DU REGIME DES MOUTONS
pour éviter le gaspillage dela nourriture ; et de petits appentis doivent pouvoir y être disposés lors du part pour recevoir pendant quelques jours les brebis qui agnellent.
$ III. — Régime ordinaire des moutons.
Le pâturage est indubitablement le régime le plus convenable à la santé des bétes ovines : le propriétaire d’un troupeau trouvera presque toujours du bénéfice à procurer à ses moutons un parcours abondant pendant toutes les saisons de l’année ; pour atteindre ce but, on doit employer tous les moyens indiqués par la science agricole : il faut créer des prairies qui se succèdent sans interruption, qui bravent les froids de l'hiver et les chaleurs du solstice d'été. C’est une entreprise difficile, mais non impossible, et qui sera tres-profitable pour quiconque possède une bergerie de quelque importance.
Le parcours des terres vagues, des landes, des bruyères, des chemins et des bois, est d'une grande ressource dans certains pays pauvres où l’agriculture n’a pris aucun développement; lant que dure la belle saison, on peut y entretenir, à peu de frais, des moutons communs qui y prospèrent et qui sont recherchés par la boucherie. Dans les contrées mieux cultivées, mais encore soumises à la jachère triennale, les fermiers parviennent quelquefois à nourrir leurs bêtes avec ce qu'elles trouvent sur la sole de jachère et sur les chaumes. Toutefois, il faut reconnaitre qu'un pareil pâturage ne peut suffire qu’à des races très-rustiques, petites et de peu de produit: les moutons du Berry sont peut-être les seuls capables de supporter ce dur régime qui les réduit presque à la famine par les grandes sécheresses, et qui ne leur fournit une nourriture abondante que dans les temps humides, temps où le parcours est si dangereux pour toute autre race.
Si, au contraire, on veut entretenir des troupeaux plus précieux, des moutons à laine fine, dont le tempérament délicat exige une nourriture toujours saine et en quantité tou- Jours égale, ou. des moutons de grande taille pour la boucherie, auxquels l'abondance est indispensable, il faut préparer des moyens de subsistance choisis et nombreux : compter sur
| la vaine pâture serait une folie; il faut leur ’
consacrer des prairies spéciales, naturelles ou artificielles, et faner pour eux des fourrages qui leur seront distribués à la bergerie les Jours où on ne pourra les faire sortir.
Entrons dans quelques détails sur ce sujet important.
On sait qu'un mouton de iaille moyenne mange par jour environ 4 kilogrammes d’her-
be fraiche de prairie naturelle; cette herbe,
quandelle est fanée,se réduit à un kilozramme de foin dont se contente également le même mouton nourri au sec. En prenant ce fait pour base de nos calculs, nous reconpaitrons qu'il faudrait consacrer 10 hectares de prairies à l'entretien d’un troupeau de 100 moutons pendant une année; un tiers environ étant fauché et fané pour affourrager dans les mauvais jours, les re autres tiers étant mangés sur place.
Peut-être aucun assolement ne se préterait-il
à la production d’une si grande quantité de fourrages pour les seules bêtes ovines; c’est pour cela qu'on leur fait consommer d’autres produits du sol, tels que des grains, des racines, des pailles.
Quoique plus favorable qu'aucun auire régime à la santé des moutons, le pâturage leur deviendrait promptement fatal si l’on ne le dirigeait convenablement : l'expérience a appris aux bergers à user de certaines précautions, à suivre certaines règles hygiéniques que les propriétaires doivent connaitre pour étre capables d'en surveiller l'exécution.
A moins d'obstacles très-grands, on doit faire sortir chaque jour les bêtes à laine (dit Daubenton), parce qu'en pâturant, elles choisissent leur nourriture à leur gré, et la prennent dans le meilleur état, et que du reste l'exercice stimule leur appétit et entretient leur vigueur; il est dans la nature de ces animaux de vaguer à droite et à gauche, tout en ramassant ce qu'ils rencontrent; le berger ne doit pas contrarier leur instinct en les retepant en place malgré eux. Cependant, comme les moutons gäteraient beaucoup plus d'herbe avec les pieds qu'ils n’en brouteraient, si on leur permettait de parcourir en liberté un pâturage abondant, le gardien ne donnera chaque jour accès au troupeau que dans une portion du champ.
Pendant la belle saison, on peut lâcher les moutons dès le lever du soleil, pourvu qu'il n'y ait ni rosée, ni brouillard; sinon, il faut attendre que le soleil les ait dissipés, car ils pourraient causer aux animaux des caliques dangereuses : la nature semble avoir ellemême indiqué cette utile précaution; c'estune remarque facile à faire. que les bêtes ovines pâturent avec moins d'avidilé lorsque l'herbe est mouillée. si ce n’est lorsqu'une pluie bienfaisante vient, après de longues sécheresses, rendre les plantes plus appétissantes.
Quand la force du soleil augmente, on dirige les troupeaux de facon qu'ils ne reçoivent pas en face lesrayons solaires, et, durant les grandes chaleurs de la journée, il est absolument nécessaire de les conduire à l'ombre pour y reposer. Leur laine, qui empêche que l'air ne les refroidisse en hiver, empêche aussi que l'air ne les rafraichisse en éte. D'ailleurs ces animaux ont le cerveau faible; le soleil tombant à plomb sur leur tête peut leur donner des vertiges qui les font tourner, et même le mal appelé /a chaleur qui les tue rapidement si le berger ne les secourt aussitôt par une abondante saignée. 11 n’est aucun prétexte qui puisse dispenser de prendre la précaution que nous recommandons, car les moutons n’emploieraient point à pâturer le temps de la grande chaleur, quand même on les forcerait de tenir la campagne; leur souffrance se manifeste alors d’une manière évidente : ils s’agitent plus que d'habitude ou se réunissent en troupe serrée; chacun d'eux baisse le cou et place sa tête sous le ventre de son voisin pour s'abriter et mettre ses naseaux à l’abri de la perséculion d’une mouche noirâtre (l'æstre des moutons) quicherche à y pénétrer pour y pondre ses œufs. Mais s'ils réussissent ainsi à se soustraire aux piqûres de la mouche, ils ne peuvent échapper au danger de respirer un air chargé de poussière