ENGRAISSEMENT DU PORC
rentes nourritures qui peuvent servir à l’engraissement du cochon ; il paraît, toutefois, qu’on pourrait les classer, en allant des moins nutritives aux plus substantielles, dans Pordre suivant :
1° Les fourrages verts;
2° Les racines ;
3° Les résidus des fabriques d’eau-de-vie et d’amidon ;
4° Les grains ;
5° Les substances animales.
Nous allons rapporter ce que l’on sait sur chacune de ces substances, et sur la manière de les employer.
A.Engraissement avec les parties vertes des plantes.
L’engraissement avec les parties vertes des plantes, telles que choux, vesces, luzerne, trèfle, etc.; ne paraît avoir encore été pratiqué que par les Anglais,qui disent enavoirtiréun produit avantageux. On hache ces divers fourrages ; on les dépose dans des réservoirs où on les sale et les fait aigrir longtemps avant de les employer. Cette espèce de choucroûte peut être agréable aux animaux quand ils y sout accoutumés; mais il y a lieu de douter qu’il soit possible, en l’employant seule, d’obtepir du lard abondant et de bonne qualité. Les chèvres du mont Dore, dont ie fromage est si estimé dans le département du Rhône, sont nourries de feuilles de vignes qui ont subi cette étrange préparation; on peut donc en essayer l'effet sur des cochons, quitte à modifier leur alimentation à la fin de l’engraissement, comme cela, du reste, doit avoir lieu pour la plupart des autres modes d'engrais que nous passerons en revue.
B. Engraissement avec les racines.
Les racines sont la véritable base de la plupart des engraissemens pratiqués sur le territoire français, surtout depuis que la grande culiure a été modifiée et qu’on y a introduit des soles de navets, pommes de terre, betteraves. Le navet, la rave et le copinambour ne doivent être employés qu’au début , les molécules alimentaires y sont déposées dans une proportion fort minime et la cuisson n’y développe que de bien faibles qualités. La betterave et la pomme de terre sont d’une bien autre importance ; le sucre et la fécule répandus dans le tissu cellulaire de ces plantes permet de les employer commenourriture presque unique, et d’arri ver à de beaux résultats. On doit les présenter au porc lavées et coupées en morceaux, quand elles présentent des masses trop considérables; il les mangera crues avec plaisir pendant un certain temps ; puis il commencera à ne plus témoigner autant d’avidité à l'heure de ses repas, et bientôt il éprouverait du dégoût, si l’on ne hâtait la cuisson pour en modifier la saveur. L'engraissement est le plus souvent réglé ainsi qu’il suit : on fait d’abord consommer des racines cuites, que l’on distribue mêélées avec des eaux grasses ; puis on mêle un peu de farine de seigle, de sarrasin ou d'orge aux racines, et l’on termine par de la farine seule délayée dans très-peu d’eau, de manière à former une pâte.
C Engraissement avec des baissières d'eau-de-vie.
Les résidus de la fabrication de leau-de-vie sont une des substances les plus propres à l’engraissement du porc; il faut 140 kilogrammes de baissières par semaine pour un porc ordinaire. Cet engraissement dure ordinairement 4 mois ; il a besoin d’être prolongé pour les porcs déjà vieux ou de très-grande taille.
On administre d’abord ce résidu délayé dans l’eau afin d'en diminuer l’action. Dans les premiers jours, en effet, il grise les pores; maïs bientôt ils s'y accoutument, quoiqu'on diminue !. quantité d’eau qu’on y fait entrer. Heuhenah a conseillé de l’administrer aux pores au moment où on le retire de l’alambic ; il assure que ces animaux ne se brûlent pas en le mangeant, et que lorsqu'il est froid et vieux, il leur est plutôt nuisible qu’utile,
Thaër affirme au contraire qu’il faut toujours l’administrer très-refroidi.
La baissière donne lieu à la formation d’un lard mou, mais savoureux ; aussi les porcs engraissés de cette manière fournissent-ils peu de saindoux. Lorsqu'on veut avoir un lard épais et beaucoup de saindoux, on choisit des porcs âgés et de haute taille ; mais comme leur lard n’est pas aussi savou- .reux et que leur engrais est plus coûteux et plus lent, on engraisse plus souvent par ce procédé des porcs de six mois ou d’un an; les premiers s’achètent en général de 25 à 30 fr. et se vendent de 55 à 65 francs après avoir été soumis pendant 2 mois à ce régime; ils ont consommé pendant ce temps 1200 kilogrammes à peu près de résidu, ce qui laisse, comme on le voit, un bénéfice important à l’engraisseur. En prolongeant leur engrais de deux mois, le profit qu’on en tirerait serait preportionnellement inférieur. L’engrais des porcs d’un an dure 4 mois et présente par tête un bénéfice qui varie de35 à 45 fr. Ces porcs consomment d'abord de 25 à 30 kilogrammes de résidu par jour, mais leur voracité diminue à mesure qu’ils prennent de la graisse. Les gros porcs de race anglaise mangent 3 fois autant que ceux de petite race, mais sont loin de rendre un triple bénéfice.
Les expériences de Viborg ont démontré queles résidus acidulés étaient tout à fait impropres à l'engraissement.
D Engraissement avec des résidus de laiteries.
Dans les grandes laiteries on emploie souvent à l'engraissement des cochons le laitaigri ou le petitlait. On les épaissit avec un peu d’orge concassée, et les cochons ainsi nourris atteignent promptement un grand poids. Leur chair est excellente, leur lard ferme et savoureux, mais une fois qu’on a commencé l’engraissement de cette manière, il faut le continuer, car il est d'observation que le changement de nourriture diminuerait le poids de lPanimal. Un porc d’un an consomme à peu près le lait acide et le petit-lait de 3 bonnes vaches; les grands porcs ont besoin de tout l'été pour s’engraisser avec cette nourriture; on les met à l’étable à la fin de mai pour les vendre en septentbre. 11 résulte des expériences de Viborg qu’un porc de 6 mois peut consommer 56 kilogrammes de lait aigri par jour ; il ne faut donc recourir à cette alimentation que dans leslieux où on ne peut fabriquer des fromages, ou débiter le lait plus avantageusement.
E Engraissement avec le résidu de la fabrication de la bière.
Ces résidus renferment très-peu de particules putritives, aussi il faut les administrer en trèsgrande quantité; les porcs ainsi nourris prennent beaucoup de chair, mais peu de lard. Si, vers la fin de l’engraissement, on n’y ajoute une nourriture plus substantielle, Thaër recommande de conserver.ce résidu dans l’eau.
F Engraissement avec des marcs d’amidon.
Ces résidus engraissent promptement, donnent une chair et un lard fermes et abondants. Il faut les administrer avec précaution, car les porcs les mangent d'abord avecheaucoup d'avidité, mais s’en dégoûtent bientôt, si l’on n’a-soin de les alterner avec d’autres alimens et de tenir les mangeoires trés-propres. Viborg a reconnu que 15 kilog. de ces résidus produisent 2 kil. 1/2 de lard. Ces résidus sont difficiles à conserver, les matières animalisées et fermentescibles qu’elles contiennent en déterminent promptement la putréfaction ; le seul moyen d'éviter cet inconvénient est de les faire évaporer, puis de les faire cuire au four.
G Engraissement avec les tourteaux huileux.
Cette substance, très-propre à la nourriture des porcs, ne vaut rien pour leur engraissement, elle donne un lard insipide, mou et huileux.