MOYENS D'AMÉLIORATION DANS L'ESPÈCE BOVINE
Le plas souvent on les sépare dans la même étable, où dans les habitations différentes. Le veau ne suit pas sa nourrice au pâturage ; il lui est amené à des heures déterminées.
En certains lieux on tire, avant son arrivée, la moitié du lait; ailleurs, on laisse d’abord téter le veau, et on le chasse assez tôt pour pouvoir trairela plus grande partie, et c’est le plus crémeux. En d’autres endroits, on laisse le veau téter d’un côté, pendant qu’on trait Ja mère de l’autre Dans le Lyonnais, le veau, logé loin de sa mère, lui est amené d'abord quatre à cinq fois, puis irois fois par jour.On le laisse téter à discrétion, et on tire ensuite tout le lait qu’il a laissé dans le pis. Autant qu'on le peut, c’est toujours aux mêmes heures qu'a lieu l’allaitement journalier; et on ne remarque pas que ni la nourrice ni son petit témoignent beaucoup d’impatience pendant leur séparation. On ne se plaint pas du surcroît de soins qu'exige cette méthode qui est confiée aux filles de basse-cour.
Lorsque la vache est nourrie au pâturage, le veau reste à l’étable, et alors il ne tète que le matin, le soir, rarement une fois la nuit.
Il faut bien se garder de soumettre à l’allaitement arlificiel les veaux qui doivent devenir des taureaux améliorateurs.
Les veaux d'élève destinés à maintenir ou à relever les fortes races, à devenir de robustes travailleurs, doivent téter jusqu’à six mois : c’est ce qui se pratique en Auvergne.
Ce sevrage tardif est facile ; il se fût opéré de lui-même un peu plus tard, d'autant mieux que l'allaitement avait déja été interrompu à des intervalles successivement prolongées.
Les tendrons auvergnats sevrés ne-sont pas mis sur-le-champ au régime du fourrage sec. Comme on les fait naître dans la saison de l’herbe verte, on en forme des troupeaux qu'on mène paître loin de leurs nourrices qu'ils ne reverront plus, à moins de rentrer à la vacherie en qualité de taureaux étalons.
Si la saison trop avancée, des intempéries, d’autres circonstances interdisaient le pâturage des tendrons, on leur donnerait des soupes légères, surtout d’abondantesboiïssons: car, encore plus que les poulains, ils sont altérés après le sevrage : c’est par gradation qu’on les habitue au fourrage sec ; on leur donne du regain de préférence, parce qu'il est d’unedigestion plus facile ; qu'ilexerce moins la rumination : fonction qui, venant de s’établir, a encore peu de force.
Les veaux nouvellement sevrés sont, plus que les poulains, sujets à la constipation ou à la diarrhée.
Dans le premier cas, on introduit avec pré-
! caution dans le fondement un doigt bien
huilé; on fait un suppositoire de savon; on donne quelques lavemens émolliens. Dans le second cas, qui est plus ordinaire, on fait prendre des jaunes d'œufs avec du vin rouge; on fait boire de l’eau ferrée; on soumet quelquefois les veaux à l'usage complet des fourrages secs; plus souvent, on est obligé de les remettre à la mamelle.
Lorsqu'on ne veut ou que l’on ne peut pas séparer de leurs nourrices les veaux nouvellement sevrés, on met à ces derniers une muserole, ou l’on enveloppe les mamelles des vaches d’une pièce de toile ou de cuir. Les
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uns sont alors exposés à des coups de pied, les autres à être blèssées aux pis et à perdre leur lait.
Il y a des inconvéniens à meltre ensemble des veaux nouvellement sevrés;ils se tètent, ou ils se lèchent. Le premier de ces cs les fait dépérir ; le second peut donner lieu à la formation des égagropiles.
La vache n’est pas, après le sevrage, dans les mêmes conditions que la jument; elle continue à sécréter du lait, autant et quelquefois plus que pendant le nourrissage, où, presque toujours, elle en abandonne à la trayeuse.
Si elle le refusait, si elle témoignait trop de douleur de la perte de son petit. ce qui est bien rare quand l'allaitement a été prolongé jusqu'à l’âge de six mois, on la consolerait par des caresses et des friandises, sans rien changer à son régime de nourrice.
Les veaux en Auvergne naissent sur la fin de l'hivernage; et ceux qu'on aura gardés pour en faire des bourrets seront assez forts à l'âge d'environ deux mois pour suivre leur mère sur la montagne.
Il règne en Auvergne, comme en d’autres lieux, un préjugé contre les veaux etles poulains premiers nés :on attribue à une première gestation l'influence d’une gestation anticipée.
On est, au reste, convaincu dans ce pays que le veau mâle d'élève le plus beau est destiné à être successivement le taureau le plus vigoureux, le meilleur bœuf de travail, et la meilleure bête d'engrais. Les signes d’après lesquels on juge qu'un veau mâle d'environ deux mois sera élevé avec succès sont, indépendamment des caractères de race et d'un
poil rouge sans la moindre tache, — un cor- | sage allongé; — Ja côte ronde; — les jambes
droites et fortes; — les jarrets larges; — les onglons gros; — la tête courte; — les oreilles longues ; — le dos horizontal; — l'origine de la queue élevée; — les hanches écartées. On regarde comme un signe trompeur la précocité sexuelle; elle ne prouve souvent, en effet, qu'une surabondance de nourriture, et détermine de bonne heure l'énervation.
GROGNIER, Prof. à l’école vétérinaire de Lyon.
SECTION vi. — De la nourriture des bêtes bovines.
Le gros bétail est nourri pendant l'été au pâturage ou à l’étable; en hiver on le tient et on le nourrit, en France, généralement à
l'étable. Nous allons examiner ces diverses |
méthodes, en commencant par la plus répandue, la nourriture au pâturage.
$ I. — Nourriture au pâturage.
Ce mode de nourriture est, sans contredit, le plus simple et le plus commode; il demande le moins de travail et le moins de soins. Le produit des pâturages étant, en outre, moins chanceux que celui des récoltes fourragères, les variations et les disettes y sont moins à craindre.
On ne peut également se dissimuler que dans un bon pâturage, le bétail, soigné conyenabement, garanti des trop fortes chaleurs
et du froid, ne se trouve dans la position la plus salutaire et la plus convenable à sa nature.
En revanche, le bétail, par la nourriture au päturage, ne contribue que peu ou point à l'augmentation de la fertilité du sol et par suite à l'augmentation du produit total de Ja culture, et ne paie point, comme dans la stabulation, une partie notable des frais par ses produits en fumier, Enfin, il lui faut, pour son entretien, une plus grande étendue de terre que par la nourriture à l’étable.
Il en résulte que ce mode de nourriture n'est avantageux que dass les localités où se trouvent de vastes étendues de terre qui ne pourraient être utilisées autrement que comme pâturage, et là où le bétail donne un assez grand bénéfice par ses seuls produits de vente, el où la culture est en même temps trop restreinte pour que le fumier soit d’une haute importance; en un mot, dans les localités où l'agriculture n’est qu'accessoire, et où le bétail est la branche principale et le seul moyen d'utiliser les produits du sol.
Des circonstances semblables se rencontrent daus la plupart des pays de montagnes, dans les contrées basses et marécageuses situées sur le littoral et à l'embouchure des fleuves et rivières, ainsi que dans plusieurs pays de plaine à terres humides et Aerbues.
Dans ees localités et sous l'empire des circonstances mentionnées, la nourriture du gros bétail au pâturage est, sans contredit, la méthode la plus convenable, et ne doit nullement être confondue avec ce régime de faim et de misère qui a fait réprouver avec raison le pâturage du gros bétail dans les trois quarts de la France.
A. Nature des pâturages. — Le gros bétail est nourri dans des pâturages permanens où dans des terrains servant temporairement de pese Ces derniers sont tantôt des her-
ages semés où venus spontanément en terres arables, tantôt des récoltes fourragères qu'on fait manger sur pied en partie ou en totalité, souvent aussi des prairies dont on fait pâturer la seconde coupe; enfin ce sont encore, dans les pays arriérés, les chaumes et la jachère. ,
Il a déjà été question des päturages (tome I‘, page 454). Je me bornerai ici à indiquer ceux d’entre ces terrains qui conviennent à la nourriture et à la tenue du gros bétail, et la manière dont ils doivent être utilisés.
Les bétes bovines ne se contentent pas, comme les moutons, d’une herbe fine et rare.
Non-seulement le besoin d’une grande masse d’alimens, mais encore la conformation de leur bouche et la manière dont ces animaux pâturent, ne leur permettent de se nourrir facilement que dans un herbage bien fourni.
Les bètes bovines ne coupent point l’herbe comme les moutons et les chevaux, mais la saisissent avec la langue, la serrent contre la mächoire et la rompent. Il est nécessaire, par cette raison, que l'herbe soit assez longue, et comme le gros bétail n'en prend que la partie supérieure, les chevaux et les moutons trouvent encore après lui largement à vivre. Aussi est-ce l'usage, dans beaucoup de localités, de mettre des chevaux dans les pâturages que viennent de quitter les bètes bovines, et après
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les chevaux, des moutons qui coupent encore plus ras que ceux-ci. :
De cette manière on utilise le pâturage complétement, et on lrouve, en outre, l’'avantage de ne pas voir se former des torffes d’engras, c’est-à-dire ces touffes d'herbes qui croissent dans les places où le bétail a fienté. Cette herbe n’est pas mangée par les bestiaux dont la fiente l’a produite, tandis que souvent elle est consommée par l’autre bétail.
Lorsqu'elles restent intactes, ces touffes d'engrais forment à la longue de petites buttes où viennent se loger des insectes et qui nuisent considérablement aux pâturages. Pour conserver ces derniers en bon état, il est important de faire étendre par les gardiens les fientes de bêtes à cornes et de chevaux tandis qu’elles sont encore fraiches.
Parmi les pâturages qui conviennent au gros bétail, il y en a qui sont spécialement bons pour l’engraissement; ce sont les embouches. On en parlera à l’article £ngraëssement des bêtes à cornes. D’autres conviennent mieux aux vaches laitières; il en est enfin qui sont préférables pour l'élève.
Les vaches, sans exiger des herbages aussi gras que les bêtes à l’engrais, demandent cependant un pâturage abondant et composé de bonnes plantes, mais non marécageux. Ces pâturages se rencontrent aussi bien dans les pays de montagnes que dans les contrées basses. Ceux des premiers sont plus substantiels, plus sains, plus aromatiques ; les päturages des contrées basses sont en général plus abondans. Les vaches qui s’y nourrissent donnent une grande quantité de lait, mais celui-ci est d'une qualité inférieure au lait des vaches de montagnes. Il contient surtout moins de caséum.
Quant aux pâturages aigres, composés de roncs, de roseaux, de laiches et autres plantes de marais, ils ne conviennent point aux yaches laitières. Lorsqu'on ne peut les utiliser au moyen des pores el des chevaux, on les abandonne aux bœufs de trait et aux bêtes d'élève de 2 à 3 ans qui en tirent encore un assez bon parti, et en éprouvent moins d’inconvéniens que les vaches et les élèves fort jeunes. Ces pâturages sont surtout mauvais aux vaches avancées dans la gestation où qui viennent de mettre bas. Dans tous les cas, si l’on était obligé d'y nourrir des vaches, il faudrail avoir soin de les faire alterner chaque jour avec des pâturages plus secs, et d’observer avec exactitude les précautions que nous mentionnerons plus loin.
On a remarqué, du reste, que les pâturages marécageux élaient moins dangereux au printemps qu’en été, et surtout qu’en automne.
Dans cette dernière saison, 1ls acquièrent, la plupart, un haut degré d’insalubrité qui néanmoins varie selon les années. Ce fait s’applique à tous les bestiaux.
Les communaux {ont partie des pàturages naturels. La question de leur utilité est jugée
depuis longtemps. Personne, même le simple:
cultivateur, ne doute aujourd’hui que ce ne soient les terrains les plus mal employés :
c'est surtout le cas lorsque ces pâturages servent aux bêtes bovines. L'absence générale des précautions qu'exige la pâture de ces bétes, pour que le gazon ne se détériore pas,