MOYENS D’AMÉLIORATION DANS L'ESPÈCE BOVIRE
La vache qu’on aurait fait travailler malgré son état de gestation sera délelée deux mois avant l'apparition des signes précurseurs de la parturition. On en connaîtra le terme, si on a tenu note de l'époque de la saillie.
La vache n'a pas besoin de tant d’espace que la jument; elle se tourmente beaucoup moins, et reste plus tranquille. Il y aurait danger de la placer à côté d’une autre qui ne serait pas à terme; elle pourrait avorter par un mouvement physiologique d'imitation.
L'étable, tout aussi bien que l’écurie, doit être propre et bien aérée, à une température modérée. C’est par suite d’un préjugé déplorable qu’on regarde Fabondance du fumier, la chaleur humide, la stagnation de l’air, comme favorables au bétail, et plus particulièrement aux vaches à terme.
On les visitera tous les soirs; et, lorsqu'on reconnaitra les signes d’une parturition prochaine, on veillera pour administrer des secours au besoin.
Comme la parturition languissante est commune parmi les vaches, on sera muni de quelques cordiaux, tels que du vin, du cidre, etc.
Voici les phénomènes de la parturition normale : Gonflement de la vulve, d’où sortent des mucosités glaireuses mêlées de sang, par l'effet du décollement de quelques parties du placenta; — Apparition, puis rupture dela bouteille ou poche des eaux ( voy. page 415) :
Apparition du fœtus qui, dans sa position naturelle, a, chez nos trois espèces, les membres antérieurs en avant, et sur eux, un peu en arrière, la tête et l’encolure appliquées de manière à former un cône : figure la plus favorable pour dilater les ouvertures et franchir les obstacles. On voit, d’abord, les sabots antérieurs. ensuite les phalanges et les métacarpes, puis le bout du nez;
Quelques difficultés au passage des épaules et de la poitrine, à cause du diamètre plus grand de ces parties; mais du moment où l'obstacle est franchi, par un grand effort de la mère, le petit sort brusquement. Il n’est jamais arrêté par l'ampleur de la croupe :
Rupture du cordon ombilical, le plus souvent après la sortie du fœtus, et par l'effet de sa chute même, ou les mouvemens du petit, ou quelquefois par les dents de la mère.
La délivrance, ou l'expulsion du délivre, suit de près la sortie du petit. Si, comme cela arrive souvent, les efforts expulsifs se prolongeaient sans résultat, il faudrait avoir recours aux moyens indiqués page 283.
Quoique naturellement unipares, les vaches donnent quelquefois des jumeaux; et on peut présumer qu'un second fœtus est dans la matrice, lorsqu'après une parturilion normale, la mère parait inquiète, et néglige complétement le petit qu'elle vient de mettre bas. Des indices plus sûrs sont les signes de la parturition, même après l’expuision, du délivre, ?
Il peut s’écouler plusieurs jours entre la naissance des deux petits. On a vu des vaches qui, après avoir avorté vers le cin uièmé mois, ont mis bas,au terme de la gestation, un veau bien portant.
M. Cros, vétérinaire, digne de foi, rapporte un fait bien plus étonnant: Une vache, ayant mis au jour deux fœtus mortsadhérens par le
ss
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Sternum, en produisit, une heure après, un troisième bien conformé qui vécut.
On a observé en Angleterre que l’un des Jumeaux était assez souvent hermaphrodite, c’est-à-dire qu'il moffrait nettement les attributs d'aucun sexe.
Ces monstres ne proviennent pas toujours d’un double vélage. On les nomme taurs, et on en fait d'excellentes bêtes de travail.
$XI.—Soins à donner aux vaches pendant la parturition normale.
La parturition anormale, ainsi que celle qui est prématurée, qu'on nomme avortement, étant des cas pathologiques, ne doivent pas pous occuper ici. ( ’oyez page 283.)
Le premier soin, après la parturition, est de laisser les femelles dans la plus grande tranquillité; se conformant ainsi à leur instinct qui les porte à chercher, quand elles sont libres, la solitude et les ténèbres. L’'agitation, le bruit suffisent pour troubler la parturition la plus naturelle.
Sans être vétérinaire, on peut, au besoin, faciliter la parturilion par les soins suivans:
On vide le rectum avec le bras bien huilé, si on a des raisons de croire que des excrémens durcis, dilatant l'intestin, diminuent le diamètre du vagin.
On fait des injections adoucissantes dans le vagin, quand, à son orifice, il y a beaucoup de chaleur, ce qui arrive souvent chez les jeunes jumens qui poulinent pour la première fois, ou dont le fœtus est trop gros.
Lorsque la parturition, quoique normale, se prolonge et languit,on administre un cordial,
Quand la poche fœætalese présente en dehors
les eaux couleraient avant le temps, et l’on aurait provoqué une parlurition sèche, toujours
lus longue. Cette poche doit être percée par e fœtus lui-même.
Si, après l'écoulement de ces eaux, le petit, se présentant bien, restait néanmoins plus de 8 minutes au passage, on l’aiderait à sortiren letirant peu à peu, doucement, en bas si la femelle est debout (elle l’est presquetoujours), et si elle est couchée, on tirerait dans la direction des jarrets. Cette manœuvre doit coincider avec les efforts expulsifs de la mère.
On peut faciliter une parturition languissaute, en soulevant la queue et avec elle l’os sacrum, et faisant en même temps avancer, autant que possible, les extrémités postérieures vers le centre de gravité.
Si le cordon ombilical, qui a retenu le petit dans sa chute, ne se rompait pas de lui-même, et que la vache négligeàt de le mâcher, on le couperait à environ 3 pouces du nombril.
Lorsque le délivre ne suit pas le fœtus, ce qui arrive souvent dans la vache, il ne faut pas s’en inquiéter dans les deux premiers Jours; mais, passé ce temps, il faut recourir à la chirurgie vétérinaire.
Après la parturition, la mère sera bouchonrée, enveloppée d’une couverture; on mettra devant elle de l’eau blanche tiède : elle esL ordinairement alors fort altérée. Si elle est faible et fatiguée, on lui donnera, pour relever ses forces, une soupe au vin tiède.
Les cultivateurs du Lyonnais composent la
rôtie au vin de leurs vaches de 4 à 5 litres de liquide avec une livre de pain grillé; à moins que le vin ne soit faible, ils létendent d’un üers d’eau. [ls donnent jusqu’à 3 de ces soupes dans l'espace de 24 heures; je me suis assuré qu'une vache, relevant du vélage, pouvait sans inconvénient ingérer dans un jour 12 à 15 litres de vin.
Douze ou quinze heures après la parturition normale, on donne une bonne nourriture; et c'est bien alors que conviennent plus particulièrement les végétaux cuits.
La mère et le petit seront tenus chaudement; ils sont l’un et l’autre frileux.
Il est des pays où, le bétail pâturant toute l’année, on laisse les vaches mettre bas au dehors ; on les rentre quelques heures après l'opération. Déjà les veaux peuvent marcher.
$ XIL. — Soins naturels et ceux que nous devons à la mère et au petit.
Immédiatement après la parturition, la vache, comme la jument (voyez page 418), est poussée par un instinct maternel à lécher le nouveau-né. Mais il faut surveiller cette opération: les vaches, en léchant leur petits, les mordent quelquefois sur la croupe ou à la queue; elles donnent même assez souvent heu à des excoriations exomphales, à des hémorragies, à force de lécher le nombril du nouveau-né.
La mère prend avec sollicitude, dans un espace même exigu, l'attitude la plus favorable au nouveau-né; c’est toujours avec des précautions pleines d'adresse qu’elle se couche el qu’elle se lève pour ne pas offenser
| le petit, et ces soins attentifs seront prolongés de la vulve, il faut bien se garder de l'ouvrir: |
tout le temps de l’allaitement.
On s'assure d’abord si ie petit est à l’état normal.
Les difformités congéniales et les produits
| monstrueux sont beaucoup moins rares dans | l’espèce bovine que dans les autres espèces
domestiques. On voit s'il n’y a pas occlusion des ouvertures naturelles, telles que celles des yeux, de la bouche, de l’anus, de la vulve, etc. ILest facile, dans ces premiers instans de la vie, de remédier à ces accidens.
Les femelles unipares ne se couchant pas pour allaiter leurs petits, ceux-ci ne peuvent téter que debout, et peu d’instans après leur naissance : ils n’ont pas toujours la force de se lever; on les aide avec précaution. Une fois debout, ils se soutiennent pour l’ordinaire, et comme ils pourraient retomber, on doit être présent pour les relever. Ils cherchent d’eux-mêmes la mamelle de la mère; s'ils étaient trop longtemps à la trouver, on leur mettrait dans la bouche le bout du mamelon. Si la mère était chatouilleuse, ce qui n’est pas rare quand elle a mis bas pour la premiere fois, surtout si on l’a livrée trop jeune à l’étalon, on la tient, on la caresse, on lui donne quelques friandises. Cette répugnance cesse bientôt.
Si le nouveau-né laisse passer quelques heures sans chercher à téter, c’est qu'il est “faible, qu'il a souffert pendant la gestation ou la mise-bas; alors on trait la mère, et on fait boire au petit le lait tout chaud : il serait bon de lui donner encore de l’eau sucrée ou miel-
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lée; et s’il y.avait beaucoup de faiblesse, on administrerait du vin chaud.
Les bons éleveurs regardent comme une fort mauvaise pratique de manier sur le dos les veaux nouvellement nés.
La vache et son veau, ayant beaucoup moins besoin d'exercice musculaire que la jument et son poulain, on peut, sans inconvénient, les laisser, à l’étable, pourvu que cette habitation soit saine. Bien nourrie, la vache y produira plus de lait qu'au pâturage.
Dès le huitième jour après la-mise bas, on trait la vache nourrice. Cette époque coïncide avec celle où le colostrum a fait place au lait de la meilleure qualité. Jamais la laitière n’est si productive : on la dit fraiche vélée. Pour tirer de cet état tout le parti possible, et afin de le prolonger, on n’abandonne au veau qu’une partie du lait maternel, ou même on l’en prive entièrement, le soumettant à un allaitement artificiel.
Le foin, la paille, les autres fourrages secs ne conviennent pas aux vaches fraiche vêlées. Ces alimens exigent trop de travail des organes digestifs affaiblis par le vêlage; ils sont peu galactophores. Ce sont les végétaux cuits, racines, tuberoules, choux, autres fourrrages en soupes, en buvées, qui leur conviennent éminemment. On jes distribue avec mesure néanmoins ; car en trop grande quantité, cette nourriture pousserait à l’engraissement aux dépens de la production du lait.
Comme chez elles, beaucoup plus que chez les deux autres femelles domestiques, ies organes mammaires ont, par l'effet d’une traction habituelle, acquis un grand volume et une grande activité : il s’y produit, dans les premiers temps de l'allaitement, même avant la disparition du colostrum, une telle abondance de lait que le pis s’engorge et devient quelquefois douloureux. Des abcès s’y forment ; ils sont suivis d’ulcères, de fistules ; d'autres fois il s’y développe des crevasses,
des pustules. Les pustules qui surviennent au |
pis des vaches dans les premiers temps de l'allaitement surtout peuvent être le cowpox {vaccine); on les reconnaît en ce qu’elles sont déprimées dans leur centre, et entourées d’une auréole inflammatoire rouge ou rose, et contenant une humeur blanche. Ces pustules, enzootiques en Irlande et en Ecosse, ont été rarement observées en France. L’humeur de ces pustules, inoculée à notre espèce, préserve de la variole. Cet effet, constaté par l’expérience, nesaurait être expliqué par aucune théorie.
Les pustules et les crevasses peuvent être causées par le fumier et les muselières composées de peau de hérisson, ou armées d’un clou, dont on affuble les veaux pour les empêcher de téter. On prévient ces accidens en trayant les vaches d’une main douce, plusieurs fois dans la journée, et jusqu'à ce qu'il ne coule plus de lait, dût-on le laisser perdre, en lavant le pis avec de l’eau émolliente, et s’abstenant des corps gras, dont l'effet est de provoquer la suppuration.
$ XIII. — Allätement et sevrage.
Il est rare qu'on laisse le jeune veau comme le poulain constamment avec sa nourrice.