‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 386 sur 467 · C. Engraissement avec des racines · texte numérisé non relu

C. Engraissement avec des racines

Toutes les racines alimentaires sont propres à l’engraissement; mais pour lesemployer avec avantage, il ne faut pas qu’elles forment plus de la moitié de la nourriture ; le reste doit se composer de fourrages secs, et s’il est possible, surtout à la fin, d’un peu de grain. On hache ces racines, mais il est rare qu’on les cuise ; en Souabe on les fait aigrir à la manière de la choucroûte.

Les pommes de terre crues ont l’inconvénient de relàcher les bœufs, de donner une odeur fétide à leurs excrémens. Il est donc préférable de les employer cuites; on peut alors en porter la ration quotidienne jusqu’à 25 ou 30 kilog., en donnant toujours 10 ou 15 liv. de foin par bête. Il peut être très-utile d'ajouter à la nourriture des substances contenant des principes azotés ou animalisés quimanquent aux pommes de terre; parexemple, des féveroles, des vesces ou des pois.

Les raves et les carottes sont fréquemment employées par les Anglais; la betterave est fort utile aux vaches à lait, mais il est douteux qu'un bœuf puisse la supporter seule jusqu’à la fin de l’engraissement., Thaër a observé que des vaches à qui on la donnait, même avec de la paille en abondance, ont été atteintes d’indigestions, et ont fini par refuser de la manger. Il conseille de l’administrer associée à la pomme de terre et au fourrage sec. Nous devons le dire, cette opinion de Thaër est contredite par les nombreuses expériences faites par les éleveurs français depuis que la culture de la betterave a pris en France tant de développemens.

A Hohenheim, de gros bœufs qui atteignaient un poids d'environ 800, chair nette, recevaient par tête journellement 70 livres de betteraves, 9 livres de grain moulu, 12 livres de foin et regain, et 3 livres de paille. — Dans un autre engraissement chaque bœuf recevait par jour :-

Au commen- Au A la fiñ de

Bettera ves el poni- cement. milieu. l'engrais.

mes de terre. 80 liv. 45liv. 20 liv.

Regain. 15 15 20 | Grain moulu. 6 10 15 Paille. 5 5 5

Au moyen de celte nourriture, des bœufs maigres se sont engraissés parfaitement dans 13 à 15 semaines.

D. Engraissement avec des résidus de distille-

ries, brasseries, fabriques de sucre et d’amidon, etc.

Les résidus se donnent avec de la paille

| hachée et un peu de foin. On les verse ordiparement sur la paille hachée. Les bœufs ainsi

nourris sont dans une sueur coutinueile, de sorte qu'il faut avoir soin de les garantir des vents coulis qui occasionneraient chez eux de dangereux arrêls detranspiration; avec un pareil régime le bétail ne conserverait pas longtemps la santé ; mais il ne parait pas en éprouver de mauvais effet pendant la durée de l’engraissement.

Il est à remarquer que plus on force la for-

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mation de l'alcool par une fermentation complète, plus le résidu de la distillation perd de ses qualités nutritives ; de sorte que l’engraissement réussit d'autant mieux, que les établissemens de distillation sont moins accomplis. Aussi voil-on souvent des industriels refuser, dans l'intérêt de l’engraissement de leurs bestiaux, d'apporter des perfectionnemens à leurs procédés de distillation.

Les résidus des diverses sortes de distilleries ne sont pas également nourrissans ; suivant Thaër, la faculté nutritive d'un résidu est en rapport direct avec la quantité d’eaude-vie que peut fournir la matière première de ce résidu. Par exemple, un boisseau de seigle fournissant autant d’eau -de-vie que 3 boisseaux de pommes de terre, un boisseau de résidu de la première fabrication nourrira autant que 3 boisseaux de résidus de la seconde. Cette proportion nous paraît exagérée; Thaër aurait dû tenir compte de la différence du volume et des principes constituans des deux corps. On sait en effet que dans le seigle et le blé, par exemple, il existe des principes très-nutritifs,du gluten,de l’albumine,et qui ne contribuent en rien à la formation de l'alcool; et que de deux corps qui renferment la même quantité de principes nutritifs celuijà est le plus nourrissant qui présente ie poids et le volume le plus élevé.

Les bœufs nourris avec des résidus de distüillerie, quoique devenant très-gras, ont ovdinairement la chair et la graisse spongieuses, et sont peu propres à être conduits au loin.

On obvie à ces défauts en leur donnant vers ies derniers temps moins de résidus et en remplaçant ceux-ci par de bon regain et un peu de grain moulu. La quantité de fourrage doit être de 15 à 20 livres par jour.

Les résidus de brasserie (la drèche) sont préférables à ceux de distillerie, parce qu'ils contiennent plus de substance solide, qu'ils proviennent de graius germés el qu'ils ne sont pas aigres, à moins qu’on ne veuille les conserver. On regarde les résidus provenant d'une livre de mall (orge germée) comme équivalant à une livre de foin : un bœufà l’engrais consomme par jour de 36 à 45 livres de malt avec 12 ou 15 livres de fourrages secs.

Les résidus de fabrique d’amidon sont très-nutritifs, mais demandent à être donnés avec précaution.—Les marcs de betteraves mélaugés avec les mélasses incristallisables paraissent aussi excellens.

E. Engraissement avec du grain.

Les graines sont les parties des plantes où se concentrent le plus de principes nutritifs, et qui par conséquent favorisent le plus la formation de la graisse. Toutefois il n’est avantageux d'en nourrir les animaux que lorsque le prix en est bas, et que celui des bêtes grasses est très-élevé. — S'il y a rarement profit réel à engraisser des bœufs presque uniquement avec du grain, il y a avantage dans tous les cas à donner cette nourriture en petite quantité comme addition aux autres alimens, surtout vers les derhiers temps. — Le grain convient d'autant plus à Fengraissement qu’il est plus pesant et plus riche en albuinitie, en

gluten et en matière sucrée, comme les féveroles, les pois, les vesces.

Les bons effets des grains dans l’engraissement dépendent encore davantage de leur préparation. La plus simple consiste à les faire moudre; on les mélange alors à de la paille hachée, des racines, etc. ; une partie peut aussi être délayée dans de l’eau avec un peu de sel (eau blanche). Si la ration de grain est très-forte, il vaut mieux en faire cuire ou fermenter une partie.

Le grain mis en pâte et fermenté à l'instar de la pâte qui sert à faire le pain, est regardé par les éleveurs comme le moyen le plus efficace d’engraisser le bétail. On délaie à cet effet chaque jour le grain moulu avec de l’eau tiède, de manière à en faire une pâte épaisse à laquelle on ajoute du levain ; en peut y mettre des pommes de terre et autres substances analogues ; au bout de 24 heures, on délaie la pâte avec de l’eau tièdé, et on le donne au bétail, partie comme boisson, partie comme nourriture mélangée avec des fourrages hachés. —On doit avoir soin, dans ce cas, de tenir les mangeoires très- propres, sans quoi elles prennent une odeur repoussante; en outre, il est bon d’alterner de temps à autre la nourriture aigre avec une nourriture non fermentée, par exemple avec du grain conrassé, du foin, ete. — Il est prouvé que le grain -germé, le grain pétri et cuit comme le pain, engraissent parfaitement.

Lorsque le grain compose la nourriture principale des bêtes à l’engrais, il en faut à un bœuf de taille ordinaire 15 à 20 livres par Jour, avec un poids égal de fourrage sec (foiu ou paille), en partie haché et mêlé au grain et en partie entier. Avec cette nourriture on peut compter sur un accroissement de 20 liv.

environ par semaine. -

F, Engraissement avec des tourteaux huileux.

Les tourteaux d'huile sont précieux, surtout comme assaisonnemens de fourrages ; néanmoins on peut aussi les employer en forte proportion, et en faire consommer par jour à un bœuf, jusqu'à 15 livres, en partie écrasées el mélangées avec du fourrage haché, et en partie délayée dans l’eau. Outre cette nourriture, ou administre la quantité de four-rages secs nécessaires pour remplir convenablement l'estomac de l'animal.

Les tourieaux de lin et de noix sont géneralement regardés comme meilleurs que ceux de colza et de navette ; ceux de faine ne valent rien, parce qu'ils contiennent un principe vénéneux, et que donnés en grande quantité ils communiquent à la graisse une couleur jaunâtre, et à la chair une saveur désagréable ; aussi est-1l prudent d’en cesser l'administration quinze jours environ avant la fin de l’engraissement, afin de faire disparaitre cette saveur par une autre nourriture.

$ IV. — Durée et terminaison de lengraissement.

La durée de l’engraissement et l’époque à laquelle ilest le plus convenable de le termiper, dependent d’abord de l’état dans lequel se trouvait le bétail au commencement de lo-

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pération, de sa disposition à prendre graisse, de la méthode d’engraissement employée, et enfin de l’occasion de vendre avec profit.

Un bœuf déjà en chair peut, avec une bonne nourriture, être fn-gras au bout de 10 à 12 semaines, tandis qu'un bœuf vieux, de taille énorme, ou en général d’un engraissement difficile, aura besoin de 6 mois, d’un an et même de 2 ans. Il est plus difficile encore d'indiquer à quel degré de graisse on termine en général l’engraissement avecle pius d’avantage. Le boucher préfère sans doute ia bête fin-grasse à celle qui ne l'est qu’à moitié : la première contient proportionnellement plus de suif, et par conséquent peut être vendue à un prix plus élevé; mais ici l'essentiel est de savoir dans quel rapport se trouve le prix avec les frais chez les deux bêtes. Sous ce point de vue les chiffres ne seront pas toujours en faveur de l’animal fin-gras ; car une fois que les bêtes ont atteint un bon point de graisse, on s'aperçoit que l’engraissement se ralentit d’une manière sensible.

Aussi, à moins qu'on n’attache un prix à ce qui est extraordinaire, on trouve profit à terminer l’engraissement dès que l’on s’aperçoit d’une diminution notable dans l’accroissement de l’animai, si même il n’est pas avantageux de le vendre plus tôt. Car il est toujours profitable de se défaire d’une bête dès que l’on en trouve un prix convenable; il vaut mieux la remplacer par une nouvelle, que de s'opiniâtrer à atteindre le plus haut degré possible d’engraissement.

$ V. — Engraissement des vaches."

Le nombre des vaches qui se consomment à Parisest fort restreint; presque toutes sont engraissées à Paris même ou à ses portes.

Les nourrisseurslivrent leurs vaches à la boucherie au moment où l'approche du vêlage a tarileur lait. Ces vaches sont en général derace normande. Le huis-clos et la nourriture abondante,composée de pommes de terre, de résidus de betteraves, de feuilles de choux et de fourrages,qu’elles ont reçus constamment pendant les huit à neuf mois que les conservent les nourrisseurs, leur ont fait acquérir au bout de ce temps une graisse fine et abondante, et une chair souvent supérieure à celle des bœufs, malgré le préjugé qui considère leur viande comme détestable et même insalubre. La castration favorise singulièrement leur engrais, et a surtout l’avantage de prolonger indéfiniment la sécrétion de leur lait. Une chose remarquable, c’est l’excessif allongement des sabots des vaches mises à l’engrais en état de réclusion. Leur sabot atteint souvent une longueur de 33 centimètres etse recourbe à son extrémité comme les chaussures chinoises ; aussi ces vaches peuvent à peine marcher, et souvent on estobligé de les amener au marché sur des voitures.

La Normandie, le Limousin et la Bourgogne engraissent aussi quelques centaines de vaches pour l’approvisionnement de Paris; elles opèrent cet engraissement par les méthodes dont elles se servent pour leurs bœufs. Les boucheries d’une grande partie de la France ne sont approvisionnées que par les

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