LEV. IT
cultivateurs. Mais il paraît certain que l’enlèverment des feuilles, durant la végétation, altère les qualités de la plante et surtout diminue la proportion du principe sucré. Jusqu'a des expériences bien précises qui démontrent le contraire, le cultivateur de betteraves pour la fabrication du sucre doit donc s’interdire l’enlèvement des feuilles pendant l’été ; mais cet enlèvement doit tou- Jours avoir lieu au moment de l’arrachement, et alors on peut utiliser les feuilles en les faisant manger par les vaches, les moutons, les porcs.
La quantité qui se trouve alors disponible, dans une exploitation considérable, ne pouvant être consommée,on pourrait en former un fourrage vert salé, très-succulent, en en tassant les feuilles de betterave, dans des tonneaux, par couches alternatives, avec du sel. Quand on ne les conserve pas de la sorte, on les répand sur le sol méme qu’elles contribuent à engraisser. — Lorsqu'on cultive la betterave pour la nourriture des besüaux, on doit alors sans crainte profiter du fourrage toujours un peu relächant que produit l’effeuillement, Cette opération commence environ un mois OU SiX SeMaines avant la récolte, et peut se répéter tous les quinze jours; on doit avoir soin de n’enlever que les feuilles inférieures qui s’abaissent vers la terre : il est essentiel de les casser net, sans laisser de chicot, et à leur naissance sur la racine.
$ IL. — Terrain, climat, assolemens, engrais qui conviennent à la betterave.
La culture de la betterave est facile et n’offre rien qui soit au-dessus de la portée du plus simple agriculteur. Oz peut la cultiver dans presque tous les terrains,mais avec plus ou moins d'avantages; ceux qu’elle préfère sont les sols légers, meubles, profonds, riches en humus, tels que les terrains d’alluvion : dans les sos sablonneux elle n'arrive
as aux dimensions considérables de 10 à 20
ivres qu’elle atteint dans les terrains trèsnutritifs, mais les racines, de 1 à 2 livres, y contiennent plus de matière saccharine.
M. le comte CHapraL, qui a tant contribué à la propagat on de cette industrie par ses ouvrages el ses exemples, a toujours préféré les racines d'une à deux livres, plus abondantes en sucre, et qui permettent de l’extraire à moins de frais, quoique l’hectare n’en fournisse alors que de 20 à 30 milliers de kilos, plutôt que ces énormes racines qui contiennent beaucoup d’eau et qui peuvent produire une masse de 100 milliers de kilos de betteraves par hectare. Les sols les moins favorables à la culture de cette plante sont les terres argileuses et tenaces, dans lesquelles les variétés dont les racines sortent deterre sont préférables, ainsi que dans les sols peu profonds, parce que leur croissance y est moins gênée et l’arrachage moins difficile. Les terrains très - calcaires ne conviennent pas non plus. On peut dire, en général, que la plupart des terres à froment qui ne sont pas trop argileuses, et la plupart des terres à seigle qui ne sont pas trop
DE LA BETTERAVE
crayeuses ni trop maigres, peuvent avanta- | jours alors avec du fumier consommé. Quant
geusement être cullivées en betteraves.
La betterave parait se plaire sous des climats |
trés-variés ; elle vient parfaitement en Allemagne, en Belgique, en Russie, dans le nord de la France; dans les contrées humides elle prend un très-grand développement, et est aussi, de toutes les racines cultivées, celle qui souffre le moins des sécheresses et s’accommode le mieux du climat chaud du midi: on la croit, en effet, originaire des contrées méridionales de l'Europe, et notamment des côtes du Portugal et de l’Espagne.—M. Aug.
DE GasPpaRIN a reconnu, par une longue expérience, que la betterave est la seule racine à laquelle on puisse, en Provence, s'adresser avec confiance pour remplacer les prairies artificielles, dont l’insuffisance et la casualité sont trop certaines sous ce climat ardent. La culiure parait devoir subir dans ces contrées quelques modifications que nous allons indiquer sur-lechamp d’après cet agronome distingué. Le sol est toujours défoncé à deux traits de charrues, bien ameubli et préparé à recevoir la semence par un grand rouleau annelé qu’on promène sur le sol fraichement labouré, et qui y dessine des ados sur le sommet desquels on place la graine : cette graine est miseen place à la cheville, et pour obvier à l'inconvénient quirésulte des pluies battantes et des vents violens qui durcissent le sol au point de rendre presque impossible la sortie des graines hors de terre, on recouvre les graines avec de la silice pure (un semoir approprié pourrait exécuter ces deux opérations); les plantes ne sont espacées que d’un pied, ce qui en donne 90,000 à l’hectare, et peut porter le produit, avec une moyenne de deux livres par racine, à 1800 quintaux.
La betterave peut trés-bien trouver place dans l’assolement triennal et remplacer la jachère. M. VicLmorin pense que si la betterave promet à la France d’immenses avantages comme plante saccharine, elle lui rendra peut-être encore un plusgrand service en introduisant dans notre agriculture une première habitude des cultures sarelées, et préparant ainsi la voie à l'adoption des bons assolemens dont elles sont la base fondamentale.
Aux cultivateurs quitiennent à l’assolement triennal par un motif quelconque, on peut donc conseiller de mener ce qu’ils ont de fumier sur une étendue convenable de leurs chaumes d’avoine,de donner de bons labours, semer en betteraves, et, après la récolte en octobre ou novembre, ensemencer en blé pour lequel les betteraves fumées et bien cultivées auront été une excellente préparation. — Dans l'assolement quadriennal la véritable place de la betterave est marquée après l’avoine qui suit le défrichement des trèfles, des luzernes, etc. ; en effet, elle ne prospère pas toutes les fois que les gazons et les racipes de ces plantes ne sont pas complètement décomposés.
La betterave demande un sol abondant en Principes nutritifs ; i] convient donc de /umer à l'automne ou du moins avant janvier.
Si on ne l’a pu absolument et qu'on ne le fasse qu’à l'hiver ou au printemps, c’est tour
à la proportion de l’engrais, elle est la même que si l'on voulait immédiatement confier le froment au sol. À moius que la terre ne soit épuisée, cette fumure ne sera pas absorbée par les betteraves, et son influence, jointe au bénéfice des préparations que le sol va recevoir, donnera, l’année suivante, un blé qui sera au moins aussi beau et aussi productif, et toujours plus propre que s'il avait suivi l’engrais.
Beaucoup de fabricans de sucre veulent éviter l'emploi du fumier dans la culture des betteraves destinées à l'extraction du sucre, et sont alors en désaccord avec les cultivateurs qui ne peuvent se condamner à une récolle souvent moitié moindre, à moins que le quintal de racines ne leur soit payé le double. S'il est certain qu’une forte fumure nuit à la qualité des betteraves et qu'il est essentiel au fabricant d'éviter l’excès sous ce rapport, cependant on peut dire que le fumier ne saurait être proscrit que quand le sol est déja dans un haut état de fertilité, cas fort rare; ou bien, comme c’est le plus ordinaire dans le département du Nord, lorsque la betterave succède au blé qui a recu la fumure.
On doit aussi faire une grande attention aux engrais dont on se sert; car la composition chimique de la betterave est toujours influencée par la nature des matières selubles du sol où elle croit; ainsi, lorsqu'on a employé beaucoup de fumier de bœufs ou de chevaux, le jus des betteraves renferme de la potasse et del’ammoniaque combinées qui deviennent libres et jouent dans la fabrication un rôle nuisible. Les engrais les moins énergiques,et spécialement les récoltes enfouies en vert, sont donc particulièrement convenaäbles. — M. pe DomBasLe est d'avis, lorsque le sol n’est pas assez riche pour que l’on puisse espérer après les betteraves une bonne récolte de céréales, d’éviter d’appliquer des engrais dont l'efficacité est trèsprompie et agit sur la première récolte plus que sur la seconde, comme le fumier de bétes à laine, surtout le parcage, les engrais liquides, la poudrette, et même le fumier de cheval décomposé. et de préférer le fumier de bêtes à cornes dans son état frais. — Dans le pays d’Altembourg ( Saxe ), d’après M. Mozr, les cultivateurs ne craignent pas, en sus de la fumure ordinaire, d’arroser plusieurs fois avec du purin leurs betteraves, depuis l'instant du repiquage jusqu’à celui de la récolte ; on le répand après la pluie et par divers moyens appropriés. (Voyez Tome I, page 96.) — Au surplus, lorsqu'on adopte le mode de culture par repiquage, il est essenüel que le sol de la pépinière soit fumé plus fortement, afin qu'il produise du plant assez gros pour assurer la reprise.
$ III: — Culture de la betterave.
Les préparations préliminaires du sol varient en raison de Ja nature et de l’état dans lequel il se trouve; mais, en général, on peut prendre pour modèle ce qui se pratique dans le département du Nord, que nous allons citer d’après MM. BaupriIMONT et N. Grar.
Que ce soit au blé, comme cela est le plus ordinaire dans ce pays, à l’avoine ou à toute autre culture que la betterave doive succéder, aussitôt que la récolte est fauchée, on forme les gerbes ; on les réunit en petites meules, les épis en haut, sur des bandes de terre étroites et longitudinales, et on met la charrue dans le champ dans les trois ou quatre jours après la fauchaison; pour ce labour on se sert du binot, espèce de charrue-cultivateur qui joue, dans l’agriculture flamande, le rôle d’extirpateur. Il résulte de celte pratique que le sol, auquel on n’a pas laissé le temps de se dessécher, n'offre pas de difficulté au labourage; toutes les mauvaises herbes sont retournées et leurs racines ex-
osées au soleil qui les dessèche; un coup de
erse, donné quelque temps après, produit le même effet sur celles qui ont échappé; de plus, ia chaleur étant encore fort grande, tes graines de ces mauvaises herbes germent très-vite, et, avant qu’elles arrivent en graines, on les détruit de nouveau par un second binotage et un second hersage.— On laboure alors avec la charrue ordinaire, et souvent le temps est encore assez doux pour que les graines de mauvaises herbes, amenées du fond, puissent germer pour être détruites au printemps. — Celte manière de préparer le terrain assure l’ameublissement parfait du sol, qui est essentiel sous tous les rapports, et spécialement utile en ce qu'il permet à la betterave de pivoter et de ne point se ramifier. — Au printemps, on donne un nouveau labour à la terre; on la travaille encore quelquefois au binot, puis l’on herse, l’on roule et l’on ploutre : le ploutrage consiste à faire passer sur la terre la herse retournée sur le dos, et son effet est de briser toutes les mottes de terre en Îles saisissant entre les barres qui servent de traverses à la herse. — Tel est le mode le plus général d’arranger le sol. Dans les terres sablonneuses et blanches, on préfère binoter plusieurs fois avant l'hiver et ne labourer qu’au printemps.
Le choix de la variété de betteraves à cultiver, lorsque la pulpe doit servir à l'extraction du sucre, est très-important; car M. PAYEN a reconnu que ce principe est contenu, selon les différentes variétés, dans des proportions qui varient entre 0,05 et 0,09, et par cela seul qu'on aura adopté une variété de préférence à une autre, on pourra, lors de la fabrication, d’une quantité égale de betterave obtenir plus de jus, d’une quantité égale de jus plus de sirop, d’une quantité égale de sirop plus de sucre, enfin d’une même quanlité de sucre un plus grand prix. — Les Betteraves cultivées dont nous allons citer les
rincipales, ne sont que des sous-variétés de a. Betterave( Beta ravia) qui est une variété de la Betterave commune ( Beta vulgaris), laquelle est elle-même une espèce de Bette { Beta), genre de la famille des Chénoponées, Juss.
La Betterave longue rose, où au Palatinat, dite racine de disette, racine d'abondance, Betterave champétre, turlips dans quelques départemens de l'Est ( Beta sylvestris ; en anglais, Fie/d-Beet; en allemand, Mangold-würzel; en italien, Biettola), est la variété la plus