‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 375 sur 467 · DE LA NOURRITURE DES BÊTES BOVINES · texte numérisé non relu

DE LA NOURRITURE DES BÊTES BOVINES

fait que les meilleurs terrains restent de celte manière presque improductifs et même sont souvent insalubres et dangereux. Il suffit, pour s’en convaincre, d’avoir examiné quelques-uns de ces communaux ou palis fréquentés par les bêtes à cornes et les chevaux. Aussi voil-où les bons cultivateurs renoncer à l'avantage illusoire d'y nourrir leurs bêtes à cornes, et préférer les conserver à l’étable ou dans des pâturages privés.

Il en est de même des chaumes et des jachères dont le parcours n’a quelque utilité que pour les bêtes ovines. Quant aux prés dont on fait paturer le regain, et au trèfle, sainfoin et luzerne dont on fait pâturer les troisièmes et dernières coupes, ils peuvent, selon les localités, offrir quelque avantage, à condition toutefois qu'on aura observé Îles précautions dont nous parlerons plus loin.

Les pâturages artificiels, quoiqu'employés moins fréquemment pour les bêtes bovines que pour les bêtes ovines, peuvent présenter de grands avantages dans la tenue et l'élève des premières. Ces pàlurages, qui se rattachent à un système de culture dont l'utilité n'est pas encore assez appréciée en France, produisent la seule nourriture d'été du gros bétail etdes chevaux dans plusieurs pays réputés assez frais sous le rapport de l'élève des bestiaux ; comme le Mecklenbourg, le Holstein, le pays de Bray (Normandie), etc.

La nourriture du gros bétail dans les päturages artificiels est exempte d’un des plus graves inconvéniens qu'offre le pâturage du bétail dans les terrains constamment destinés à cet usage; rompus et cultivés de nouveau, ils permettent d'utiliser de’la manière la plus avantageuse la fertilité qui s’y est amassée, et par les engrais du bétail et par les racines et autres détritus de plantes. De cette manière, le fumier n’est pas perdu pour l'exploitation.

Ces pâturages peuvent avoir été semés ou être venus spontanément; ce dernier cas se rencontre le plus généralement, mais il ne doit exister dans une bonne culture que lorsque le so! est ce qu’on appelle Lerbu, c’est-àdire possède une disposition spéciale à se couvrir de plantes fourragères dès qu’on le laisse reposer queique temps; dans tous les autres cas, les pâturages artificieis doivent êlre semés. Outre l'avantage de pouvoir choisir les plantes les plus productives et les meilleures au bétail, on a celui d'obtenir dès les premières années un produit abondant. Ordinairement les pàlurages artificiels sont composés de graminées et autres bonnes plantes pérennes convenant au sol. Il existe cependant, dans quelques localités, l'usage de semer des récoltes fourragères annuelles pour les faire pàlurer par le gros bétail au moment de leur floraison; cela se fait surtout pour les vesces, la spergule, la moutarde blanche, le sarrasin, etc. Néanmoins, dans ce cas, ilest rare qu'on laisse pâturer le bétail librement; On fait ordinairement usage du péturage au piquet dont nous parlerons plus loin.

B. Précautions qu’exige l'emploi des päturages.— On doit éviter par-dessus tout d'y mettre les bestiaux par un temps humide. Il est également d’une grande importance de ne pas abandonner à la fois au hetail toute l'étendue

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du pâturage, afin qu’il ne pâture et ne piétine pas constamment les mêmes places. On a observé que les plantes souffraient lorsqu'elles étaient constamment arrêtées dans leur croissance par les pieds et la dent du bétail. Par ce motif on a soin, dans tous les pays de bonne culture, de diviser le pâlurage en plusieurs parties égales que l’on sépare par des clôtures ou des fossés; la promptitude avec laquelle l'herbe croît, indique le laps de temps qu’on laissera aux pâturages avant d'y remettre du bétail. Dans tous les cas, cela ne doit avoir lieu que lorsque l'herbe à au moins 6 pouces.

Si dans une des divisions l'herbe était devenue trop haute, il vaudrait mieux la faire faucher que de la faire pâturer, car le bétail rebute en général toutes les plantes qui ont dépassé un certain point de croissance.

Cette méthode, de diviser le pâturage, a l’avantage de nourrir une plus grande quantité de bétail sur un espace donné de terrain, et d'empêcher le: développement des mauvaises plantes ; car lorsqu'on abandonne une grande étendue aux bêtes, elles vont et viennert, gâtent par le piétinement plus qu’elles ne consomment, et laissent les plantes qui ne sont pas tout à fait de leur goût.

Ce que nous avons dit plus haut sur la manière de pâturer du gros bétail, indique suffisamment qu'on ne doit le faire précéder dans le même pâturage par aucune autre espèce de bétail. Il est même peu convenable de faire pâturer simultanément d’autres animaux avec lui, ainsi que cela se pratique dans plusieurs localités ; les moutons surtout ne doivent jamais se trouver dans le même enclos, car on a remarqué que le gros bétail répugnait à l'herbe touchée par ceux-ci. Mais on peut avec avanage faire alterner ensemble les diverses espèces de gros bétail; mettre des vaches laitières après les bœufs d'engrais et des élèves, de même que des chevaux après les vaches.

On a reconnu qu'il était avantageux pour le paturage d’y faire passer la nuit au bétail. A ia vérité, on perd ainsi l’engrais que donnent les bêtes en passant la nuit à l’étable, mais cette perte n’est qu’apparente lorsque les pàturages sont temporaires ; et dans les localités mentionnées plus haut, où la culture proprement dite n’est qu’un accessoire, cette perte est nulle, le fumier étant ainsi appliqué aux seules natures de fonds qui aient de l’importance, aux pâturages.

Quant au bétail, il n’en souffre pas, du moins lorsqu'il y est habitué, pourvu que des clôtures, des haies ou des arbres lui permettent de s’abriter du vent, de la pluie et du froid, et qu'on ait soin de le reutrer par les temps trop mauvais ; les pays de montagnes à climat trés-rude, et les localités marécageuses d'où s'élèvent pendant la nuit des brouillards malsains, sont les seuls où il soit nécessaire de rentrer le bétail chaque soir. Quant aux élèves, ce n’est qu'après le sixième mois qu'on peut sans danger leur faire passer la nuit dehors.

Une précaution importante pour toute espèce de pâturage, c’est d'y mettre le nombre convenable de bétail. Si l'on surcharge un pàturage, les animaux sont mal nourris, et par conséquent profitent peu, et l'a faim les faisant courir çà el là, il en résulte un piétinement nuisible au gazon. Quand, au contraire, on le

charge trop peu, outre qu'on n’en tire pas tout le parti possible, le bétail ne mange que les plantes qui lui conviennent le mieux, et dédaigne les autres qui alors mürissent, répandent leurs graines, et finissent par envahir le terrain et par détériorer le pâturage. L'importance de cette règle est une nouvelle preuve de Pavantage qu’il y a à diviser les pàiurages en enclos séparés, où seuls elle peut être pratiquée.

La superficie nécessaire pour nourrir convenablement pendant la belle saison une va che de 6 à 700 livres, poids vivant, varie entre 30 et 150 ares. Nous ferons observer néanmoins que dans la plupart des cas, la richesse des terrains auxquels s'applique le premier chiffre permettrait d'y nourrir avec plus d’avantage des bœufs d'engrais que des vaches laitières ; tandis que la pauvreté de ceux auxquels s'applique le dernier chiffre, doit presque toujours les faire abandonner aux moutons qui, seuls, peuvent en tirer le parti convenable.

Il n’est pas inutile de rappeler ici que pour conserver les pâturages en bon état, on doit avoir soin de couper les mauvaises plantes auxquelles le bétail ne touche point, et qui, par cela même, viendraient à grener; d’entretenir les sillons d'écoulement avec autant de soin que dans les champs; de ressemer les places qui, par une circonstance quelconque, se seraient dégarnies d'herbe; enfin d'étendre les taupinières et les fourmilières à mesure qu'elles se forment.

Das plusieurs localités,on considère comme avantageux de laisser tous les 4, 5 ou 6 ans, le pâturage sans y mettre de bétail; on en fauche alors l'herbe dont on fait du foin. Les cultivateurs du Limbourg et de plusieurs parties de la Normandie attachent une grande importance à cette pralique qui, selon eux, empéche le pâtnraze de se détériorer. 11 est même des localités où cette pratique se fait tous les deux ans, de sorte que l’herbage est pâturé une année et fauché l’autre. De bons agriculteurs onl réprouvé cette méthode qui, selon eux, tend à diminuer le produit du terrain comme pâturage et comme pré, les bonnes plantes de l’un n’étant pas également propres à l’autre, et la croissance de l’herbe des pâturages élant toute différente de celle de l'herbe des prairies. 11 est à croire néanmoins que lorsque cet alternat est renvoyé à la cinquième ou sixième année, il ne peut qu'influer avantageusement sur la production du pâturage, et nous conseillons cette pratique dans tous les pays où la nourriture au pâturage est usitée.

Soins à donner au gros betail.IIs consistent à le rentrer à l’étable ou à le conduire sous des abris dans les instans les plus chauds de a journée ; à éviter de le conduire pâturer lorsque l'herbe est couverte de gelée blanche, enfin à lui procurer tous Îles jours l'occasion de boire plusieurs fois.

Il est également important d'éviter tout ce qui pourrait l’inquiéter, comme la vue de chiens et celle de personnes étrangères, des explosions subites, etc. Cette règle ne doit pas être observée avec moins de soin pour les vaches laitières que pour les bœufs à l’engrais pour lesquels on la reconnue indispensable au succès de l’engraissement,

cHAP. 11. DE LA NOURRITURE

On a reconnu, du reste, que les animaux élevés avec la nourriture à l’étable réussissaient moins bien aux pâturages que les autres, et demandaient plus de soins.

D. Pâturage au piquet.—Ce mode de pâturage, que nous avons déjà mentionné, n’est pas seulement usité en grand en Danemark et en Angleterre, ainsi qu'on le croyait, d’après ce qu’en avait dit Thaër, mais encore dans tout le pays de Caux, et cela d’une manière beaucoup plus parfaite que dans les deux contrées mentionnées ; on le nomme dans ce pays pâturage au tiers.

Nous nous permettrons de transcrire ici ce que nous en avons dit dans la relation de noire excursion agronomique dans le nord de la France (1).

Le pâturage au tiers est pratiqué dans le pays de Caux d’une manière plus parfaite qu'en Allemagne. La corde, de deux brasses (10 pieds) de longueur, est coupée en deux au milieu, et les deux bouts sont réunis à un petit bois plat et étroit, ou palette longue de 8 à 10 pouces, percé d’un trou à chaque extremiteé. Les bouts des cordes entrent dans les trous par des côtés opposés, et sont retenus par un nœud, ainsi que l'indique la fg.

269 qui représente la palette vue de côté.

Fig. 269.

Cette disposition est faite uniquement pour permettre à la corde de tourner sans se tordre. On en a d’autres, mais celle-ci est la plus simple et remplit parfaitement le but, qui est d'une haute importance, car dès que la corde 5e tord, elle s’entortille facilement autour des jambes où du cou de l'animal, et peut occasionner des accidens graves. A l’une de ses extréinités, la corde tient à un petit piquet de 15 à 18 pouces de longueur, ordivairement surmonté d’un anneau mobile auquel est nouée la corde. Ce piquet s'enfonce en terre jusqu’à la tête. L'autre bout de la corde est altaché aux cornes de l’animal, ou à un collier de cuir passé à son cou, ou bien à un licou. Cette dernière disposition offre le moins de danger ; mais elle ne permet pas à l'animal d'avancer autant sa têle.

Un des grands points de la méthode cauchoise, c’est que Jamais l’animal ne puisse marcher sur le fourrage encore sur pied.

A cet effet, on n'avance le piquet que de 1 pied à 18 pouces, lorsque la bête à mangé tout ce qu’elle pouvait atteindre.

Non-seulement on obvie de celte manière à l'inconvénient principal du pâturage ordipaire, qui est de faire perdre plus de fourrage par les pieds et par la fiente que lanimal n’en consomme, mais encore on peut ainsi faire pâturer des trèfles et de la luzerne sans crainte de la météorisalion, parce que la bête, qui s’aperçoit qu'elle n’a qu’une médiocre portion, mange lentement, que d’ail-

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