LIV. II
loppement. On donne au plantoir la longueur qui doit séparer les plants les uns des autres ; armé de cet instrument, chaque ouvrier suit une raie, et pratique un trou assez profond pour que la racine y pénètre jusqu'au collet : il dépose dans ce trou un plant, il serre la terre tout contre, en enfoncçant le plantoir une ou deux fois à côté du trou; puis il termine en appuyant le pied tout près du plant afin d'affermir la terre. — Le Repiquage à la charrue se fait comme pour le Colza (voyez ci-devant, page 4), excepté qu’au lieu de garnir tous les sillons, on n’en garnit qu'un sur trois, en supposant le labour exécuté à 9 pouces. Le plant est couché contre la bande retournée et couvert lorsque la charrue repasse; il n’y a plus alors qu'à venir presser la terre contre la racine avec le pied.
La méthode du semis en pepinière avec repiquage est peu usitée en France et dans les grandes cultures de la Flandre ; elle est, au contraire, adoptée dans presque toutes les contrees de l'Allemagne, où la betterave est cultivée en grand, et M. ne DomgasLe la recommande hautement. Ses partisans et ses détracteurs appuient leur sentiment par de très-bonnes raisons qu’il faut abandonner au Jugement souverain de la pratique.
Les binages et sarclages fréquens sont la garantie de la prospérité des racines, comme de heureux résultat des cultures sarclées pour le nettoiement et la préparation de la terre. Ils sont de première nécessité pour la betterave, et c’est particulièrement sous ce rapport qu'il y a un avantage immense à les cultiver en rayons, l’économie dans les frais de main-d'œuvre s’élevant à plus de moitié.
Dès que les feuilles ont atteint la longueur d'un pouce à un pouce et demi, on procède au premier sarclage. « Aucune plante, dit M. »E DomgasLe, ne souffre autant que la betterave du retard ou de la négligence apportée dans ce premier sarclage ou dans ceux qui doivent le suivre. » Le premier sarclage a toujours lieu à la main; on se sert de la ser- Jouette \ fig. 327, Tome 1, page 225); on pourrait aussi se serviravec avantages du sarcloër- Hugues ( id. fig. 326). — Pour le second, qui se donne quinze jours ou trois semaines plus tard, on peut encore employer ce sarcloir ou la houe à cheval: mais, comme dans les cultures subséquentes, et surtout dans les terres dont la surface se durcit facilement, on est toujours obligé de biner à la main dans les lignes. — On doit avoir soin de ne commencer les binages qu'après que la rosée a disparu, ou, s’il a plu, qu'après que la terre est suffisamment ressuyée sans cependant être déjà devenue sèche ou durcie.
L'Æclaircissage des plants s'exécute lors du premier ou du deuxième sarclage. Cet arrachage est une opération indispensable, assez délicate quand plusieurs plantes setouchent, et qui demande à être faite avec attention, en appuyant au pied de celles qu’on veut conserver, et tirant les autres sur le côté en les inclinant. Il doit laisser les plants dans les lignes à/8 ou 10 pouces, et même à 5 ou 6 si l’on veut obtenir des racines moyennes.
Le zombre des sarclages et binages d’entretien est difficile à déterminer : on peut dire
qu'il ne faut jamais laisser les mauvaises her-
bes se développer ni la terre se durcir; ces,
operations sont d’ailleurs peu dispendieuses, et permettent de saisir le moment favorable, la houe à cheval étant assez expéditive pour pouvoir biner de 1 1/2 à 2 hectares par jour, lorsque les lignes sont à 27 pouces, et, le sarcloir-Hugues (Tome I, p. 225), abrégeant aussi beaucoup la besogne. —On cesse les binages lorsque les feuilles des betteraves s'étendent assez pour gêner dans le fonctionnement de l'instrument et pour arrêter la croissance des mauvaises herbes. — On ne saurait trop répéter que la belle venue des racines, qui est assurée par de nombreux remuemens de la terre, démontre qu’il n'y a pas de plus fausse économie que celle qui porte sur les travaux d'entretien et de propreté qui viennent de nous occuper.
$ IV.— Récolte, conservation, maladies, produits de la betterave.
Lorsqu'on cultive les betteraves pour la fabrication du sucre, encore plus que lorsque c’est pour la nourriture des bestiaux, il est très-important de bien saisir l’époque convenable pour ez opérer l’arrachage.
MM. Bauprimonr et GRaAR pensent que les betteraves gagnent constamment en terre, jusque dans la saison la plus avancée, aussi bien en grosseur que le jus en densité. Il y aurait donc intérêt à retarder larrachage le plus possible, si la crainte des gelées, la quantité qu’on a de betteraves, la nécessité de faire les semailles d’hiver lorsqu'elles succèdent à ces racines, et encore d’autres considérations, n’obligeaient généralement à faire cette opération du 15 septembre à la fin d'octobre, et, dans les grands établissemens, depuis le 1° septembre jusqu’en décembre. Au reste, en arrachant trop tôt les betteraves, il y a l'inconvénient grave, outre qu’elles ne peuvent plus gagner en grosseur et en qualité, et qu’elles se conservent moins bien, que les racines se flétrissent, se rident,s’amollissent, et que l'extraction du sucre est plus difficile.
L’arrachage des betteraves est exécuté par
des hommes et souvent par des femmes à
l’aide du louchet ou du trident pour celles qui ne sortent point de terre et dans les terres fortes ; il suffit souvent dans les terres légères, et presque toujours pour les racines qui croissent hors de terre, de les tirer par le bas des feuilles. M.pe DomBasLe emploie pour cette opération une charrue qui a été représentée et décrite (4. 418, p. 303 du T.I),et qui rendra de grands services dans les cultures étendues de ces racines, lorsqu'elles sont disposées en lignes. Nous renverrons aux généralités de ce 1°" volume, pour les autres détails de cette opération, et nous nous bornerons à dire qu’on doit autant que possible exécuter l’arrachage par un temps ser, afin que la terre qui adhère aux racines s’en détache facilement.
Le décolletage suit immédiatement l’arrachage; il consiste à couper le collet de la racine, soil d’un seul coup du louchet frappé avec netteté, et après avoir couché les racines sur la terre, soit en prenant la bette-
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rave à la main ei par des coupures successives avec un Couteau ou une serpe. Dans celte opération on enlève aussi l'extrémité des racines et l'excès de terre adhérente : il faut veiller à ce que les ouvriers ne les frappentpas pour cela l’une contre l’autre,comie on Île fait habituellement, et en général ne les heurtent pas rudement, parce qu’il en résulte des contusions qui déterminent la pourriture des racines dans les tas.
Les betteraves arrachées et décolletées sont mises sur le champ en petits monts qui permettent aux voitures de chargement de le parcourir sans écraser de racines; on les charge alors pour les conduire aux lieux de conservation ou directement à la fabrique.
— Lorsqu'on laisse sur le sol les feuilles et les collets, ces matières peuvent équivaloir à un quart de fumure, pourvu qu'on les enterre immédiatement.
L’arrachement des betteraves, ainsi que leur transport en lieu abrité, doivent tou- Jours précéder les gelées; si l’on était surpris à contre-saison par le froid, il vaudrait mieux différer l’arrachage, attendu que les racines se conservent mieux en terre que dehors ; mais si elles étaient déjà arrachées el que l'on ne pûl pas en opérer le transport, 1l faudrait les réunir en tas et les couvrir de leurs feuilles ou bien de paille, etc.
Pour la conservation des betteraves, Yopinion générale prescrivait encore naguère de les arracher à la fin de septembre ou au commencement d'octobre, lorsque le jaunissement des feuilles indiquait la maturité des racines, de les laisser parfaitement ressuyer sur le sol, à l'air et au soleil, avant de les mettre en silos, et cela pendant assez longtemps; enfin, de ne les transporter dans les fosses que par un temps sec. Les fâächeux résultats de cette méthode, devenus évidens en 1830, ouvrirent les yeux des fabricans. Voici sur quels principes MM.BauDrIMONT et GRAR, que nous laisseronis presque toujours parler, font reposer la conservation des betteraves, reconnaissant d’abord qu'il faut les arracher le plus tard possible, et beaucoup moins craindre l'humidité que la sécheresse et la chaleur. La betterave, étantune plante bisannuelle, doit continuer de végéter dans les fosses, et l’on ne doit point s'inquiéter des jeunes feuilles qu’elle produit quelquefois, quoiqu'il y passe une petite partie de sucre, parce que si elle ne poussait pas du tout, ce serait un signe évident de la mort du vegétal. et il s’ensuivrait promptement une altération dans les principes immédiats ou une espèce de fermentation d’abord acide, puis glaireuse dans laquelle le jus devient visqueux, puis enfin putride, d’où il résulterait avec plus ou moins de célérité, selon les causes agissantes, la décomposition et la pourriture. Lorsque la betterave vient d'un champ fortement fumé; lorsqu'elle a été arrachée trop tôt, c’est-à-dire avant la suspension naturelle de la végétation; quand on la rentre où qu'on la laisse sur le champ par un temps chaud, ce qui la fait rider, la rend molle et flasque, on la prédispose à l'altération que nous venons de signaler. Il résulte de ces principes que, dans les précautions à prendre pour la conservation des betteraves,
il est très-essentiel d'éviter toul ce qui peut pon seulement faire mourir la plante, mais encore Jui occasioner des blessures : « Il faut metire la betterave fraiche en fosses et aussitôt son arrachement. sans s'inquiéter qu'elle soit humide ou non; car lessentiel est qu'elle ne recoive pas, de la chaleur du soleil, ce commencement d’altération qui est le germe de la maladie qu’elle emporte dans les conserves; si on ne peut le faire, il faut du moins couvrir les monceaux avec des feuilles, afin d’éviter une partie du mal. Il faut éviter de mettre en fosses les racines trap sèches ou trop humides : trop d'humidité fait pousser, c’est un mal léger; trop de sécheresse, jointaux autres circoustances qui se rencontrent dans les fosses, peut faire mourir et ‘par suite pourrir; on pèche plus souvent par excès de sécheresse que par excès d'humidité. Il faut craindre la chaleur dans les fosses; car en même temps qu'elle favorise la pousse, elle est aussi une cause très-puissante d’altération; l'humidité, au contraire, favorable à la pousse, ne contribue pas à l’altération ; il vaudrait mieux un peu d'humidité et le moins possible de chaleur. On doit travailler aussitôt l’arrachage les betteraves provenant de terrains fortement fumés et conserver celles des champs moins engraissés. Il ne faut pas trop bien nettoyer lesracines destinees à être mises en fosses, parce qu’on leur fait alors des blessures, des contusions, des froissemens qui ont des dangers, tandis que la terre, qui reste adhérente, n’a d'autre inconvénient que de coûter un peu de transport. En résumé, les betteraves que l’on veut conserver doivent être, autant que possible, récollées par un temps froid, ni trop sec, ni trop humide, mais plutôt humide que sec. »
Quant à l’époque la plus favorable pour la rentrée des betteraves, d’après les mêmes principes, elle doit avoir lieu le plus tard possible; cependant la gelée vient mettre un terme à ces retards; mais generalement on ne croit pas avoir assez de jatitude et l’on rentre trop tôt. C’est ainsi que les savans agronomes que nous venons de citer, pensent que des betteraves dont le jus pèse 7 degrés Baumé, peuvent sans danger subir une gelée de 5 à 6° cent. à l’air, et de 6 à 7° en monts couverts ou avant d'être déplantées ; que, par conséquent, on peut différer de rentrer les racines qu’on destine à la conservation, sous le climat de Paris, jusqu’au 22 novembre, époque où, pendant 18 anuées d’observation, il n’a gelé qu'une seule fois à 5° cent. au-dessous de 0° Ils ont constaté que les betteraves exigent un degré de froid d’autant plus intense pour geler, que leur jus a une plus grande densité, et qu'elles sont d'autant moins susceptibles d'être altérées par la gelée ou plutôt par le dégel, que ce dégel s'opère d'une manière moins brusque.
Quant aux détaiis des procédés de conservation des racines, par leur rentrée dans des magasins, des caves, el des silos ou fosses, nous renverrons aux généralités données à ce sujet. (Tome 1, page 328.)
Les betteraves ne paraissent sujettes qu’à un petit nombre de maladies, et ne sont pas non plus attaquées par beaucoup d'insectes. Une