‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 414 sur 467 · LIV. ti · texte numérisé non relu

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comme un bel ornement, maisencore comme un signe certain de la vertu prolifique du bélier ; leurs détracteurs ont dit, au contraire, qu'elles étaient nuisibles parce qu’elles tenaient au râtelier une place inutile, parce qu'elles blessaient les. autres bêtes du troupeau, et surtout parce qu'elles annoncçaient une vigueur extraordinaire dans le système cutané, c'est-à-dire, une tendance à l’épaississement de la peau : assertions hasardées de part et d'autre qui ne feront pencher la balance pour ou contre que lorsqu'il sera démontré que les béliers sans cornes ont moins de vigueur, ou que ceux armés de cornes produisent une laine moins précieuse,

$ 1I.— De ia monte.

Il semblerait, au premier aspect, que l’époque de la monte ne peut être mise en question et que la nature a pris soin de nous l'indiquer en excitant constamment le rut des brebis dans une saison déterminée: mais les lois de la nature ne sont point une raison suffisante quand il s’agit d'animaux qui n’existent plus que d'une manière tout artificielle; il n’est pour eux de lois obligatoires que celles de notre intérêt :lasatisfaction de leurs instincts même les plus forts, doit être complétement subordonnée à cette règle suprême.

Toutes les brebis d’un troupeau ne demandent pas le bélier précisément à la même époque ; si on laissait agir la nature, il en résulterait que Je part se prolongerait pendant plusieurs mois et que la troupe d’agneaux serait composée d'individus très-differens en âge et en force; or, il est bien reconnu depuis longtemps que ce résultat présente de trèsgraves inconvéniens pour l’élève des mérinos. Dès 1801, Pictet de Genève s’expliquait ainsi qu'il suit sur ce sujet: « J’ai fait, disait-il, sur les brebis nourrices une observation qui ne s'est jamais démentie, c'est qu’elles ne sont point jalouses de leur lait comme le sont les brebis de race commune: pourvu que leur agneau tette d'un côté, elles abandonnent l’autre au premier agneau qui veut s'emparer de la place. L'instinct des agneaux mérinôs les porte à téter labrebis qui se trouve à leur portée, mais seulement pour suppléer à lallaitement de leur mère: ils commencent toujours par celle-ci, qui ne peut point leur fournir assez de lait, parce que les mamelles de toutes les mères du troupeau sont en commun entre tous les agneaux. On voit par là combien il importe que les agneaux soient tous à peu près de même force; parce que les plus forts étant toujours les premiers à s’emparer d’une place vacante, et passant successivement à 3 ou 4 brebis, affament les ‘plus faibles. Pour obtenir cette égalité de force, il faut donner le bélier à toutes les brebis dans le même temps, autant que cela est possible ; ce temps ne doit durer qu'un mois.»

Faire saillir toutes les brebis dans le même mots, voilà donc la première règle delamonte. Pour que l’exécution en soit possible, il est nécessaire de tenir les béliers séparés des brebis: souvent cn se contente de leur mettre un tablier, qui s'oppose à la copulation ; cet obstacle est suffisant lorsque les femelles ne sont point encore en chaleur; mais dès que

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le rut a commencé, il est plus convenable d’établir une séparation complète, de peur que les mäles excités par l’ardeur des brebis ne perdent en vaines tentatives une partie des forces qui vont leur être si nécessaires.

La chaleur des brebis mérinos commence à se manifester pendant le mois de juillet; dans le midi cette époque a été reconnue la plus favorable, et l’on n’a point cherché à la changer: dans le nord, au contraire, quelques éleveurs ont pensé qu'il était désavanltageux que le part eût lieu pendant l'hiver; ils ont pensé que les froids de cette saison seraient fächeux pour les agneaux, et que les frais de nourriture seraient beaucoup trop considérables; aussi ont-ils conseillé de retarder la monte de plusieurs mois. Voulez-vous, dit l’un d’entre eux, ne pas courir les risques que les rigueurs de l’hiver occasionnent ? Voulez-vous diminuer votre dépense en fourrages dans cette saison, entretenir vos brebis en bonne santé, et pouvoir les hiverner un peu durement sans danger ? Voulez-vousenfin épargner une infinité de soins à vos bergers, et obtenir un grand nombre d’agneaux beaux et forts, sans perdre et ruiner leurs mères ? n’accordez les brebis aux béliers qu’en novembre ou plutôt en octobre. Vos agneaux, qui viendront au monde 5 mois après, ne naitront qu'en mars, et vous Jouirez de tous les avantages que j'ai mentionnés. Nous devons dire que ces raisons ne nous semblent pas suffisantes pour changer l’ordre naturel des choses et qu'il y a au contraire des motifs puissans pour établir la lutte aussitôt que le troupeau s’y trouve disposé. L’épargne des fourrages que l’on ferait, en hivernant durement les brebis portières, serait une économie bien mal placée et qui aurait pour suite certaine le dépérissement des mères et de leurs vetits : non-seulement on n’obtiendrait pas de ne agneaux de ces brebis durement hivernées, mais encore on risquerait-de n’en pas conserver beaucoup; et ces bêtes chétives exigeraient des soins plus assidus et plus difficiles que n’en demandent les agneaux d'hiver dont les mères ont reçu une bonne nourriture pendant la gestalion. Dans une ferme bien tenue (et ce n’est que dans une telle ferme que nous conseillerons l’éducation des merinos) les portières ne manqueront jamais de nourriture en décembre, janvier, fevrier ; ce sont les mois de grande abondance en racines de toute espèce si propres à augmenter le lait, en bons fourrages de regains si convenables aux agneaux : mais quand vient mars, les racines sont presque épuisées, elles germent ou pourrissent; les regains se détériorent; toutes les provisions diminuent -à vue d'œil, quoique l'herbe ne pousse point encore dans les champs : que deviendraient les agneaux à ce moment s'ils n'avaient déjà pris des forces pour résister ? Citons ençore l’opinion de Pictet qui appuyait son avis sur des expériences Convaincantes : « Il arrive assez fréquemment, dit-il, quesi l’on laisse passer les premières chaleurs, pour ne donner le bélier qu'à la seconde ou à la troisième fois que la brebis le demande, elle ne retient pas ou ne porte qu'un agneau faible. J’ai éprouvé d’une manière marquée l'avantage que conservent les animaux provenant des accouplemens qui

DE LA REPRODUCTION

ont eu lieu dans les premières chaleurs de la brebis, sur ceux provenant des accouplemens retardés; non-seulement parmi les agneaux purs la différence a été très-marquée, mais les métis nés au commencement de décembre ont conservé un avantage étonnant sur les purs qui sont nés 1 ou 2 mois plus tard. »

Les bergers les plus observateurs ont l'habitude de dire que les tärdillons ne valent Jamais rien, el 1l$ attribuent leur infériorité constante 1° à ce qu’ils paissent de l’herbe qui n’est pas encore müre avant que leur estomac ait été fortifié par l’âge ; 2°à ce queleurs organes ne peuvent résister aux chaleurs de l'été : quelle qu’en soit la cause, le fait est vrai.

Préférer la monte précoce à la monte tardive, voilà notre seconde règle. Nous avons dit plus haut que l’on devait tenir les béliers séparés des brebis, pour éviter chez les premiers une excitalion fatigante et nuisible; ajoutons que cette séparation est en outre nécessaire afin de soumettre les béliers à un régime fortifiant et d'augmenter leur vigueur dans la solitude. Partout les éleveurs judicieux ont recommandé de donner aux béliers non-seulement pendant la monte, mais plusieurs semaines auparavant, une nourriture substantielle qui donne du ton à tous les organes sans charger l'estomac: des provendes de grain, de l’avoine, des pois, de l’orge cassée, du son gras, sont éminemment propres au but que l’on se propose. Il ne faut pas que l'animal devienne gras et s’allourdisse, mais il doit être en bonne chair afin de n’être point trop promptement épuisé par la rude besogne qu'il aura à remplir. Dès qu’il sera admis près des brebis, il ne pensera plus guère à manger ; tout son temps sera employé à des luttes violentes contre ses rivaux ou à des travaux plus fatigans encore, et les pertes continuelles de l’accouplement l’auraient bientôt réduit à une extrême faiblesse s’il n'avait fait d'avance une provision de force et de nourriture. Quant aux moyens employés pour exciter l’ardeur des mâles et des femelles, on doit les proscrire : l'usage du sel peut être seul conseillé, non pas comme excitant, mais COmme moyen de prévenir les mauvaises digestions et la perte d’appétit que l'épuisement des béliers pourrait faire redouter.

Ainsi préparés, les béliers peuvent être livrés à la lutte simultanément ou alternativement; ce dernier mode semble plus convenable. Lorqu'on lance plusieurs mâles à Ja fois au milieu d’un troupeau de femelles, l’accouplement est à chaque instant interrompu par des combats souvent dangereux et certainement nuisibles; les mâles ne prennent point un instant de repos; ils s'affaiblissent et rendent moins de services réels qu'ils ne pourraient en rendre si l’accouplement faisait leur unique occupation.

Pour éviter cet inconvénient, il est des fermiers qui tiennent leurs béliers entièrement éloignés des brebis pendant le jour et qui ne les mélent au troupeau que pendant la nuit; au milieu des ténèbres la lutte se poursuit paisiblement; les mâles, ne se voyant pas l’un l’autre, ne sont point tourmentés par la Jalousie, ne se poursuivent pas et s’abandonnent tout entiers à la reproduction; mais la journee se trouve ainsi perdue pour les brebis, la

chaleur de queiques bètes peut se passer sans avoir été satisfaite, la monte enfin ne s’exécute pas avec la rapidité désirable; c’est pourquoi l’on préfère dans les grands troupeaux le modealternatif, et voicicomme on l’exécute. On divise la bergerie ou le parc en autant de compartimens que l’on a de paires de béliers, et dans ces divisions on distribue les brebis également, puis dans chacune on introduit un bélier qu’on y laisse un jour seulement, alors on le remplace par un autre qui est remplacé à son tour après avoir fait sa journée, de sorte que chacun d’eux agit constamment seul, sans rival, et se présente toujours à la lutte avec des forces nouvelles. De cette façon les brebis trouvent sans cesse près d’ellesun mâle plein d’ardeur, et la santé des béliers se soutient bien mieux qu’en suivant toute autre méthode.

Préparer les béliers et les livrer alternativement à la lutte, telle est notre 3° règle.

Ne pas faire servir à chaque bélier plus de 40 à 50 brebis, voilà la dernière règle, et cellelà n’a pas besoin de développemens. Si l’on a parfois donné 100 et 150 brebis à un seul mâle, c’est qu’on y était pour ainsi dire forcé par la disette des béliers, et cela ne s’est fait que lors de l'introduction des mérinos ; aujourd’hui ce motif n'existe plus, il faut suivre fes règles que laraison nousindique.Lorsqu’on surcharge un bélier de brebis, les agneaux qui en proviennent manquent de qualité et de force, beaucoup de brebis n’engendrent pas, et l’on détériore en une seule monte la santé d’un mâle qui aurait duré plusieurs années si l’on n’en avait pas mésusé.

Quelle qu’ait été la préparation donnée aux béliersavant la monte, et quoique l’on ait pris soin de les nourrir convenablement pendant sa durée, ils ne supportent jamais cette épreuve sans faiblir d’une manière très-sensible : leur regard perd son ardeur, leur démarche annonce l’épuisement, leurs muscles sont détendus, la fermeté des testicules a disparu; on voit qu'il est temps de mettre un terme à ce train de vie et qu'une nouvelle séparation est devenue nécessaire pour rétablir leur force et leur santé. De bonnes provendes les auront bientôt rétablis, et alors tous les soins devront être dirigés sur les brebis qui portent en elles l’espoir du troupeau. Pendant la période de la gestation, la santé des mères a besoin d’être attentivement surveillée; le plus léger accident peut jeter la perturbation dans le développement du fœtus. C’est surtout dans cette circonstance que l’on peut apprendre le prix d’un berger éclairé et soigneux.

SECTION 1v. — De la gestation, de l'agnellement et du sevrage.

Les soins que demande la brebis pendant la gestation ont.tous pour but d’amenér à bon terme un agneau en bon état et de préparer la mère à lallaitement qui sera nécessaire pour élever son petit : on doit éluigner tous les accidens qui lui causeraicnt une émotion un peu vive et veiller à ce que le régime qu'on lui fait suivre ne s’oppose point au résultat que l’on espère.

La timidité naturelle de la brebis s’augmente encore après la conception et devient tellement grande que tout pour elle est cause d’épouvante; elle fait alors, pour fuir, des efforts qui peuvent

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