EDUCATION DU PORC
fit d’une foule de plantes qui ne seraient point mangées par le porc et nuiront heaucoup moins aux jeunes prairies artificielles que presque tous les cultivateurs sèment aujourd’hui dans une partie des céréales. Dans quelques endroits on les laisse paître sur les jachères : quoiqu'ils ne puissent rien endommager sur ces champs non ensemencés, nous n’engagerons personne à suivre une pareille pratique, à moins que les terres ne soient dévastées pär des insectes, des taupes ou des souris ; dans ce cas le porc trouvera à se nourrir et parviendra sans doute à détruire ou à diminuer beaucoup les êtres nuisibles à l’agriculture. £n toute autre circonstance les moutons seront bien préférables pour récolter les herbes parasites des jachères.
Nous ne frapperons point de la même désapprobation la pâture dans les bois et les marécages. Le porc nuira moins aux bois qu'aucun autre animal domestique, et il y trouvera souvent une abondante nourriture que la vache et le mouton ne mangeraient pas aussi bien ou avec autant de profit, Son odorat si fin lui fait découvrir une foule de racines qu’il tire de terre pour les manger ; il ramasse les fruits sauvages épars dans les forêts, et l’on sait combien lui profitent les faiînes, les châtaignes, les glands et les graines de certains pins, tels que le pin pignon. Les marécageset étangs Jui fourniront surtout des racines, des herbaves et des insectes. Les cultivateurs qui ont de pareils lieux à leur disposition feront bien d’y envoyer leurs cochons qu’ils élèveront ainsi à bon marché. Il ne faudrait pas croire, cependant, que cette pâture dispensât entièrement de donner aucune nourriture à la mais0p, lors même que la nourriture du dehors serait suffisante; car il est bien que le maitre puisse, chaque jour, juger de l'appétit etde ia santé de ses porcs en les voyant à l’auge, et c’est en outre un moyen facile de les faire rentrer à heure fixe: ce à quoi ilsnemanqueront jamais quand ils seront sûrs de trouver quelque chose d’agréable en rentrant.
Quelques personnes ont réprouvé le parcours des porcs comme contraire à l'intérêt des forêts ou de Panimal lui-même. On a dit qu’ilétait à craindre qu’en faisant ainsi manger les graines, le repeuplement des bois ne pût avoir lieu, et aussi que les fouilles profondes pratiquées par le cochon ne fissent périr les racines et conséquemment les tiges des arbres. Mais il est facile de reconnaître que ces craintes sont peu fondées. Les grosses graines, telles que les glands, les faines, les châtaignes tombent accumulées au pied des grands arbres qui les ont produites, une forte partie est dévorée par une foule d'animaux sauvages, une autre partie aussi considérable pourrit sans produire de jeunes plants; ce qui lève sur la place même ne peut prospérer, étant bientôt étouffé par l’arbre mère et se trouvant du reste sur un terrain déjà envahi par de grosses racines et tout à fait impropre à nourrir de nouvelles plantes de la même pature. ]I
|est donc vrai de dire, comme l'ont reconnu les
forestiers instruits, que l’action du porc dans ce cas paraît être plus utile que nuisible en dispersant
| çà et làles graines qui lui échappent, et enremuant
le terrain qui devient ainsi plus apte à porter les
| petits arbres devant servir au repeuplement. On a
même pensé que la rupture des racines, occasionnée par les fouilles du porc, pouvait être utile en faisant drageonner les arbres qui en sont susceptibles; néanmoins ceux qui regardent cette action comme un dégât pourront s’en garantir facilement en employant les moyens connus pour empêcher le porc de fouger profondément : ces moyens consistent dans le bouclement ou dans l'incision des tendons releveurs du groin.
Le bouclement peut se faire de deux manières :
| la première se pratique au moyen d'un morceau
de til d’archal, de la grosseur d’une aiguille à tricoter, à l’un des bouts duquel on fait une maille pour y recevoir l'autre bout, après l'avoir passé dans le grain. Il faut d’abord empêcher l'animal de mordre ou de crier en lui liant la gueule : puis on perce, au moyen d’une alène, le bout du groin;
ensuite en passe le fil d’archal par l'ouverture, et on ie fait joindre par la maille à l’autre bout. Il est des endroits où l’on donne simplement au fil d’archal la forme d'un $, au moyen de quoi l’on n’a pas besoin de joindre les deux bouts. La seconde manière consiste à passer dans le groin, au lieu du fil d’archal, une petite barre de fer de la même grosseur, forgée aux deux bouts en forme de flèche, dont les deux dents sont tournées l’une contre l’autre. Par ce moyen, toutes les fois que le porc veut fouger, la pointe de la flèche lui pique ie museau et le force d'abandonner son travail.
L'incision se pratique sur Iles deux tendons des muscles releveurs du groin; en abaissant un peu le bout du museau, on peut les sentir distincteient sous la peau, où l’on dirait deux cordes tendues et aboutissant au groin. Pour les couper, il faut inciser la peau, les mettre à découvert. les t1rer hors de l'ouverture de la peau, au moyen d’ure aiguille enfilée dont on les traverse; alors on les coupe, en retranchant de chacun un morceau long d’un on deux centimètres. L’incision se cicatrise sans aucun Soin.
Quant à ceux qui craignent de voir la santé du porc compromise par le parcours, parce qu’il pourrait manger des substances animales ou végétales capables de l'empoisonner, leurs appréhensions sont tout à fait sans fondement. L'instinct de tous les animaux est en général un guide sûr qui leur fait repousser les substances nuisibles, à moins qu'une faim dévorante ne les force de manger tout ce qu'ils rencontrent : plus qu’aucunautre, le porc est secondé dans le choix de ses alimens par un odorat qui ne le trompe point, surtout lorsqu’ilest en liberté,et, quelque grande que soit sa voracité, on ne doit pas craindre qu’il prenne comme bonne nourriture une plante qui pourrait l’'empoisonner.
La nourriture au parc est fort peu pratiquée en France, quoiqu’elle offre certains avantages qui ne sont point à dédaigner : elle épargne les frais de fauchage, d’arrachage et de transport dont on ne peut se dispenser quand on nourrit à la cour ; elle évite le gaspiltage et le ravage que commettent souvent les troupes de pores conduits à la pâture ; elle économise la litière nécessaire dans les étables, et livre immédiatement à la terre les excrémens solides et liquides dont une portion est presque toujours perdue dans les cours mal construites.
Mais, pour employer ce mode d'entretien, il faut élever un nombre de porcs suffisant pour couvrir les frais d’achat d’un parc et d’une cabane où doit coucher le gardien ; il faut en outre avoir un porcher capable de veiller attentivement sur son troupeau, de le conduire à l’ombre par la grande chaleur, de le rentrer au moment des orages, et de ne jamais le faisser souffrir de la soif. En un mot, le parcage des porcs demande autant de soin que celui des moutons, et c’est peut-être une raison suffisante pour que l’usage n'en devienne jamais général.
Pendant l'hiver les porcs ne peuvent chercher eux-mêmes leur nourriture dans les champs, et le mauvais temps ne permet guère que l’on profite du voisinage des forêts pour les y faire paître. En général, on doit considérer la nourriture à l’étable comme seule praticable pendant cette saison : c’est alors que les moyens d’entretien deviennent fort restreints pour le cultivateur imprévoyant qui n’a pas su faire une ample provision de racines; caril n’y à plus à compter sur les fourrages verts ni sur les fruits ; le petit-lait doit être de préférence destiné aux porcs que l’on engraisse, et le grain serait trop cher pour un animal que l’on veut simplement entretenir en bon état. Il ne resterait donc que les épluchures de légumes et le son provenant du blé moulu pour la maison. Quand on veut se livrer à une éducation un pen étendue, il faut évidemment avoir à sa disposition d’autres provisions, et la culture en grand des racines peut seule les fournir, à moins que le voisinage d’une brasserie, d’une féculerie ou d’une distillerie ne per-*
NiIMAUX DOMESTIQUES : DU PORC.