‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 413 sur 467 · LIV. II · texte numérisé non relu

LIV. II

tretenir en tous lieux des mérinos purs.

D’après l’examen attentif de cet historique, on ne peut nullement douter que le troupeau de Rambouillet n’ait eu une influence immense Sur la prospérité de l'agriculture française ; 11 a été surtout la source et le puissant véhicule de l'amélioration de nos laines dont il a fait augmenter prodigieusement la production dans toute l'étendue du pays. La pureté de la race espagnole s’est conservée à Rambouillet sans la moindre altération; ce troupeau est le type des merinos français dont les laines ont acquis des qualités que les fabricans apprécient aujourd’hui, et qui les font préférer, sous beaucoup de rapports, aux laines superfines étrangères. Comme point central de lindustrie des mérinos, et pour fournir des étalons du premier mérite, et encore comme moyen de rectification des différens systèmes d'éducation des bêtes à laine fire, le troupeau de Rambouillet sera longtemps encore d’une utilité indispensable à la conservation de cette industrie, tant qu'il continuera d’être le troupeau-modèle réunissant la finesse de la laine à la forte structure des animaux.

BourGEotis , de Rambouillet.

Le mérinos d'Espagne (/g. 299 ) est d’une

Fig. 299.

taille moyenne; sa longueur est d’un mètre environ ; sa hauteur, de 55 à 68 centimètres ; son poids, de 30 à 40 kilog. Ces dimensions peuvent augmenter ou diminuer selon ie régime auquel on le soumet.

Le corps du mérinos est assez court et trapu, bas sur pattes, le dos plat, la face large et non busquée ; sa peau est quelquefois plissée en forme de collier autour du cou. Les beliers ont les testicules gros, pendans et séparés au milieu par un corden très-prononcé.

Lorsqu'ils portent des cornes, elles sont épaisses, larges, coniournées,en spirale.

Cette espèce de moutons est moins vive, moins précoce, plus lente à se développer, et d’une charpente osseuse plus forte que nos espèces communes : mais C’est surtout par la toison qu'ellese distingue ets’éloigne le plus de toutes les autres races des bêtes à laine. Tout le corps de l’animal est quelquefois couvert de laine, sauf les aisselles, le plat des cuisses et le bout de la face. Sale et noirâtre à l’extérieur. la toison semble n'être composée que d’une seule pièce, elle ne s'ouvre pas quand la bête est en mouvement : à l’intérieur elle est composée de mèches blanches, épaisses, ondulées, à brins très-fins, très-élastiques. en-

duits d’un suint fort abondant, rarement jarreuses : elle réunit toutes les qualités énumérées au chapitre des laines, tom. IL Dans l’état actuel de l’agriculture française, le mérinos peut être considéré comine l'espèce Ja plus productive des bêtes à laine ; il demande aussi plus de soins, sa direction exige plus d’habileté: nous l’étudierons dans toutes les phases de son existence; nous comparerons

les deux systèmes suivis en France pour son

perfectionnement (le système de Rambouillet et le système de Naz); nous examinerons comment on peut utiliser ses qualités actuelles par la reproduction de la race pure ou par le métissage : nous chercherons enfin à évaluer ses produits et à reconnaître dans quelles circonstances son éducation est plus ou moins avantageuse que l’éducation d’une autre race.

SECTION I. — De la reproduction.

SI°".— Choix des animaux reproducteurs.

Plus est grand le degré de perfection atteint par une race, plus notre attention doit être sévère pour éloigner les causes nombreuses qui tendent sans cesse à faire redescendre cette race dans l’état de nature; entre toutes ces causes, la reproduction libre, abandonnée au seul instinct des animaux, suffirait pour détruire en peu d'années nos travaux de plusieurs siècles.

Les bêtes à laine n’ayantacquis les qualités qui nous les rendent précieuses que par les soirs de l’homme, ne les conservant que sous notre surveillance, ne peuvent non plus les perpétueretles transmettre à leur progéniture que par notre intervention directe.

Un propriétaire de merimos doit donc se regarder comme obligé de surveiller lui-même attentivement la reproduction de son troupeau, sous peine de le voir dégéniérer avec ra-

idité et retomber promptement au rang des

êtes communes. Chaque‘animal mâle ou femelle sera soumis à un examen scrupuleux et ne devra être admis à l’accouplement que s’il réunit les conditions d’âge, de santé, de conformationet de lainage jugées nécessaires.

L'âge auquel on livre les brebis et les béliers à la reproduction influe beaucoup sur eux-mêmes et sur leurs extraits : sur eux, en usant leurs forces et en abrégeant leur vie; sur leurs extraits, en ce que les forces de la mère n'étant point suffisamment développées ou se trouvant épuisées par la vieillesse, ils ne recoivent point d’elle une nourriture suffisante avant ou après leur naissance et restent chétifs tout le temps de leur existence. Quand les mérinos étaient encore très-rares en France, certains éleveurs qui trouvaient un énorme profit dans la vente des agneaux, faisaient saillir leurs bêtes à tout âge et s’inquiétaient peu de l’abâtardissement qui enrésultait; d’autres, dans un but plus louable, relardaient au contraire la première monte afin d'obtenir des agneaux plus forts et plus beaux: ces deux extrêmes nuirajient aujourd'hui au producteur; le terme moyen est le plus con-

venable, À dix-huit mois, la brebis, qui a tou-.

jours été bien nourrie, est capable de concevoir un agneau vigoureux et de l’allaiter suf-

DE LA REPRODUCTION

fisamment au moment de sa naissance: il serait peu sage de la forcer à attendre le mâle un an de plus, car on perdrait ainsi tout au moins les intérêts d’un an sur la valeur des agneaux. Il n’en est pas ainsi du bélier, on fera bien d'attendre qu'il ait pris tout son développement avant de lemployer; 3 à 4 ans paraissent l’âge convenable pour le livrer à la lutte de la manière la plus profitable. Quoique la race mérinos supporte facilement un âge plus avancé que nos variétés communes et conserve plus longtemps ses facultés reproductives, 1l est avantageux de ne point leur laisser atteindre la vieiilesse pour les réformer et de les mettre à profit comme bêtes de boucherie avant que leur chair ait perdn sæ valeur. À moins donc qu’un animal n’offre des qualités extraordinaires et ne soit d’un très-grand prix pour la reproduclion, nous ferons bien de ne plus l’admetire à la lutte quand il aura terminé sa 6° année.

La santé nécessaire chez tous les animaux domestiques destinés à la propagation de leur espèce, doit être plus rigoureusement examinée quand il s’agit de bêtes aussi délicates que les moutons. Le bélier en bonne santé marche la tête haute, mange avec appétit, a l'œil vif et monire de l’ærdeur quand les brebis sont en rut; méfiez-vous de ses qualités, s’il ne s’avance point à la tête du troupeau, s’il reste couché à votre approche et ne secoue pas vigoureusement la cuisse pour échapper à la main qui le retient; la valeur prolifique de ce bélier doit être mise en doute, sa sauté n’est pas même bien certaine, Pour s’en assurer, quand le berger a saisi l’animal par la patte, il le prend entre ses jambes comme s’il voulait le monter, lui passe une main sous la ganache et soulève ses paupières de façon à découvrir le: globe de l’œil pour l’'examiner attentivement: dans les bêtes malades, les veines de l'œil, les caroneules lacrymales et la surface intérieure des paupières sont d’un rouge pâle et presque décolorées; daws les bêtes bien portantes, au contraire, les mêmes parties sont d’un rouge vif sans être enflammées, et l’œil entier est brillant et animé au lieu d’être terne et languissant; la bouche indique aussi la santé ou la maladie selon que les lèvres sont pâles ou colorées ; l'odeur de l’haleine quand elle est mauvaise; les naseaux quand ils sont remplis de mucosités ; la laine quand elle se détache sans effort, sont également des symptômes d’un état maladif.

La brebis, comme le bélier, devra réunir tous les traits caractéristiques d’une aptitude certaine à la reproduction : de gros testicules pour le mâle; un vaste bassin pour la femelle, une poitrine large, des reins solides, etc., tous caractères dont la valeur à été suffisamment démontrée dans les chapitres précédens.

Le lainage, étant la source principale des produits du mérinos, mérite la plus sérieuse attention, principalement en ce qui concerne le bélier. Nous ne reviendrons point ici sur ce qui a étédit de la laine etdes toisons fines dans le chapitre v, tom. III, de cet ouvrage : nous insisterons seulement sur cepoint, que lemäle à préférer sera celui qui unira la plus grande finesse à la plus grande quantité de laine. Si l’on ne doit point sacrifier la qualité à la quantité, on ne doit pas non plus sacrifier la quan-

tité à la finesse :c’est un juste milieuqu'il est difficile d'atteindre; mais il ne faut point en sortir quand on yest arrivé, et par conséquent toute bête qui pourrait modifier le lainage que l’on veut conserver sera éloignée de la reproduction. On ne se contentera donc point d'étudier toutes les parties de la toison d’un bélier pour s'assurer que sa laine est exempte de Jarre, qu’elle est fine, nerveuse, moelleuse, égale, etc.; mais on exigera en outre que l’ensemble de Ja toison soit satisfaisant sous le rapport du tassé et de la longueur, d’où résulte la quantité. La taille de l’animal est aussi à considérer, d’abord quant à la toison dont le poids augmente avec la grandeur du corps ; ensuite quant à la valeur du corps en lui-même qu'il pe faut pas dédaigner. Quoique le mouton de race fine soit avant tout une bête à laine, 1l n’en est pas moins une bête de boucherie ; et le troupeau le plus productif sera toujours celui qui réunira ces deux qualités aù plus haut degré possible. Le bélier, à ce que l’on croit, influe plus spécialement sur la toison de l'agneau, tandis que l'influence de la brebis se fait sentir davantage sur les formes du corps, sur la taille, sur la disposition à la graisse : ce sera donc de ce côté que l'on repoussera plus sévèrement les défauts de construction, de force, de grandeur dont la transmission pourrait dégrader le troupeau et diminuer sa valeur chez le boucher. Toutefois cette considération est secondaire, et notre pensée doit être entendue dans ce sens que, de deux brebis égales quant aux qualités de la laine, la plus fortement construite sera préférée pour la monte.

En se conformant rigoureusement aux règles que nous venons de tracer, on sera sûr de maintenir dans un troupeau de mérinos les qualités qui le rendent précieux : la santé, la vigueur, la finesse et le poids de la toison, voilà ce que l’on doit trouver réuni à un haut degré dans les animaux reproducteurs, sans se préoccuper de certaines formes, de certaines apparences extérieures que la mode aurait pu consacrer, mais qui n'ont aucune valeur intrinsèque. I! faut bien se garder d'’imiter ceséleveurs qui veulent à toute force des fanons, des colliers, des toupets, des cornes de telle facon ou point de cornes ; ces fantaisies peuvent devenir ruineuses quand on les met au-dessus des qualités utiles.

Les fanons que portent souvent les mérinos, même en Espagne, ont été prisés longtemps à un haut prix, comme ornement et comme augmentant je poids de la toison : comme ornement, nous n'en dirons rien, cela dépend des goûts; quant au poids, cela est possible, mais non pas sûr, et si cet avantage existe, il est ordinairement compensé par une infériorité marquée dans la finesse de la laine; de bons juges en cette matière ont observé que, dans les animaux à colliers et à fanons, la peau plissée sur le cou était plus épaisse que lorsqu'il n'existait point de fanon, et que de là dérivait nécessairement moins de finesse dans le brin de laine : l'observation est trèsfondée en général, et quoique le contraire se soit vu dans queiques béliers, il est prudent d'éviter les fanons plutôt que de chercher à les propager. Les cornes ont eu aussi de chauds défenseurs qui les ont prônées non-seulement

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