‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 42 sur 467 · LIV. II · texte numérisé non relu

LIV. II

affection assez commune dans quelques parties de la France, quoiqu'inconnue dans le Nord, est désignée sous le nom de pied-chaud; M. »E Domgaseel'attribue aux froids qui surviennent dans les premiers temps de la croissanceet aussiaà la mauvaise qualité du terrain. Le premier symptôme de cette maladie, quise développe toujours avant que les plants aient acquis six feuilles, est la cessalion absolue de la croissance; cependant les feuilles ne paraissent passouffrir, mais,si l’on examine la racine, on la trouve dans le quart, la moilié, les 2

uarts, ou même la totalilé de sa longueur, flétrie, brune et desséchée, sans chevelu ni apparence de vitalité. Les plants attaqués de la sorte périssent souvent ; mais souvent aussi, après 8 ou 15 jours de cette siluation, quelques journées chaudes ou une pluie douce font apparaitre à l'extrémité des racines quelques points blancs, signes certains de guérison. On ne connait pas de remède à celte maladie. — Il existe encore une autre affection qui se reconnait, à l’époque des récoltes, par un trou plus où moins profond, plus ou moins grand, qui se trouve sous le collet des betteraves, et qui forme une sorte de plaie qu'on pourrait considérer comme le résultat d’une consomption produite par des insectes ou des larves; la cause de cette lésion est mal connue. Du reste, elle ne fait pas périr les racines; mais, lors de leur manipulation, on les trouve d’un travail plus difficile et n’offraut qu'un jus d’une qualité inférieure.

Les insectes Les plus redoutables pour la betterave sontles larves des hannetons,ou versblancs; elles l’attaquent surtout lorsqu'elle a déjà pris un certain développement, et par conséquent à une époque où il est presque impossible de repiquer les lieux où les plauts ont été dévorés. Lorsque le ver blanc atlaqueune betterave, on voitses feuilles se flétrir immédiatement : on ne doit jamais balancer à l’arracher aussitôt, afin de détruire ce redoutable ennemi. Pour les moyens préservalifs contre ce fléau, nous renverrons aux généralités (Tome I, page 566 ), et nous dirons seulement que, lors des labours et des sarclages, il ne faut jamais négliger de faire ramasser les vers-blancs que les instrumens mettent à découvert. — MA. BauDRIMONT et Grar signalent un autre insecte très-petit qui se rencontre principalement dans les terres fortes et en bon état de fumure, et qui attaque le jeune plant des betteraves avant qu'il ait acquis six feuilles. Il arrive quelquefois que, dans une pièce très-bien levée et de la plus belle apparence, une partie des plants disparait comme par enchantement; c'est l'indice de la présence de ces insectes. On ne conpait pas de moyens de destruction et pas d'autre remède que de repiquer les places dégarnies, ou bien de semer tard et avec beaucoup de graines; les jeunes plants atteignent alors plus vite les six feuilles avec lesquelles ils sont hors de danger, ou les ravages sont moins sensibles, el malgré la quantité de plants dévorés, il en reste encore suffisamment.

Tels sont les préceptes qui peuvent guider les agriculteurs dans la culture de la betterave. Il nous reste à estimer la valeur en ar-

gent des travaux et des produits ; celle appréciation offre tant de variations en raison des localités, que ce travail ne saurait être consulté qu’à titre de renseignemens ; en effet, tandis que les calculs de M. pe DOMBASLE que nous allons citer, font ressortir le prix de revient des 1000 kilos à 16 fr. 21 cent., et que souvent les fabricans ne les trouvent pas trop chèrement payés à 20 ou 24 fr., il est des contrées où les cultivateurs ne vendent la récolte de l’hectare (graine fournie par le manufacturier) que 100 à 120 francs.

Frais de culture d’un hectare de betteraves, semées en place, d’après M. DE DOMBASLE.

Foyer delaiierre. «2. 1... 60 »

Frais généraux de la ferme, compre-

nant ivtérèt du capital d’exploitation, entretien des instrumens, dépenses de ménage, etc., évalués par heciares 4.124. Le su lee dos Deux labours à 15 fr. (le deuxième pourra souvent être remplacé par une culture à l’extirpateur;. 30 »

Deuxhersages, à 3 fr... 1 6.»

Fumier : vingt-cinq voitures de 6 à 700 kilos, à 5 fr. font 125 fr., dont moitié à la charge de la récolte de betteraves.

Semence, 5 kilos à 2 fr. . . . . 10 »

Rayonnage et semaille au semoir. . 3 »

Premier sarclage à la main, 30 jJournées de femme à 75 cent. . . . 22 Deuxième sarclage et éclaircissement de plants, 20 Journées de ÉPnRe du, 10° 2 binages à la houe à cheval. . . 4 »

Arrachage, décollage et nettoyage des racines, savoir : une journée de 3 chevaux à 2 f. par tête. 6f.»c. 2 hommes pour la charrue 34 25 HARTACHEL EE 2-1 ri 2,2 35 journées de femme pour lenettoyape .24 25 Transport des racines à la ferme, 3 voitures à un cheval, employées pendant une journée, pour la condite de 20,000 Kilos... .… . :! 9,»

Chargement, déchargement et emmagasinage des racines, 8 jour- HÉES HOMME LT... Se 0»

Produits : Dans un sol où le froment donne en moyenne 15 hectolitres par hectare, on doit obtenir un produit moyen de 20,000 kilos de betteraves, ce qui en établit le prix à 16 fr. 21 c. les 1000 kilos. Dans les terrains assez fertiles pour rendre en moyenne 22 hectolitres de froment, on obtiendra, avec peu de frais supplémentaires, un produit de 50,000 kilos.

Quant à la valeur nutritive des betteraves pour l’alimentation des bestiaux, le même savant agronome a trouvé, par des expériences très-précises, que 100 kilos de betteraves Dourrissent autant que 45 kilog.4 de bon foin; l’hectare de terrain médiocre produisant au moins 20,000 kilos de racines, doune donc un équivalent de 9,000 kilos (18 milliers) de bon foin, c’est-à-dire le double environ de ce

DE LA BETTERAVE

qu'on obtient dans d'excellentes prairies. Et, quant au prix, on voit, d’après les calculs cidessus, que, les 1000 kilos de betteraves ne revenant qu'à 16 fr. environ, les 1000 kilos de foin équivalens ne devraient coûter que 36 f. environ, prix qui est ordinairement double.

Si la culture de la betterave n'offre que des pratiques fort simples et généralement

connues, Il n’en est pas de même de l’extrac-

ton du sucre, qui exige des connaissances chimiques, de intelligence et de l'habileté, elenfin des capitaux assez considérables; par conséquent, elle n’est pas à la portée de tous les cultivateurs, mais elle offre aux riches propriétaires un emploi doublement avantageux de leurs capitaux, qui viennent ainsi enrichir et augmenter la valeur des fonds de terre, et introduire dans les assolemens d’immenses améliorations.

Les avantages de la culture de la betterave ne se réparliront sur tous les cultivateurs que quand les fabriques de sucre, au lieu d’être une propriété particulière, seront en quelque sorte un établissement banal créé pour le service d’un certain nombre d’habilans du même canton. En effet, dans l’état actuel des choses, la création d'une fabrique de sucre de betterave exigeune mise de fonds considérable, et, tandis que le propriétaire de ceite fabrique, à moins qu’il n’exploñte par lui-w5ème une immense étendue de terrain, est sous la dépendance des cultivateurs voisins qui peuvent s'entendre pour lui fournir les racines à un prix exorbitant, ceux-ci sont eux-mêmes aussi dans sa dépendance, puisqu'ils ne peuvent vendre leurs betteraves qu’à lui seul, d’où il résulte qu'il y a réciproquement incertitude dans les placemens.— D'une autre part, il est difficile qu’un grand établissement ait une quantité suffisante de bestiaux pour consommer les résidus des betteraves, et il en résuite qu’on est obligé de les donner à vil prix ou de les laisser perdre. — Ces considérations ont engagé la Société d’encouragement pour l’industrie nationale à proposer un prix de 4,000 fr. enfaveur de l 45sociation agricole formée pour l'exploitation d'une fabrique de sucre de betterave, dont le but principal sérait de concourir à l’amélioration de la culture de chaque membre de l'association, en lui fournissant les moyens de nourrir régulièrement un plus grand nombre de bestiaux, et de participer aux avantages de la culture de la betterave et de l'extraction de son sucre, que des moyens borués ne permettraient pas d'entreprendre individuellement. Ce prix a été remporté par l'association de 15 propriétaires, formée à Saint-Clair (Isère), qui a été aussitôt imitée dans le mème département et dans celui de la Drôme par plusieurs établissemens semblables. Faisons des vœux ardens pour voir se répandre une branche d'industrie agricole trèsproductive, el un mode d'exploitation qui fera participer à ses avantages l'universalité des propriétaires et des fermiers, enfin qui étendra l'esprit d'association qui a tant de peine à s'implanter dans le sol français, et qui y exercerail une si heureuse influence!

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