‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 378 sur 467 · DE LA NOURRITURE DES BÉTES BOVINES · texte numérisé non relu

DE LA NOURRITURE DES BÉTES BOVINES

donc trop conseiller aux agriculteurs qui

veulent introduire chez eux la stabulation

des bêtes à cornes de tenter au préalable la |

culture de la luzerne, quelle quesoit du reste la médiocrité de leur terrain.

D. Le tréfle commun, ou tréfle de Hollande,

est dans toute l’Allemagne, la Belgique et dans |

le nord de la France, la plante fourragère la plus importante. Dans une foule de localités cette piante constitue la seule nourriture du gros bétail pendant tout l’été. Comme néanmoins elle ne donne que deux coupes, il en résulte souvent des embarras, lorsque les secondes coupes n’ont pas encdre acquis le développement nécessaire, et que les premières sont déjà trop avancées dans leur végétalion.

Cette circonstance force généralement à cultiver en même temps des mélanges de vesces, pois, jarrosses, etc., que l’on fait consommer dans l'intervalle qui règne entre la première et la seconde coupe de trèfle. Cette précaution est indispensable, aussi ces fourrages sont-ils devenus laccompagnement obligé du trèfle partout où on ne peut

pas atteindre le mème but par quelques pièces |

de luzerne qui le remplissent encore mieux. Un autre inconvénient du trèfle commun,

c'est de ne pousser que fort tard; pour obvier

aux embarras que cela cause, on a recours à

diverses autres plantes fourragères d’une

croissance plus précoce, telles que le £réfle incarnat, fourrage médiocre à la vérité, mais recherché du bétail, parce qu'il forme la première nourriture verte; le seigle coupé en vert avant l’épiage el ordinairement mélangé de vesces où de lentilles d’hiver, où de jarrosses, jarrats et autres plantes.

Dans l’arrière-saison, lorsque la dernière coupe de trèfle est consommée, on a recours a des vesces semées tard, à du colza, de la navette, de la moutarde blanche, où moutardon, à la spergule, ete. Enfin dans les terrains secs on tire un grand parti du mais, du r»illet en vert el du sarrasin fauché pendant la floraison ; les deux premières plantes sont trèsrecherchées du bétail et communiquent au lait des vaches un goût excellent ; quant au sarrasin, la facilité avec laquelle il réussit dans les plus pauvres terres et les produits qu'il y donne devraient le faire répandre davantage comme plante fourragère , quoique du reste il ne puisse élre mis en parallèle

avec le trèfle ou la luzerne sous le rapport ae la quaïilé. Le bétail le repousse même dans les commencemens, mais il finit bientôt par le trouver fort bou. Néanmoins plusieurs habiles agriculteurs ont cru remarquer que le sarrasin, donné en grande quantité, agaçait les dents des animaux à tel point qu'il leur rendait la mastication très-difficile; on assure, du reste, pouvoir obvier à cet inconvénient en saupoudrant légèrement le sarrasin de bonne cendre de bois.

Pour ce qui est du saixXFoix, cette plante ne donnant qu'une seule coupe, est rarement consommée en vert. Toutefois, comme elle réussit dans des terres calcaires ou siliceuses trop maigres pour le trèfle et la luzerne, elle peut aider utilement à ja stabulation dans jes localités pauvres.

Depuis que lon cultive en grand la betterave, on a cherché à utiliser les feuilles extérieures en automne à l’époque où elles ont acquis tont feur développement, et où Ja pénurie de fourrage frais se fait le plus sentir ;

| à part la difficulté de la récolte, ce fourrage

est de qualité si médiocre, son enlèvement nuit tant à la racine que depuis longtemps on y à renoncé chez tous les bons agriculteurs ; le petit cultivateur seul pourra l’utiliser avec SE avantage, en ayant soin toutefois de n’enlever que les feuilles extérieures qui commencent à se faner,et qui par conséquent ne contribuent plus en rien au développement de la plante.

Il en est de même des feuilles de chouxraves, rutabagas et de navels, quoique ces feuilles, de même que toutes celles des cruci-

| Jéres , soient une nourriture bien préférable

aux feuilles de betteraves.

Lors de l'arrachage de ces diverses racines, ainsi que des betteraves et même des carottes, on peut employer leurs feuilles avec avantage dans la grande comme dans la petite culture, surtout lorsque les circonstances permettent d'opérer cet arrachage à diverses époques.

Je ne mentionnerai pas ici une foule d’autres plantes qui, dans la petite culture, servent à nourrir legros bétail pendant l'été; Ja plupart croissent spontanément dans les bois, le long des haies et des chemins, dans les vigues, elc., où elles sont recueillies par les femmes et les enfans de la maison.

Quelques agriculteurs ont encore essayé d'utiliser la courge ou potiron à la nourriture du gros bétail. La manière dont croit cette plante, les soins qu'elle exige, et enfin son produit ne permettent pas de croire qu’elle puisse Jamais offrir généralement de grands avantages sous ce rapport.

$ IL. — Soins nécessaires dans la stabulation.

La réussite de la stabulation dépend encore plus que celle de la nourriture au pâturage, des soins qu’on y apporte, et si plusieurs agriculteurs ont éprouvé, dans le début de leurs essais, des inconvéniens qui les ont presque fait renoncer à cette méthode, il faut l’attribuer uniquement à l'absence des soins et des précautions nécessaires.

Pour ce qui est du fourrage vert, on doit le couper tous les jours, autant que possible

le matin ou le soir; dès qu'il est rentré, on l’étend auprès de l’étable dans un lieu frais, à l’abri du soleil et de la pluie.

Le danger qu'offre le trèfle mouillé n’est pas aussi grand qu’on le croit généralement:

« C’est une erreur trop généralement admise, dit M. Villeroy, dans son excellente brochure sur l'éducation du gros bétail, de croire que le trèfle mouillé est dangereux; s’il est dangereux, c’est au contraire lorsqu'il est flétri par le soleil, ou lorsque, fauché sec, il s’est échauffé en tas. Si cela pouvait s’accorder avec la distribution du travail, je ne ferais faucher le trèfle vert que le matin à la rosée, et le soir au coucher du soleil. Dans les premières années de la culture de ma ferme, pauvre en fourrages, j'ai été quelquefois forcé de faire pâturer à l'automne des trèfles trop petits pour être fauchés; plusieurs fois, mes vaches ont gonflé, mais toujours après midi, par un temps sec, et jamais le matin; J'ai communiqué cette observation à un vétérinaire instruit; desinformationsont étéprises,etil s’est trouvé que d’autres que moi avaient constaté le fait. Quant au trèfle fauché mouillé de pluie ou de rosée, je puis affirmer que pas une fois il ne m'a causé un accident, quoique mes bêtes en mangent autant qu'elles en peuvent manger. »

Dans la distribution du fourrage vert, on observera les règles suivantes : Les premiers fourrages verts, surtout s'ils sont Jeunes et aqueux, doivent être donnés en petite quanlité à la fois et mélangésavec du sec, soit foin, soit paille; à cet effet, il est bon de hacher le tout ensemble avec un hache-paille, afin d’opérer le mélange plus complétement, sans quoi les animaux trient le vert du sec et laissent ce dernier. En général, une addition de paille (environ 3 livres par bête) aussi longtemps que dure la nourriture verte est salutaire pour le bétail et pécuniairement avantageuse pour le cultivateur, en luiéconomisant des alimens de plus grande valeur; cette addition est surtout utile par des temps humides.

On évite de donner de fortes portions de fourrage vert à la fois; cette précaution, qu’il est assez difficile d'introduire parmi les domestiques, est cependant indispensable. On évitera également de faire boire immédiatement après le repas, on risquerait ainsi d’occasionner la météorisation ; on fait boire une heure avant les repas, ou seulement avant le repas du soir. Les bêtes font quelquefois 3 re-

as par jour et chacun dure alors près de 2

eures ; ou l’on préfère ne donner que 2 repas qui alors durent chacun 3 heures; je crois que cette dernrère méthode est meilleure pour les animaux de grandes races et pour les bêtes à l’engrais. La nourriture au vert dure, dans le climat du nord et du centre de la France, 160 à-200 jours; dans le midi elle peut durer jusqu’à 250 jours et même plus dans certaines localités.

Il faut à une vache pesant 7 à 800 livres en vie, 90 à 110 livres de fourrage vert par jour; on peut mourrir une vache pendant l’été avec environ 30 ares de trèfle ordinaire, 20 à 25 de beau trèfle, 10 à 15 de belle luzerne.

ANIMAUX DOMESTIQUES : DES RACES BOVINES ET DE LEUR ÉLÈVE. ziv. mr,

$1V. — Nourriture d’hiver du gros bétail.

De tous les animaux domestiques ce sont les bêtes bovines, et notamment les vaches laitières, qui s’accommodent le mieux des alimens aqueux, tels que racines, choux, résidus de diverses branches techniques, comme sucreries de betteraves, féculeries, etc. Toutefois il leur faut, de même qu'à l’autre bétail, une partie de la nourriture, au moins un tiers ou même la moitié, en foin ou en paille.

La nourriture d'hiver la plus convenable et la moins chère partout où l’on est privé de résidus, se compose de racines et de regain dont on remplace ordinairement une partie par de la paille. Parmi les premières, les pommes de terre sont les plus généralement employées. Il est rare qu’on les fasse cuire pour les vaches laitières auxquelles la qualité lactifère des pommes de terre crues convient fort bien, surtout lorsqu'on vend le lait en nature. Néanmoins les accidens auxquels cet alimént donne parfois lieu, surtout chez les auimaux qui n’y sont pas habitués et chez les vaches avancées dans la gestation, ont fait rechercher des moyens moins coûteux et aussi efficaces que la cuisson, pour détruire, dans la pomme de terre, cette propriété délétère qui la distingue. La fermentation semble remplir ce but assez complétement, et plusieurs agriculteurs distingués appliquent aujourd’hui ce moyen en grand par une méthode simple et économique. Voici ce que rapporte sur ce sujet une feuille périodique agricole de la Hesse (1): « Les pommes de terre crues sont écrasées aussi complétement que possible, et mélangées avec de la paille hachée et mouillée. On met ce mélange dans une cuve ou dans.une caisse, on le presse fortement, et on le laisse fermenter pendant trois jours. La masse s’est alors fortement échauffée, et les pommes de terre se sont réduites en une bouillie qui a pénétré la paille de manière à former un tout homogène. Cette nourriture est fort goûtée du bétail. «Les vaches, dit l’auteur du Mémoire, ontaujourd’hui meilleure apparence que dans les années précédentes lorsqu'elles étaient nourries de résidus de distilleries de pommes de terre; elles ont le poil-luisant et l'œil bon, beaucoup de vivacité, sont plus grasses et donnent plus de lait qu'auparavant.» La proportion ea volume est de 3 simmeri (à 60 livres environ chacun) de pommes de terre, et de 4 simmeri de paille hachée auxquels on a fait absorber quatre à cinq seaux d’eau. Cette quantité est pour onze à douze vaches, de sorte que chacune d’eiles reçoit de 15 à 16 iivres de pommes de terre par jour. Inutile d'ajouter qu'il faut quatre cuves, ou une cuve divisée en quatre compartimens, dont chacun doit contenir la ration journalière.

L'opération d’écraser les pommes de terre étant assez difficile, on pourrait, je pense, se contenter de les couper menu, dût-on les laisser alors fermenter plus longtemps.

On peut remplacer la paille hachée par des siliques de colza, des balles de grain, du foin haché, etc. On peut également ajouter au mélange, et faire fermenter en même temps du

(1) Zeitschrift fur die landwirthschaftlichen vereine Hessens. 5 janv. 1837.

grain moulu, du son ou du tourteau d'huile.

On obvie encore au mauvais effet des pommes de terre crues, en les faisant consommer avec des betteraves. Ces dernières, qui ne favorisent point la sécrétion du lait, mais qui poussent au contraire à la graisse,neutralisent ainsi l'influence opposée des pommes de terre.

Enfin des faits nombreux et une longue expérience, non-seulement chez les animaux, mais même chez les hommes, ont prouvé que le se/ était le meilleur et le plus puissant antidote contre le principe vénéneux contenu dans la pomme de terre. L’addition d’une quautité même minimede se] serait donc trèsutile toutes les fois qu’on donne les pommes de terre crues et sans préparation.

Une nourriture peu connue en France, est celle qu'on prépare dans quelques localités de l'Allemagne avec des fourrages verts, des racines coupées, des choux, etc., qu’on entasse par couches saupoudrées de sel dans des bouges où dans des espèces de citernes en pierre. On met sur la masse un couvercle de bois qu'on charge de grosses pierres, puis on ajoute de l’eau en suffisance pour qu’elle recouvre le tout de 6 à 8 pouces. La masse fermente promptement, et s’aigrit de même que la surcroûte qui se fait par un procédé semblable.

Elle reste longtemps dans cet état, pourvu qu'on ait soin d'empêcher le contact de l'air au moyen du couvercle et d’une quantité suffisante d'eau. Le bétail est très-avide de cette nourriture qui, dit-on, agit aussi favorablement sur la quantité que sur la qualité du lait. On comprend, du reste, que cet aliment ne doit pas former l’unique nourriture du bétail, et qu’une addition de foin ou de paille est indispensable. La petite culture surtout me semble pouvoir tirer un grand parti de cette méthode dans plusieurs localités.

Une méthode fort analogue est usitée dans le Mont-Dore pour les chèvres qu’on y entretient. Au lieu de fourrages et de racines, ce sont des feuilles de vignes qu’on entasse ainsi, el qui constituent leur nourriture principale, méme pendant une grande partie de l’été.

$ V.— Traitement et soins à l’étable.

La distribution de la nourriture se fait en hiver de même qu’en été. Quoique les accidens de météorisation y soient peu à redouter, on ne doit pas négliger cette règle, de ne donner la nourriture que par petites portions à la fois; les bêtes rebutent, en général, le fourrage sur lequel elles ont soufflé à plusieurs reprises.

On fait boire plus ou moins souvent, selon la proportion d’alimens secs. On peut commencer le repas par de la paille ou du foin, puis faire boire, et ensuite donner les racines ou les résidus; on termine ordinairement par de la paille. Beaucoup de personnes aiment mieux faire boire une heure environ avant les deux repas de midi et du soir. Ces deux méthodes sont également honnes lorsqu'elles sont suivies avec régularité.

$ VI. — Pansement à la main.

Pendant que les animaux terminent leur repas, On les étrrlle, Celle opération n'est

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