qu’on les fail sécher à l'ombre, autant que faire se peut, pour les conserver souples. Les feuilles s’emploient telles qu’elles sont, mais il faut aplatir les tiges avec un maillet ou les faire passer dans une espèce de laminoir pour les aplatir et ies rendre plus souples. Le plus grand
usage des unes et des autres est d’en former des couver-
tures de petits bâtimens dans les campagnes; on en fait aussi des nattes, des paillassons qui durent longtemps; on en rembourre les chaises avec plus d'avantage qu'avec de la paille. On a en vain cherché à utiliser la soie, assez abondante, qe se trouve dans l’épi dense (massette) des fleurs de cette plante, mais on n’en a obtenu aucun résultat satisfaisant.
$ V.— Du Scirpe.
Scirpe des élangs (Scérpus lacustris, Lin.; angl, Marsh club-rush; all, Sumpfbense, Sumpfsende, Riesch; ital., Scirpo acquatico ). Cette cypéracée est très-vivace et se trouve abondamment dans les étangs et dans les ri-
DES BETTERAVES. 37
vières. Elle a lestiges cylindriques, un peu diminuées de grosseur dans le haut, longues de 7a 8 pieds, et terminées par des fleurs en épis pañiculés. Les botanistes ne parlent pas deses feuilles, probablement parce qu’ils n’en ont pas vu; en effet, lorsque la plante croit dans les étangs dont l’eau est tranquille, elle n’en produit pas; mais, dans les rivières, les gaines qui embrassent le bas des tiges se développent en rubans minces, flexibles, larges de 3 lignes, plus longs que les tiges, s'élèvent et flottent à la surface de l’eau, dans la direction du courant. J'ai découvert ce fait en cherchant à connaitre quelle sorte de plante formait chaque année une masse de verdure flottante au milieu de la Seine, vis-à-vis Bercy, à des époques où on n’y apercevait aucune tige de scirpe. Quand les tiges de scirpe parurent el furent en fleurs, la flottille des feuilles était presque détruite, mais j'en trouvai une assez grande quantité dans toute leur longueur, adhérentes encore à la souche des scirpes el engainant un peu leurs tiges à la base, pour que je puisse assurer que le Scirpus lacustris produit des feuilles aussi longues que ses tiges dans l’eau courante de Ja Seine. Je pense que ce sont ces feuilles que DariBarpD a prises pour les feuilles de la Za- Lisreria spiralis qu’il avait cru avoir trouvée dans la Seine.
C’est quand les tiges du scirpe sont en fleurs qu'on les juge assez mûres pour être coupées. On les fait sécher à l'ombre, on les aplatit et on en fait des nattes tressées pour les appartemens, des couvertures de petits bâtimens dans les campagnes, des abris et des paillassons plus durables que ceux faits en paille.
PorTEAu.