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dre le fourrage dans les râteliers avec assez de soins pour qu’il n’en tumbe aucune parcelle sur la toison des jeunes animaux, car les agneaux qui ne trouveraient point promptement place au râtelier ramasseraient les parcelles de foiu qu’ils apercevraient sur leurs voisins et risqueraient d’avaler avec leur nourriture des brins de laine, ce qui ne tarderait point à former dans leurs estomacs le noyau d’égragropile dangereuse (voir le chapitre sur les maladies). C’est par la même raison qu’il est fort sage de tondre ou plutôt d’arracher la laine qui garnit quelquefois la mamelle des brebis au moment où lallaitement commence.
Nous venons de parcourir les phases diverses de l'élève du mérinos dès ayant sa conception jusqu'au moment où il peut entrer parmi les bêtes composant le reste du troupeau; les règles que nous avons tracées peuvent s'appliquer à toutes les races répandues sur notre territoire, seulement elles peuvent être suivies d'une maniere moips rigoureuse pour les variétés moins précieuses que celles qui nous occupent, et qui, du reste, sont d’une nature moins délicate et d’un tempérament mieux approprié à notre sol.
Nous ne parierons point ici de la castration ni de la clavelisation. (Voir article chirurgie.)
SECTION V. — Du métissage. — Troupeau de progression.
Tous les cultivateurs ne se trouvent point convenablement placés pour S’adonner à l’éducation des mérinos purs, ils n’ont pas tous à leur disposition un local convenable pour les loger, des päturages appropriés à leur nature, et encore moins le capital considérable qu’exige l’achat de ces bêtes précieuses ; mais presque tous sont en position d'améliorer, d'augmenter considérablement la valeur des bêtes communes qu’ils possèdent, en les soumettant au métissage.
L'éducation des métis ne demande ni les mêmes avances , ni des soins aussi minutieux, ni un sol aussi sain que celui qu’exigent impérieusement les mérinos. Les agneaux qui proviennent de l'union d’une bête fine et d’une bête commune, tout en acquérant une partie des qualités de leur père, conservent la force de tempérament de leur mère, et supportent presque aussi bien qu'elle les privations au milieu desquelles ne pourrait même subsister un troupeau de race pure.
On a développé dans un autre lieu de cet ouvrage les règles qui doivent présider à ce crûsement ; nous n’en reparlerons point ici,et nous dirons seulement qu’il n’est point de race en France, sauf peut être la grande variété flamande, qui ne puisse profiter de son alliance avec les mérinos. Des expériences nombreuses répétées sur tout le territoire, surtout depuis Pannée 1800, ont appris que les métis bien dirigés arrivaient fréquemment après la quatrième génération à un degré de perfection telle qu’il devient impossible de les distinguer des mérinos; mais en alliant entre eux ces animaux perfectionnés, on doit craindre sans cesse que le type maternel de la brebis commune ne reprenne le dessus aux dépens des qualités du père. On w’évite ce danger qu’en éloignant constamment de la reproduction les béliers métis et en ayant soin de renouveler constamment les étalons de pur sang, sur qui l’on peut compter.
Le cultivateur qui se laisserait séduire par la facilité du métissage et par ses prompts résultats et qui concevrait l’espoir de pouvoir par ce moyen entretenir un troupeau de prix sans être obligé de renouveler sans cesse l’achat de béliers reproducteurs, courrait le risque de voir tout d’un coup ses espérances déçues par la tendance que conservent ces animaux à redescendre sans cesse vers le type maternel. Ce n’est point que nous regardions comme une chose impossible de parvenir à fixer dans une race quelconque les caractères d'une autre race au moyen du croisement, mais nous
voulons seulement dire que l’opération est douteuse en ce sens qu’on ne peut calculer le temps nécessaire pour arriver au but, que l’on ne sait jamais si l’on y est arrivé, et que par conséquent il serait imprudent d'employer des mâles qui, malgré toutes les apparences extérieures , conservent peut-être encore en eux quelques germes Ccommuns tout prêts à se produire au jour par la reproduction. “ 11 résulterait de ce que nous venons de dire que les fermiers qui n’auraient point de fonds suffisans pour acheter tout d’un coup des animaux mâles et femelles de pur sang ne pourraient jamais se former une bergerie fine sans s’astreindre à des achats continuellement répétés de béliers choisis dans un autre troupeau que le leur, et que malgré ce sacrifice, quand viendrait le moment de se défaire de leur troupeau, ils n’en tireraient qu’un faible parti. Cette question a été examinée soi-
gneusement par M. Morel de Vindé, qui a cherché !
à lui donner une autre solution beaucoup plus avantageuse aux cultivateurs peu aisés.
Le métis, selon cet agronome, ne doit être qu’un moyen, qu’une transition pour arriver au troupeau entièrement pur d’origine et n'ayant jamais eu aucune partie de sang mêlé. Cette métamorphose complète doit s’opérer aux conditions suivantes : 1° ne pas exiger un déboursé plus grand que pour le métissage simple; 2° ne pas demander plus de temps pour se réaliser en entier qu’il n’en faudrait aux cultivateurs pour pousser ces croisemens à la cinquième génération, 3° enfin, augmenter tout de suite et progressivement d’abord sa rente de laine et de vente de bête, puis son capital dans une proportion immense.
« Ces avantages, dit-il, résulteront de l’adoption du troupeau de progression. Je nomme ainsi un troupeau composé d’abord d’un petit nombre de bêtes pures répandues sans autre soin qu'une marque particulière dans le troupeau, d’abordcommun, puis métis, s’agrandissant successivement de ses propres produits, bannissant du troupeau à mesure qu’il s’agrandit les bêtes métis qu’il remplace, et finissant au bout d’un nombre d'années quelconque, par envahir tout le troupeau et par y rester seul. »
La différence du troupeau métis et du troupeau de progression consistera donc en cela, que dans le troupeau métis il existera seulement des béliers purs, tandis que le troupeau de progression aura à la fois des béliers et des brebis mérinos qui, tout en exécutant d’abord le métissage, formeront le noyau d'un troupeau de pur sang, lequel s’accroïtra indéfiniment. Quant au temps nécessaire pour arriver à ce résultat, M. Morel de Vindé démontre d’une manière évidente qu'il ne sera pas plus long que letempsnécessaire pour obtenir tout métis de la cinquième génération. Le tableau page 522 prouve en effet qu’il faut 13 années révolues pour parvenir à changer la totalité d’un troupeau commun en métis de cinquième génération.
Dans le cours de ces 13 années le cultivateur a été obligé de renouveler au moins trois fois ses béliers, n'ayant jamais pu, ni dû les prendre sur luinême ; il a donc en réalité acheté successivement 18béliers pour former son métissage : or, avec une somme égale, il eüt pu acheter tout à la fois 6 béliers et 12 brebis dont il eût formé un troupeau de progression qui, dès la onzième année, l'aurait rendu propriétaire d'autant d'animaux pur sany, que le premier procédé lui a donné de métis (/ableau 2,page 523).
Ces deux tableaux démontrent l’infériorité du