‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 385 sur 467 · ENGRAISSEMENT A L'ÉTABLE ET AU PATURAGE · texte numérisé non relu

ENGRAISSEMENT A L'ÉTABLE ET AU PATURAGE

grès de la graisse dans chacun d'eux. Ceux qui n'ont pas profité autant que les autres dans ces pacages, ce que l’on reconnaît à leur ventre serré, leur peau dure et adhérente aux côtes, sont saignés au cou. — Il est d'usage dans le Limousin de placer les bœufs dans les étables aux deux côtés d’une aire, et de les faire manger deux à deux dans des bacs de pierre ou de bois.On a soin de les choisir de même force, pour que l’un des deux ne gourmande pas l’autre, et ne l’affame pas. Souvent aussi on leur donne la nourrilure dans des auges placées dans une aire à l'extérieur de l’étable, et avec lesquelles les bœufs communiquent au moyen d'ouvertures pratiquées dans la cloison. (Foir page 477.) Dès le mois d’octobre,on commence à donner la rave aux bœufs. d

Voici le régime qu’on leur fait suivre :

Le bouvier entre dans l’étable à la pointe du jour et distribue le foin sec à tous les bœufs ; il le donne peu à peu et jusqu’à ce qu'ils refusent d’en manger. Alors il nettoie leur bac et leur distribue de la rave nouvellement cueillie et qu'il coupe en morceaux moyens, en y laissant les feuilles ; les bœufs en sont fort avides; le bouvier doit la leur donner peu à peu, surtout les premiers jours; il examine leur flanc et cesse la distribution dès qu'ils sont assez remplis. Sans cette précaution les bœufs seraient exposés à des indigestions dangereuses. Il donne ensuite du foin sec à discrétion. Cette distribution occupe le bouvier jusqu’à 10 heures; on laisse ensuite les bœuts tranquilles, et on leur fait une litière sur laquelle ils se couchent. Pendant qu'ils se reposent, le bouvier va arracher les raves et les coupe pour le repas suivant. A 2 heures, troisième distribution de foin, puis de raves; après quoi on fait boire les bœufs dans leur bac où hors de l’étable : pendant qu'ils boivent on renouvelle la litière, et à 5 heures on les laisse reposer; à 8 heures on donne à chacun 7 à 8 livres de foin. — Un bœuf ordinaire consomme par jour 25 à 30 livres de foin sec.

La nourriture des raves ne dure guère qu'un mois ; prolongée, elle relâcherait les bœufs et nuirait à leur graisse; on la remplace par de la farine de seigle ou de sarrasin, ou toute autre farine délayée dans de l’eau à la dose de 1 livre 1/2 à chaque repas.

C'est pour forcer la nourriture qu’on leur donne successivement le foin, la rave et l'eau blanchie : de plus, pour aiguiser leur appétit, On a soin de suspendre à la crèche une poche pleine de sel, qu'ils lèchent avec plaisir. — Un principe important, c'est de commencer l’engraissement par des alimens rafraichissans, par des fourrages verts qui donnent plus de chair que de graisse : comme les herbages, les raves, les pommes de terre, les betteraves, les châtaignes cuites, ete. Onadministre ensuite des fourrages secs et farineux, qui donnent plus de graisse que de chair.

En général trois mois suffisent pour amener à point un bœuf soumis à ce régime.

Les profits de la vente des bœufs gras, en défalquant le prix d'achat, se réduisent assez souvent au prix de la vente des denrées qu'ils ont consommées. On doit par conséquent considérer ce commerce comme fournissant un débouché pour les denrées de vente difficile.

484 ANIMAUX DOMESTIQUES : DE LA MANIÉRE D'ENGRAISSER LES BOEUFS. uv. ti,

SIL. — Engraissement à l’étable seulement (de pouture;.

Cette méthode, qui ne diffère de la précédente qu'en ce qu'on ne commence pas par l’engraissement au pâturage, est employée aux environs de Cholet et dans la Vendée. Ce mode d'engraissement se divise en 5 époques :

4° Epoque où l’on commence à laisser reposer les bœufs destinés à l’engrais et à les rileux nourrir, SOUS Ce rapport, on peut diviser les animaux en deux catégories : la première comprend les bœufs que l’on veut engraisser de bonne heure pour les vendre en janvier et février : ce sont ordinairement ceux de la plus grande taille;la deuxième comprend les bœufs plus jeunes, et qu'on ne veut vendre qu'en mars, avril où mai. On cesse de faire travailler les premiers dès que les foins sont engrangés ; pendant tout l'été ils couchent dans les meiliéurs pâturages, el plus tard dans les prairies, lorsqu'il y a assez de regain. A l’étable on leur donne la meilleure Herbe de deuxième ou de troisième coupe, du sarrasin en vert, ou des feuilles d'orme fraiches. Lorsque l'été est très-sec, on les soumet à ce régime jusqu’à la fin de septembre, époque où l’on commence à les retenir à l’étable, et à leur donner pour principale nourriture des feuilles de chou. Quant aux bœufs de la seconde catégorie, on les fait travailler au labour jusqu’à ce que presque tous les blés soient semés, c’est-à-dire jusqu’au 10 ou 15 octobre. On les met dans les mêmes pâturages que les autres; mais on les nourrit moins abondamment à l’étable.

2° Epoque où l’on retient définitivement à l’étable les bœufs d'engrais. Après les semailles on retire les bœufs des prairies, parce que le froid et l'humidité nuiraient à leur engraissement ; on les place deux à deux dans des stalles disposées pour cet effet dans une étable séparée, qui le plus souvent communique avec la grange, afin que les bouviers aient moins de chemin à parcourir pour leur porter le fourrage; quand on n’a pas d’étable séparée, on dispose convenablement un coin dans le fond de l’étable que l’on possède.

On évite aussi qu’ils ne soient distraits par les mugissemens des taureaux et le contact ou le passage continuel des autres animaux et ües laboureurs ; et comme on met toujours dans chaque stalle ceux qui ont porté le même joug, 1ls se connaissent, se sentent et s’excitent mutuellement à manger.

La plupart des fermiers font saigner leurs bœufs d'engrais vers l’époque où ils Les retiennent à l’étable, parce qu'ils sont moins exposés aux météorisat'ons et aux démangeaisons. Cependantils se gardent bien de faire saigner ceux qui ont la respiration gênée ou des engorgemens des ganglions de l’aine, de peur d’occasionner un trouble qui hâterait la marche de leur maladie.

3° Régime auquel on soumet les bœufs d'engrais, depuis qu’ils sont retenus à l’étable jusqu'au grand froid.

Voici l’ordre dans lequel on administre les alimeus : à 6 heures on ouvre les portes de

l’étable; on nettoie les crèches et les rateliers, !

et on donne une brassée de bon foin, de 10 ou 15 livres, à chaque couple de bœufs d’engrais. Lorsqu'ils ont mangé cette première brassée, on leur en donne une autre; quelquefois même une troisième, si l’on a plus de foin que de choux. — À 7 heures on les mène à l’abreuvoir, où on les contraint de rester le temps nécessaire pour qu’on leur fasse une litière fraiche, qu'on nettoie leurs stalles et qu'on porte dans chaque crèche une brassée de feuilles de choux grandes et vertes. On les laisse alors rentrer. — Lorsqu'ils ont mangé leur première brassée de choux, on leur en donne souvent une seconde tout de suite ; puis une quantilé de racines de navets, de pommes de terre ou de betteraves, équivalante à une brassée de choux. On alterne ainsi, jusqu'à ce que les animaux soient rassasiés ; alors on enlève ce qu'ils ne cherchent plus à manger, on fait une litière, et on les laisse reposer jusqu’à midi, heure à laquelle on leur donne encere une ou deux brassées de feuilles de choux ; ce repas est suivi d’un nouveau repos qui dure jusqu'à 3 heures. Oncommence alors le pansage, que l’on exécute de la méme manière que celui du matin; à 6 heures onse retire pour les laisser ruminer ; à 9 heures on donne à chaque couple une brassée de choux.

Lorsque quelques bœufs paraissent peu aptes à l’engraissement, qu'ils manquent d’appétit, ou qu'ils se ballonnent facilement, on redouble de soins, en ne leur donnant que très-peu de choux et de navets à la fois. — Certains bœufs, fatigués de choux, refusent d'en manger au delà de la ration d’entretien. On les remet en appétit en les nourrissant exclusivement avec du foin pendant une huitaine de jours.

Quant au pansement à la main, il est fait assez régulièrement par la plupart des fermiers. Quelques -uns cependant ont l’habitude de ne jamais houchonner les bœufs d’engrais, de peur de faire tomber les vieux poils, et de faire paraître ces animaux moins gras.

C’est un grand tort, ce manque de soin occasionne des démangeaisons qui les empêchent de se reposer et d’engraisser.

4° Régime des bœufs d'engrais pendant le temps froid. De décembre à février, les fourraces verts des champs étant gelés et couverts de neige, on est obligé de nourrir les bœufs d'engrais avec du foin. On y ajoute cependant des navets recueillis et mis à couvert avant les gelées ; des pommes de terre et des betteraves coupées et mélangées avec du son.

L'ordre des repas a lieu comme avant le froid; seulement, comme les jours sont plus courts, on ne donne rien aux animaux à midi, parce que le repas du matin finit plus tard, et que celui du soir commence de meilleure heure. Les animaux sont toujours menés à l’abreuvoir le matin et le soir. —S'il survient quelques belles journées qui fassent dégeler les choux, on coupe ceux qui ont le moins souffert, et l’on en donne les feuilles et lextrémité de la tige aux bœufs d'engrais.

5° Régime depuis le froid jusqu'à la fin de l’engraissement.Est le même qu'avant le froid. — En février, on leur donne outre le foin les pommes de terre, le son, les feuilles vertes et l'extrémité des tiges de choux, les

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tiges de navets, et les racines tendres. — En mars, on donne en outre du seigle et des rameaux tendres de lierre. — En avril, du seigle en vert, mêlé ou non avec de la vesce. Ce fourrage les fait, pour ainsi dire, engraisser à vue d'œil pendant les huit où quinze jours que les animaux le mangent avecappétit, car lorsqu'il devient trop dur, ils ie refusent. — En mai, on leur donne de l’avoine en vert, mélangée avec de la vesce. Ce fourrage ne les fait pas aussi bien engraisser que le seigle, mais ils le mangent avec appétit pendant très -longlemps. On leur donne en même temps du trèfle et de l'herbe.

On engraisse aussi des vaches dans le canton de Chollet , surtout au printemps, et même en hiver; on les nourrit absolument comme les bœufs, et elles prennent très-facilement la graisse aussitôt qu'on a tari la sécrétion du lait. Pour anéantir cette sécrétion, on cesse de les traire régulièrement, et ou leur lotionne le pis avec un lait de chaux ; ou on le leur frictionne avec du seigle en vert bien froissé contre des corps durs.

Voilà les principaux procédés usités en France; je vais dire quelques mots des meilleures méthodes usitées à l'étranger.

A. Engraissement avec des fourrages secs.

Dans les contrées où une grande partie du sol esten excellentes prairies naturelles,on engraisse avec le foin ordinaire, et surtout avec le foin brun qui est plus nourrissant, parce qu'il a été mis en tas lorsqu'il n’était encore qu'à moitié sec et qu'il a fermenté. — Le sainfoin et le foin de trèfle sont aussi estimés. On les donne hachés ou trempés, avec addition de bon regain.

Thaer suppose qu’en consommant 40 livres de foin et de regain, un bœuf augmente de 2 livres par jour. La valeur de 2 livres de chair étaut, terme moyen, d’un franc, en admeltant que le fumier paie la paille et les soins, cela fait 25 centimes par botte de 10 livres,et n’est avantageux par conséquent que lorsqu'il y a défaut absolu de débouchés.

On peut compter qu’un bœuf ordinaire s’engraissera ainsi en 20 ou 25 semaines. Une addilion d’un peu de grain, dans la seconde péviode, hàterait l'engraissement.

B. Engraissement avec des fourrages verts.

On peut engraisser avec du trèfle, de la luzerne, où un autre fourrage vert peu aqueux; mais il y a à craindre, d’une part, la météorisalion, de l’autre, des affections des voies digeslives. On remplace par ce motif, avec beaucoup d'avantage, une partie du vert, par un fourrage sec, et même par la paille que lon peut mêler hachée aux fourrages verts, en ajoutant ,au moins sur la fin, une boisson nourrissante, faite, soit avec du grain moulu, soit avec des tourteaux d'huile. Un bœuf consomme jusqu'à 200 livres de trèfle vert.

Riem fait mention d'un mode particulier d’engraissement au vert. C’est par le feuillage de vigne, macéré dans l’eau pendant 6 jours; ou le donne d’abord par moitié avec des alimenus plus agréables. Plus tard lPanimal le

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