MOYENS D’AMELIORATIOI DANS L'ESPÈCE BOVINE
a créer des races tout à fait différentes de celles qui existent sur un sol, ou intermédiaires entre elles, il faut consulter d’abord les circonstances locales. Une race massive dépérit sur un terrain peu fertile. Que deviendraient les chevaux auvergnäfs dans la vallée d’Auge,et les chevaux boulonnaïis sur les montagnes de la haute Auvergne ?
Il faut aussi mettre en ligne de compte les frais d'introduction, ceux d’entretien, la facilité des débouchés, et balancer les chances de succès et de revers; il faut voir enfin si, aux conditions du perfeclionnement des procédés agricoles, on ne pourrait pas, en opérant sur les races indigènes, obtenir avec plus de certitude et d'économie les avantages qu’on attend de croisemens étrangers.
$ VII. — Influence comparative du taureau et de la vache sur le produit.
On a observé que, dans les espèces du cheval, du bœuf et du mouton, le mâle influait ordinairement plus que la femelle sur les produits des appareillemens les mieux combinés, et que la prépondérance paternelle s’exercuit particulièrement sur l’énergieet la vigueur, ainsi que sur les formes, notamment sur celles des extrémités.
On est fondé à croire que cet effet est plus remarquable à la suite de l’alliance entre des reproducteurs de races différentes; voilà pourquoi c’est toujours au moyen des mâles qu’on amène l’amélioration par croisemens.
On a observé, en Suisse, que le taureau transmettait à ses produits femelles les qualités de la vache’ dont il était lui-même le produit. M. Levrat, vétérinaire à Lausanne, qui plusieurs fois s’est assuré de ce fait, en conclut qu'avant de choisir un taureau, il convient de prendre des renseignemens exacts sur les facultés lactifères de sa mère.
La mère influe sur la taille.Quoique n’ayant qu’une influence secondairesur l'amélioration des races, il n’en est pas moins vrai que c'est pour avoir négligé le choix de cet élément de la reproduction, qu'on n’a rien obtenu desatisfaisant, malgré l'emploi des plus beaux étalons; c’est ainsi que les graines les meilleures ne donnent point de bonnes plantes, si elles sont jetées sur uneterre aride et sans culture.
L'état constitutionnel ou accidentel des reproducteurs contribue puissamment à leur influence réciproque. La prépondérance naturelle au mâle est augmentée quand il appartient à une race plus ancienne, plus vigoureusement constituée que celle de la femelle; quand il est plus fort, d’un âge plus convenable, mieux nourri, mieux soigné.
C'est alors que les produits auront avec lui les traits de ressemblance les plus nombreux.
D'un autre côté, un étalon de race nouvelle ou étranger à toute espèce de race, faible, trop jeune ou trop vieux, exténué par des accoùuplemens trop fréquens, mal nourri, mal soigné, étant accouplé à une femelle qui se trouve dans des conditions opposées, perdra sa prépondérance, et c’est à la femelle que les produits ressembleront.
Cette prépondérance peut être poussée, selon M. Girou de Buzareingue, jusqu’à décider le sexe des produits, ce qui, d’après lui, donne
les moyens d'obtenir à volonté des mâles ou des femelles.
Eu général, les mâles ressemblent ordinairement plus à leurs mères, et les femelles plus à leurs pèrés.
ün croit que le mâle a plus d'influence sur les formes et sur les parties antérieures, et la femelle, sur la taille, sur les parties postérieures et les extrémités des produits.
$ VIII. — Régime, chaleur, saillie, conception.
On doit sans doute loger, panser et nourrir convenablement tous les animaux domes-
tiques; mais il faut redoubler de soins à l'égard |
de ceux d’entre eux qu’on a destinés à la reproduction. A l’époque de l’accouplement surtout, on doit les traiter avec la plus grande douceur. Ilest prouvé, en effet, qu'outre les qualités physiqueset morales du reproducteur, l'état de santé et de bien-être, dans lequel il se Louve au temps de la monte, exerce sur les produits une grande influence.
Le pâturage n’affaiblit pas les taureaux reproducteurs. On doit les laisser à l’étable le moins possible; ils s’y ennuient, s'irritent, respirent un mauvais air, sont soumis à un r'égime qui leur convient peu. Ceux qu’on tient habituellement attachés sont dangereux dans les courts instans de leur liberté; ils voient dans l'homme leur ennemi. Ceux au contraire qu'on laisselibres an pâturage avec les vaches rentrent tranquillement avecelles pour trouver un abri, un supplément de nourriture, du sel et des caresses, et sont en général fort doux.
Si leur pâturage est bon, on se contentera de leur donner, au moment de la monte, une ration de sel, ou d'augmenter leur ration s’ils en recoivent déjà.
L'ardeur de la reproduction, annoncée par un élatnommé chaleur, est mieux caractérisée chez le taureau que chez le cheval étalon.
Le taureau fait entendre alors des sons rauques et, en quelque sorte, lugubres ; ses yeux, ordinairement moins animés que ceux du cheval, paraissent tout aussi étincelans; — une écume épaisse s'échappe de sa bouche; — il erre dans la prairie, pâturant comme par caprice plutôt que par besoin; — plus que le cheval, il éprouve le besoin fréquent de boire; — il bondit et s’élance sans motifs; — il frappe de ses cornes les haïes, les arbres ou la terre; — on reconnait néanmoins en lui un être souffrant et emporté par la violence de ses désirs, plutôt qu’un animal méchant.
Les signes de la chaleur dans la vache diffèrent de ceux de Ja jument, en ce que chez elle l'œil est égaré, le nez au vent comme pour aspirer les effluves du mâle, et lesoreilles mobiles comme pour en écouter les mugissemens;—elle oublie de paitre, s’agite, se tourmente, bondit à l'aventure, et se jette souvent sur les bœufs.
On doit ajouter la diminution, quelquefois le tarissement du lait, et la mauvaise qualité de celui qui reste dans les mamelles. Olivier de Serres a observé qu’il y a quelquefois chez elles enflure des onglons; celles qui en sont affectées marchent en tâtant le terrain.
On voit plus de vaches que de jumens revepir en chaleur plusieurs fois dans le courant
ANIMAUX DOMESTIQUES : DES RACES BOVINES ET DE LEUR ÉLÈVE. iv. rit
de l’année; il en est qui offrent des signes de cet état tous les mois, même plus souvent; on les nomme taureliéres ; elles ne retiennent presque Jamais, et on a remarqué que le plus souvent elles sont affectées de pommelière ou d’une autre maladie de poitrine.
Plus ardente que la jument, la vache va plus loin à la rencontre du mâle. Il en est qui, partant d'un pâturage fort éloigné, se rendent à la porte d’une étable où elles savent qu’un taureau esl renfermé.
On peut sans inconvénient laisser dans le même pâturage des taureaux et des vaches; Gn n'a pas à craindre des saillies trop répétées qui les épuiseraient. Lorsqu’elles sont pleines, le taureau s'abstient de les saillir ; il les caresse, les console en quelque sorte, et calme ainsi leur ardeur.
Plus que chez la jument, la froideur de la vache tient à la faiblesse qui, elle-même,.est le résultat tantôt d’un défaut de nutrition, tantôt d'un excès d’embonpoint. Dans le premier cas, on ajoutera à des alimens substantiels. comme du bon foin, quelques substances excitantes, telles que du sel, des fèves, des lentilles ou de l’avoine.
Dans le second cas, il est moins nécessaire de réduire la nourriture que d'augmenter l'exercice.
$ IX. — De la gestation, de sa durée et des moyens de la reconnaître dans la vache.
La durée est pour l'ordinaire de neuf, queiquefois de dix et même douze mois. La gestation dure quelques jours de plus pour les veaux mâles que pour les vêles, et chez les vaches les plus âgées et les plus fortes.
Chez aucune femelle domestique plus souvent que chez la vache, des fœtus morts ne peuvent, sans se putréfier, sejourner longtemps dans la matrice.
Comme les vaches retiennent bien plus facilement que les jumens, on peut les présumer pleines quand elles ont été saillies, fussent-elles encore disposées à recevoir le mâle; car la sécrétion lactée, ayant lieu constamment dans les vaches laitières, ne peut pas être considérée comme un signe de gestation.
Un signe moins équivoque est la disposition à l’engraissement ; presque toutes les vaches grasses qui arrivent à la boucherie sont dans un état de gestation plus ou moins avancé : on les a fait après leur réforme couvrir exprès pour les rendre graissières. La gestation, ralentissant la circulation, invitant au repos, augmentant l'énergie gastrique aux dépens de la musculaire, refoulant de la circonférence au centre, est très-propre à favoriser l'accumulation de la viande.
Le renflement du ventre est à mi-terme de la gestation, plus apparent dans la vache que dans la jument, et l’on a observé que dans celle-ci les mouvemens du fœtus sont alors moins sensibles qu'ils ne l’étaient un mois plus tôt. Bien plus que dans la jument, les mouvemens du fœtus seront sensibles à droite chez la vache, parce que chez elle la matrice, repoussée par la panse, est plus de ce côté. Au reste, la position du fœtus varie beaucoup; plus le terme approche, plus il se rejette vers
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les muscles abdominaux sur lesquels il repose | aux approches du vélage.
L’exploration vaginale est plus facile chez la vache que chez la jument, cette dernière étant beaucoup plus impatiente et chatouilleuse.
Cette apération consiste à introduire la main dans le vagin pour s'assurer du resserrement de la fleur épanouie et de la dilatation de la matrice, double indice de la présence du fœtus. Un troisième signe est un grand battement des artères, suite de la fluxion sanguine déterminée par la gestation.
$ X. — Soins à donner pendant la gestation, parturition normale.
La vache a beaucoup moins besoin d’exercice que: la jument, et est plus sujette à avorter. Aussi a-t-on proposé, quand elle est pleine, de l’exempter du labourage et des charroïs, à moins de nécessité. Nous pensons pourtant qu'un travail modéré lui sera utile, et que l'oisiveté complète la disposerait à l'avortement.
On veillera à ce qu’elle ne franchisse pas les fossés, les haies, à ce qu’elle rentre à l’étable et en sorte librement ; on écartera d’elle les chiens hargneux; si elles sont plusieurs ensemble, on veillera à ce qu'elles ne se battent pas : elles y sont plus disposées que dans un autre état; elles seront traitées avec la plus grande douceur. F
Le sol de leur étable ne sera pas incliné de devant en arrière; s’il l'était pour lécoulemei.t des urines, il faudrait, au moyen de la liière,en rétablir le niveau. Ilest desagronomes qui conseillent de l’exhausser à la partie postérieure ; en Hollande, on le creuse à la partie correspondante à l’abdomen de la vache. L'inclinaison du sol peut causer l'avortement et même la chute de la matrice.
Les alimens de la vache pleine seront plutôt des racines, des tubercules sous forme de soupes où de buvées, que du foin ou de la paille. Ces derniers fourrages dilatent plus la panse, et ils sont d’une digestion moins facile : l'animal a besoin de nourriture plus que de lest.
Il ne faut pas économiser la nourriture; cependant, si l’on s’apercevait que l'embonpoint augmentät notablement, 11 faudrait la réduire; car,chez la vache trop grasse, le fœtus se développe mal et le vélage est difficile.
Si la femelle porte pour la première fois, on lui manie les pis de temps à autre pour la disposer à se laisser traire et téter.
Quand on veut relever tine race, on cesse de traire au septième ou au huitième mois, et on tarit par degrés, en éloignant les traites de plus en plus; cependant, si les pis enflaient, il faudrait les dégorger, non pour avoir du lait, mais pour prévenir une maladie.
Lorsque le terme approche, on isole les vaches et on leur donne une bonne litière. Leur ventre, pas plus que celui de la brebis, ne s’avale alors comme celui de la jument.
Leurs mamelles sont toujours volumineuses, mais n’acquièrent pas tout à coup un volume extraordinaire.
Les ruminans ne manifestent pas aux approches de la parturition des signes aussi sensibles que les solipèdes.
AGR