‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 410 sur 467 · DE L'ÉDUCATION DES MOUTONS · texte numérisé non relu

DE L'ÉDUCATION DES MOUTONS

chemens d’eau mortels. On ne doit jamais oublier qu’un mouton en bonne santé boit peu ; c’est presque un signe de maladie de Je voir courir à l’eau avec avidité.

Un troupeau en pays sain, et pendant la belle saison, peut tres-bien se passer de sel ; mais cet assaisonnement est fort nécessaire pendant les mois pluvieux et froids de novembre à avril; il est indispensable dans les pays bas, humides, si contraires au tempérament du mouton; il soutient leur appétit, fortifie leur estomac et le rend plus capable de supporter sans danger la nourriture sèche et les pâturages aqueux des terres froides.

Daubenton considère le sel comme un préservatif de la pourriture : il réchauffe les moutons, dit-il, il leur donne de Ja vigueur, empêche les obstructions, et fait couler les eaux superflues, qui sont la cause de la plupart de leurs maladies. On le distribue das l’auge avec quelque nourriture, ou bien on le fait fondre dans de l’eau pour en arroser le fourrage. Un kilegramme tous les huit jours est suffisant pour 40 moutons.

Tel est le régime ordinaire des moutons; il doit être modifié selon la destination et la naiure spéciale du troupeau.

SECTION 1. — De l'éducation d'un troupeau.

Nous avons établi les conditions qu’on doit s'imposer avant de se livrer à l’éducation des bêtes à laine; nous avons dit comment on devait pourvoir à leur garde, à leur logement, à leur entretien : quiconque se trouvera en position de suivre les règles que nous avons tracées, doit alors rechercher sur quelle race de moutons il portera ses soins.

Ce choix sera déterminé i° par la connaissance des races, de leurs besoins, de leurs produits ; 2° par les principes d'économie rurale développés dans notre 4° volume.

$ I‘r.— Des races.

Nous ne décrirons pas ici les innombrables races de moutons, elles se réduisent toutes à deux genres bien distincts : 1° moutons à laine frisée ; 2° à laine lisse.

Les premiers ont une taille moyenne, une toison tassée à mèches très-ondulées, à brins très-fins ;-leur hygiène exige des pàturages bien sains; les contrées humides leur sont fatales ; ils n’utiliseraient pas convenablement de gras pâturages.

Les seconds ont une toison non tassée, à mèches longues, pendantes, pointues, dont le brin, généralement grossier, peut devenir très-fin dans des variétés perfectionnées ; ils arrivent à une taille élevée ; ils sont essentiellement propres à la boucherie; ils supportent très-bien lhumidité constante de certains climats et ne peuvent prospérer sans une nourriture très-abondante.

Ces deux types existaient et existentencore dans notre patrie ; on les rencontre aux deux extrémités du territoire, en Roussillon et en Flandre. Le territoire intermédiaire est peuplé d’une foule de variélés qui réunissent plus ou moins les qualités de la race de montagne ou de la race de plaine.

Le tableau suivant résume d'une manière suffisante ce qu'il est utile de savoir sur nos moutons indigènes, et nous évile d'en donner une description détaillée.

Picardie. 40 pouc. Taille basse, tête grosse; oreille large et cour-

te.

Flandre. |4 4/2 à 5 pieds de long.

Laine grossière, peu fri-

sée, se rapprochant plutôt deslaines à carde que deslaines à peigne.

Toison à mèches longues, pendantes, poinlues.

510 ANIMAUX DOMESTIQUES : DU MOUTON. LIV. lit, TABLEAU COMPARATIF Des principales variétés de moutons francais avant 1770. VARIÉTÉS.| TAILLE. TOISON. CHAIR. HABITUDES. OBSERVATIONS. Appartenant|Longueur : 30|Fine, tassée; mèche fri-|Pesant 301. nette. | Habitués à voya-| La plus fine des races an-|} au pouces. sée d’un pouce à 4 1/2, ger de la ciennes; on croit qu’elle toussillon. pesant 3 à4l.ensuint. plaine à la s'était alliée avec les|k > montagne mérinos.

comme les Êl moutons .es- :

pagnols.

Languedoc -[Long. 3 pieds : |Peu gracieuse. Pesant 40 à 50 liv.|Les brebishabi-|[Il existait en Languedoc|f Gévaudan.| gros et ra- tuellement plusieurs autres variélés| 8 massé. soumises à la] serapprochantde celles|f traite. du Roussillon et dont\& quelques-unes produi-\Ë saient deux portées par! Ë an. 18 Provence. |30 à 33 pouces. [Toison de 4 1. en suint.|Pesant 30 à 36 liv.|Essentiellement [Chair excellente. Ë La Craux. transhuman- La Camar- tes

gue.

* il Auvergne. [30 pouces. Laine grossière, peu fri-|Pesant 30 liv. Éducation tota-|[Cette variété était un sée, jarreuse, souvent lementnégli-| exemple frappant de la

brune ou noire. gée. dégénérescence à la-

quelle peuvent arriver

les moutons quand |

; l’homme ne leur prodi-

gue plus ses soins.

Poitou et [26 à 30 pouces.|Laine frisée et courte|Pesant 25 liv. Nourrie dansles|Porte rarement des cor- Saintonge, assez fine. terres arables| nes.

Race et les friches. (de plaine.

Race 3 pieds? pouces. [Laine très-inférieure. |Pesant 40 à 50liv.[Nourries dans|Pourrait devenir un bon de maraïs. des pâturages] type de moutons de humides et boucherie.

abondanis.

Berry. 2 pieds 9 po. à 3 [Toison fine, tassée, fri-|Pesant 25 à 30 liv.| Prenant facile-[On soignait assez bien l’épi.; cou alon-| sée, approchant beau- ment bonne! ducation de ces mougé; têle sans coup plus que les pré- chair. tons, qui du resteétaient cornes, lainée| cédentes des laines du habitués à une vie trèssur le sommet] Roussillon. frugale.

jusqu'aux yeux ; museau et pieds bruns.

Sologne. |30 à 33 pouces, | Toison plus courte, plus| Pesant 22 à 25 liv.|Très-sobre. tête fine, me-| fine, mais moins tas-| Chair plus fine nue, cffilée,| sée que la précédente;| dans le Berry. quelquefois mèche torlillée au courte, sou- sommet.

ventsans Cornés.

Ardennes. Se rapprochaïit des deux

races précédentes.

Arriverait probablement à la taille de la race suivante en la soumettant au même régime.

Pesant 60 à 80 liv.

Exige unenourriture abondante et succulente.

Pesant 45365 kil.|Exigeant une|La plus grande des variénourriture a-| tés françaises : son edubondante et| cation serait impossible substantielle, | dans les pays où l’agritelle qu'on la] culture ne pourrait lui trouve dans] fournir une nourriture lesrichespays| aussi abondante lhiver de plaine. que l'été.

L'étude de ces diverses variétés qué possédait la France aurait, un jour ou l’autre, conduit quelqu'homme de génie à reconnaitre qu'il était possible d'amener progressivement le mouton à tel degré de perfectionnement que l’on eût jugé nécessaire. Les deux variétés extrêmes de Roussillon et de Flandre, convenablement dirigées, auraient pu, par ellesmêmes, produire chez nous des types parfaits de moutons à longue laine lisse et de moutons à laine frisée superfine; mais ce but était atteint depuis des siècles en Espagne (quant à la laine frisée) ; et l'on pensa qu'il était plus simple d'introduire une race toute faite que d’en créer une à force de temps. On acheta donc des mérinos que l’on multiplia, négligeant dès lors de pousser les variétés françaises dans une voie progressive, ce qui eût été cependant fort utile pour obtenir des laines lisses. Le succès des mérinos nous fit perdre de vue ce but important vers lequel l'Angleterre dirigea tous ses efforts et qu’elle atteignit bientôt. Aujourd'hui il ne nous reste plus qu'à suivre pour les races de plaines la voie suivie pour les races de montagnes, c’est-à-dire à nous approprier les moutons anglais comme nous nous sommes approprié les moutons espagnols.

C'est en partant de cette idée que nous allons étudier l'éducation des bêtes à laine, l'art de les élever, de les propager, d’en tirer le plus grand produit.

ÉLiZÉE LEFÈVRE.

$ II. — Du mérinos.

Pendant plusieurs siècles l'Espagne posséda seule cette belle race de moutons fins connus sous le nom de mérinos, elle en prohiba toujours sévèrement l'exportation; cependant, en 1723, la Suède; en 1765, la Saxe, en obtinrent un troupeau; la France n’obtint la même faveur que vingt ans plus tard.

Des systèmes divers furent suivis pour la multiplication ou plutôt pour l’éducation de ces animaux précieux. Les éleveurs saxons s’attachèrent uniquement à la production d'une laine sans égale pour la finesse, et atteigoirent ce but en négligeant toutes les autres qualités des mérinos ; ils sacrifièrent à la finesse, la force, l’élasticité, l'abondance de la jaine; ils comptèrent pour rien la taille des animaux, leur bonne construction et leur produit comme bête de boucherie; néanmoins ils s’'acquirent une juste célébrité, puisque nulle laine ne pouvait entrer en concurrence avec la leur pour la confection de certaines étoffes.

Ailleurs, en France par exemple, des éleveurs tombèrent dans l’extrême opposé, en cherchant à éleverlataille sans presquesonger à la toison ; ce système était déplorable ; c'était l’abätardissement des mérinos, la destruction sans aucun but utile d’un perfectionnement qu'il avait fallu des siècles pour atteindre.

D’autres, se méprenant un peu moins sur l'usage des mérinos, crurent obtenir assez d'avantages en produisant des toisons beaucoup plus pesantes qu'aucune toison indigène, et ne firent aucun effort pour maintenir la finesse des bêles espagnoles; c’était encore

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