CHAPITRE III. — DES PLANTES ÉCONOMIQUES
SECTION 1°. -- De la Betterave.
$ 1°°. — Avantages et emplois de la betterave.
Les avantages que présente la betterave omme plante saccharine, sont maintenant lémontrés par la prospérité irrécusable le nombreux établissemens, où l’on se ivre avec le plus grand succès à l’extracion du sucre que renferme sa racine. Cette ndustrie, d'origine toute francaise, après woir été dédaignée à sa naissance, consvuée même par les étrangers, languissante lors que le sucre était à un prix exorbitant, rend, depuis quelques années, un essor qui a toujours croissant, parce que le perfecionnement des procédés, les conseils et la persévérance des hommes habiles qui y oyaient une source de richesse agricole, l'aplomb manufacturier toujours silent à s’acquérir dans une industrie nouvelle, y font icltuellement trouver à un grand nombre de fabriques des bénéfices assurés et considérables, malgré la baisse des prix d'une denrée devenue de première nécessité.
Si l'on considère que la consommation du sucre n'est encore en France que de 2 1/2 à 3 livres par individu, tandis qu'en Angleterre et en Hollande elle approche de 16 livres, on reconnaitra que l'avenir le plus brillant attend cette industrie toute nationale; M. pe Dougasce vient de démontrer qu'elle n'est pas éloignée de l’époque où elle pourra livrer le sucre brut à 20 cent. la livre, et où, propagée sur tout le sol français, sans diminuer la culture des plantes panaires, elle donnera partout un produit nouveau qui fournira à la fois à la population laborieuse, une ressource alimentaire d’une très- grande importance, et des moyens de travail qui accroitront considérablement son aisance.
Mais, que des droits onéreux, des entraves génantes ne viennent pas arrêter cette prospérité naissante! sur beaucoup de points, celte industrie en est encore à des tâtonnemens; arrivée à une période d’effervescence et de progrès, elle est loin d’être fixée irrévocablement; et des mesures décourageantes ne sauraient manquer de faire périr une foule d’établissemens et d'empêcher la fonda-
tion d’un bien plus grand nombre encore.
En effet, bien des contrées de la France négligent encore la culture de la betterave, qui offre le triple avantage de s’intercaler tres-heureusement dans les assolemens ; de permettre l'éducation et l’engraissement d’un grand nombre de bestiaux; enfin. de créer une branche d'industrie qui se lie intimement à l'exploitation agricole et qui vientadjoindre ses bénéfices aux siens. Tandis que les départemens du Pas-de-Calais, du Nord, de l'Aisne, de la Somme, possèdent beaucoup de fabriques de sucre de betterave, el que tous les jours il s’y en élève de nouvelles, quelques autres départemens ne renferment qu'un ou deux de ces élablissemens, et plus des lrois-quarts des proyinces de la France en sont totalement privées.
Considérée comme nourriture du bétail, a betterave ne réunit pas de moindres avantages, et elle l'emporte dans un grand nombre de circonstances si on la compare aux autres récoltes qui peuvent occuper la même place qu’eile dans les assolemens. Elle convient à une plus grande variété de terrains, sa culture est moins coûteuse, elle est plus salubre
our les bestiaux que la pomme-de-terre, lorsque celle-ci est administrée crue; comparée aux carottes et aux navets, ses avantages sont encore plus incontestables, à cause des soins minutieux ou des chances de perte qui s'appliquent à ces plantes ; en outre, la betterave se conserve beaucoup plus facilement, et, sous le rapport de la faculté nutritive, les bonnes variétés sont peu inférieures, à poids égal, aux pommes-de-terre, et trèssupérieures aux carotles et aux navels; aucune racine ne favorise autant la formation de la chair et de la graisse dans les animaux. De toutes les racines que l’on cultive pour la nourriture du bétail, dit M. pe Dom- BASLE, il n’en est donc aucune dont la culture puisse se généraliser avec plus d'avantages dans les exploitations rurales, que la betterave. Ajoutons cependant que divers faits et l'opinion de beaucoup de praticiens semblent prouver que c’est une nourriture peu convenable pour les vaches laitières qu’elle engraisse aux dépens de la production du lait. Au reste, on peut obvier à cet inconvénient en donnant avec les betteraves des pommesde-terre crues, et c’est peut-être la manière la plus avantageuse de faire consommer ces dernières à toute espèce de bétail.
Une destination encore peu connue de la betterave, c’est la préparation d’une poudre proper a remplacer le café, et qu'un grand nombre de personnes ont trouvée supérieure au café de chicorée dont le débit est trèsconsidérable, puisque 55 fabriques en France sont occupées à sa préparation. Pour le café de betterave on se livre déjà à sa fabrication à Angers, au Mesnil Saint-Firmin, à Oëstres près Saint-Quentin, et peut-être ailleurs encore.Cet usage fait trouver un emploi lucratif des racines très-petites et des bouts des grosses betteraves. Ces fabrications seront décrites dans lelivre des Arts agricoles.
L'emploi des feuilles de la betterave, pour la nourriture des bestiaux, et cette observation que leur enlèvement modéré n’empéche pas les racines deproduire,onttentébiendes