DU TRAVAIL DES BÊTES PBOVINES
milieu; aux crampons de 6 172 centim., et aux
extrémités de 2 1/2 eentim.
Avec les jougs simples on est obligé de conduire les bêtes avec une longe s’attachant à une espèce de cavecon, formé dune bande de tôle large de 18 lig., pliée en gouttière de manière que les bords, limés en dents de scie, portent sur le nez de l'animal. Une fois que les bêtes sont dressées, on peut exécuter avec ce mode d’attelage de meilleurs labours qu’avec le‘joug double.—On a encore en Belgique et dans le nord de l'Allemagne, de même que dans quelques parties de la France, un joug qui se place sur le garrot et est tenu par une courroie passant sous le cou de l'animal.
Lorsqu'on a soin de tenir la sous-ventrière toujours serrée, ce mode d'attelage n'est pas trop mauvais, mais il présente l'inconvénient de blesser souvent l'animal au garrot, et de l'empêcher de bien tirer.
$ II. — Traitement des bœufs de travail.
C’est à tort que l’on a cru que les bœufs ne pouvaient fournir une somme de travail beaucoup plus considérable, au moyen d’une augmentation de nourriture.
Il en est des bœufs à peu près comme des chevaux sous ce rapport; avec une bonne nourriture et surtout une addition de grains, qui est souvent profitable, on pourra en obteair un travail quelquefois double de celui que
AGR
8 | fournissent des bêtes noutries uniquement
dans des pâturages médiocres.
Toutefois le bœuf ne veut pas être trop pressé, et ne supporte pas le travail pendant la grande chaleur. 11 faut aussi lui donner plus de temps qu'aux chevaux pour manger.
Lorsqu'on nourrit les bœufs aux pâturages, on les change une où deux fois par jour, c’est-
| à-dire que pendant que Ja moitié travaille,
Pautre moitié se repose et pâlure. De cetle manière, une charrue exécute un peu plus de travail qu'en faisant faire deux attelées, mais aussi son attelage coûte le double d’achat ; avec la nourriture à l’étable on n’a pas besoin de ce moyen. Ce dernier mode de nourriture est le seul convenabie pour les bêtes de trait en général.
On peut supposer qu'un attelage de bœufs bien nourris fait envirou les 3/4 aux 4,5°° du travail d’un attelage de chevaux de force comparativement égale.
Pour employer les bœufs avec profit, et surtout pour pouvoir les faire travailler en hiver, ilestindispensable de les ferrer; souventon ne ferre que les deux pieds de devant, cela suffit dans les terrains ordinaires: mais daus les sols pierreux, il est bon de ferrer les quatre pieds.
Le plus souvent on ne ferre également que la sole extérieure ; mieux vaut cependant ferrer ie pied tout entier. Il faut un fer pour chaque ongle. Ce fer est plat, couvre la sole et est tenu par 5 ou 6 clous brochés en pince. la muraille des quartiers étant trop faible pour les recevoir. Il est retenu en outre par une lame longue et étroite qui part du fer dont elle fait partie, s'élève entre les deux ongles et est repliée sur l’ongle auquel est altaché le fer. Les clous seuls ne lui donneraient pas une solidité suffisante. ( Voir Ferrure du bœuf, page 366.) Morx,
Prof, d'agric. au Conservatoire, SECTION vu. —De la manière d'engraisser les bœufs.
On engraisse les bœufs de trois manières :
ou seulement dans les pâturages, ce qu'on appelle “engrais, où graisse d'herbe ; où partie dans les pâturages et partie à l'étable: ou bien enfin à l’étable seulemeni. C'est l’engrais de pouture OÙ engrais au sec.
$ IT.— Engraissement au pâturage ou d’embouches.
L’engraissement au pâturage ne peut avoir lieu que sur des pèturages très-riches, que l'on nomme pour cette raison péturages d’embouches, ou Lerbages.
Comme dans notre pays, c’est principalement en Normandie que l’engraissement au pâturage est usité. Je dois surtout rattacher a faire connaitre la méthode qui y est employée ; j'aurai recours pour cela au beau travail de M. Tessier.
Deux sortes de bœufs sont engraissés en Normandie ; un quart provient du pays, trois quarts du dehors. Les premiers s'achètent maigres ordinairement aux foires d'automne ; on les met aussitôt dans les herbages, où ils
assent l'hiver avec le secours de quelques ottes de foin seulement qu'on leur donne dehors pendant les gelées ; onles retire cepen-
482 ANIMAUX DOMESTIQUES : DE LA MANIERE D'ENGRAÏSSER LES BOEUFS. iv. ti.
dant à l’étable quand la terre est couverte de neige. On les appelle œufs d'hiver.
On choisit les bœufs normands pour les engraisser lorsqu'ils ont de sept à dix ans; leur accroissement est fait, et leurs fibres ne sont encore ni roides ni desséchées.
On ne met que douze bœufs en hiver dans un herbage qui en été en engraisserait cinquante, parce qu'ils n’y trouvent qu’une herbe vieille et rare. On les vend gras dans le courant de juin.
Indépendamment des bœufs normands, qu’on met dans les herbages avant l'hiver, les herbagers de la vallée d’Auge vont chercher au loin en Anjou, en Bretagne, en Poitou, et jusque dans le Berri des bœufs fatigués et amaigris par de longs et pénibles travaux; et tel est l'effet de l’abondante nourriture que leur fournissent les pâturages normands, qu’en moins d’une année ces besliaux presque rachitiques deviennent gras et superbes ; leur poil terne et rude devient lisse et luisant, leur physionomie vivace, de morne et abattue qu’elle était, et la qualité de leur viande, supérieure.On achète encore dans cette province de petits bœufs et des vaches au printemps et en été pour les engraisser uniquément à l’herbe. Les vaches sont mises dans des herbages séparés de ceux des bœufs, toujours avec un taureau, tant pour les défendre des loups que
our couvrir celles qui deviendraient en cha-
eur ; Car on remarque que les vaches en chaleur n’engraissent pas bien. On les vend d'août à novembre. On a observé qu'il y a avantage à consacrer les fonds médiocres aux petits bœufs et aux petites vaches, et à réserver exclusivement pour les gros bœufs les meilleurs herbages.
Selon les cantons et les fonds, l’herbe de mai ou celle de septembre est la meilleure ; on préfère les herbages qui donnent le plus de bonne herbe en mai, parce que les bœufs dont l’engrais finit après ce mois ont plus de valeur. — Les herbages se louent depuis 20 francs jusqu’à 200 francs l’acre de 160 perches de 22 pieds. D'après cette différence de prix, on conçoit qu'il y en a une bien grande dans la qualité des fonds. On proportionne le nombre des bœufs à l'étendue et à la bonté de l’herbage; on calcule même au uste ce qu’un herbage peut engraisser de
œufs. Dans l'usage habituel , et quand il s’agit de louer ou de vendre, on dit : cet herbage est de huit, ou dix, ou douze bœufs. Comme la qualité varie selon les fonds, les années et la saison, il est impossible de déterminer ce qu’on peut mettre de bœufs par acre dans un herbage,
Les herbagers désirent avoir des herbages de diverses qualités. A l’arrivée des bœufs maigres ils les mettent dans les herbages les moins gras d’abord, et leur font tirer un peu de sang, afin de les rafraîchir et de les mieux disposer à prendre l'herbe et à s’engraisser. 11 y en a qui les font saigner une fois au printemps, et une fois en automne, ou bien aussitôt qu’on les a achetés et au printemps. Au bout de quelque temps on les fait passer dans un second herbage qui est meilleur, et quelquefois enfin dans un troisième dont l'herbe estexquise, lorsqu'on veut les faire tourner Promptement à la graisse.
Lorsqu'il n'y à ni fontaine ni ruisseau dans un berbage, on y pratique des mares dans ies endroits où il est facile de ramasser et de retenir les eaux de pluie; si ces mares sont taries, on mène boire les bœufs trois fois par jour. A mesure que les bœufs engraissent, ils deviennent plus friands; ils n'aiment point l'herbe ombragée par les arbres, ni celle qui vient dans l'emplacement où ils ont nouvellement fienté. On fauche ces herbes dans l’éte pour faire du foin qu'on appelle pour cette raison, relais ou refus; e’est ce foin qu'on fait manger aux bœufs d'engrais d'hiver, quand la terre est couverte de neige. — On ne met de fumier dans les herbages, que celui qu'on transporte au printemps dans les empiacemens les plus maigres ;il est produit par le séjour des bœufs et des moutons à l’etable en hiver. Un herbage marécageux ne vaudrait rien, parce qu'il produirait des plantes grossières; mais 1} peut étre aquatique sans être marécageux ; il suffit pour cela qu'il y ait beaucoup de sources : alors il donne une grande quantité d'herbe ordinairement bonne, surtout dans les années sèches, mais qui a moins de substance dans les étés pluvieux, parce qu'elle est trop abreuvée d’éau. La plupart des propriétaires d’herbages n’aiment pas que leurs fermiers élèvent des poulains, parce quelafiente du cheval fait, dit-on, pousser de mauvaises herbes. De plus, les chevaux courent souvent sur les bœufs et les inquiètent ; ils sont friands de la meilleure herbe, la choisissent et ne touchent pas à la mauvaise qui bientôt envahirait la prairie.
Le temps de l’eagrais des bœufs est plus long quand on les met dans l’herbage au mois de novembre, que quand on les y met en mai. Ceux que l’on y place à cette dernière époque sont quatre mois seulement à s’engraisser, parce qu'ils ont presque toujours de la bonne herbe en abondance. —On ne donne presque aucun soin aux bœufs qu'on engraisse dans les herbages; ils sont enfermés entre des haies et des fossés. Un gardien dont l'habitation est ordinairement dans l’herbage même, les compte tous les matins, examine s’1l y en a de malades pour en faire son rapport au maître, rabat les taupinières et retourne les fourmilières, afin de les détruire. Le loyer de l'habitation et la liberté d'avoir une vache dans l’herbage, sont le salaire de ce gardien.
Lorsque la gelée a détruit l'herbe, on empêche les bœufs de la brouter : dans ce cas, on leur jette du foin, ou bien on les rentre à l’étable, surtout si la terre est couverte de neige.
Pabst recommande d'observer les règles suivantes : 1° Procurer aux bœufs les abris nécessaires pendant le mauvais temps; 2° éviter tout ce qui peut les distraire et les troubler ; 3° donner au bétail déjà gras les parties où l’herbe est la plus haute; celles qu'il quitte seront données au bétail maigre ; 4° diviser les pâturages en parties séparées, dans chäcune desquelles on ne doit pas mettre plus de 6 à 10 bêtes; 5° procurer au bétail l’occasion de se frotter, car l'excitation qui en résulte à la peau est très-favorable à la formation du issu graisseux; de là aussi le bon effet des frictions et:du pansement à la main dans l’engraissement du bétail.
cuaAP. 12.
On peut aussi faire pâturer le bétail à ia corde, sur des champs où l’on à cultivé des plantes à fourrage (Foir page 471). Cette méthode a cet avantage, que les animaux ne gàtent que très-peu de fourrage avec leurs pieds, et qu'on peut faire consommer la récolte au point le plus favorable de son développement.
$ IL. — Engraissement à l’étable et au pâturage (engraissement mixte).
Cette méthode est surtout en usage dans le Limousin. Les bœufs de ce pays travaillent beaucoup et longtemps, il en est qui ne sont mis à l’engrais qu'à l’âge de 10 ans; cet engrais dure un an à 18 mois.
Il y a des marques auxquelles les marchands de bœufs s’attachent pour distinguer un bœuf propre à être engraissé; ils veulent qu'il ait la tête grosse, le mufle court et arrondi, la poitriae large, les jambes et les pieds gros, le ventre rond, large et abattu en dessous. On juge par là qu'il est grand mangeur ou que la pourriture lui profite bien. Ils aiment aussi qu'il ait la côte large et élevée en arc, les hanches non pointues, de grosses fesses, l’échine large et unie jusqu'aux épaules, la veine qui est entre l'épaule et jes côtes, que l’on nomme vulgairement /a main, ferme et d’un gros calibre. — Les engraisseurs anglais au contraire recherchent dans les bœufs d'engrais des formes presqu’opposées; ils veulent qu'ils aient la tête petite, le cou très-court, les Jambes basses, les pieds minces et le corps cylindrique ; ils veulent enfin des formes qui indiquent non pas un grand mangeur, mais un bon mangeur, c’est-à-dire un animal qui s’assimile facilement la nourriture qu'on lui donne. -— On les achète dans les foires de février à juin, surtout lorsque l’on a l'intention de les faire travailler à la culture pendant quelques mois, afin de les accoutumer insensiblement à une forte nourriture; on a soin de les ménager sur le travail, afin qu'ils se tiennent frais et bien en chair. On les nourrit au foin sec jusqu’à ce que l’herbe soit assez avancée dans les pacages pour qu'ils y puissent trouver une nourriture abondante. Jusqu’au mois de mai on a soin de ne mettre les bœufs dans les pacages qu'après le temps où la rosée est dissipée ; passé ce temps, on les laisse nuit et jour dans des pâturages fermés de haies, et dès lors ces bœufs ne travaillent plus. 11s mangent alternativement, et se couchent pour ruminer et se reposer. Certains bœufs y avancent assez leur graisse pour que l’on puisse les expédier pour Paris, lorsqu'ils sortent de ces pàturages.
Voilà le régime le plus simple; nous allons en passer quelques autres en revue.
C’est ordinairement au mois d'août qu’on commence à mettre les bœufs dans les regains, pour leur faire manger la seconde herbe, qui est alors assez mûre, et dès ce moment 1ls ne travaillent plus. Ils y restent nuit et Jour, sans qu'on redoute pour eux les rosées d'automne. On les laisse ainsi jusqu’au premier novembre, à moins qu'avant celte épo-
‘que il ne survienne de fortes gelées ; car la gelée les fait maigrir, et rend leur poil rude.
Lorsqu'on fait rentrer les bœufs dans les élables, on les examine pour s'assurer du pro-