‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 422 sur 467 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

» rière dans la situation où les apercevrait un » homme qui tiendrait un animal entre ses jambes ; » les chiffres placés dans la figure première, près » des diverses parties de chaque oreille, indiquent » le nombre qu’exprime chaque entaille faite à » cette place : ainsi, si les deux entailles se trou- » vent à la pointe de l'oreille gauche, cela veut » dire deux fois trois six; sile bord interne de » l'oreille droite est entaillé trois fois, c’est que » l’on a voulu exprimer 90 ou 3 fois 30, etc. Lors- » qu'on veut lire un numéro, on commence par » les nombres les plus élevés, c'est-à-dire par le » bord extérieur de Poreille droite; la figure » deuxième présente un exemple de ce mode de nu- » mérotage, et si l’on a bien compris ce que je viens » de dire, on y lira le numéro 796. Chaque année » on reprend une nouvelle série de numéros, et on » distingue les bêtes nées à chaque agnelage, par » une marque particulière, par un ou plusieurs » trous pratiqués au milieu de l'oreille avec un » emporte-pièce. À chaque agnelage on dresse un » tableau particulier des naissances : la première » colonne indique la date ; la deuxième le numéro » de la mère ; la troisième le sexe. Celle-ci est di- » visée en deux parties, l’une pour les mâles et l’au- » tre pour les femelles ; et l’on inscrit dans cha- » cune le numéro que l’on donne au nouveau-né,

» À chaque tonte on prend sur chaque bête de » la bergerie trois échantillons de laine, l’un au » haut de l'épaule, le second un peu au-dessous du » plat de la cuisse, et le troisième au toupet. Ces » trois mèches sont fixées dans le même ordre à » une carte d’échantillon sur laquelle est inscrit : » 1° le numéro de la bête, 2° le poids de la toison » au moment de la tonte, 3° l’animal et son poids » en vie; de façon que tous les élémens sort réu- » nis pour juger d'un coup d’œil la valeur d’ure » bête.

» Il est tenu en outre un registre contenant ces » divers renseignemens, avec des notes sur la » santé de tous les individus, et des observations » sur leur sortie de ia bergerie, soit par la mort, » soit par la vente. »

C’est à l’aide de cet ordre établi par M. de Dombasle dans sa bergerie, de cette espèce d'état civil, comme il l'appelle, que l’on peut éclairer sa route ; reconnaître si l’on a suivi la bonne voie ou si l'on s’est fourvoyé. M a)

L'amélioration la plus facile se produit à l’aide du métissage dont nous avons déjà parlé plus haut. Daubenton est le premier agronome qui en ait fait sentir l'importance, surtout en ce qui concerne l'amélioration de la toison. $

« Mes expériences, dit-il, ont produit deux effets, » l’un a été de faire disparaître le jarre, et l’autre » de rendre la laine plus fine. En faisant accoupler » des brebis à laine jarreuse avec des béliers à » laine fine, j'ai vu le jarre disparaître presque en » entier dès la première génération, ou, au plus » tard, à la seconde, et il n’en est resté qu’autant » qu'il s’en trouve dans les laines que l’on ne duit » pas considérer comme jarreuses... | \

» Lorsque j'ai fait accoupler des brebis à laine » jarreuse avec des béliers à laine fine, non-seule- » ment le jarre a disparu sur les agneaux qui ont été » produits par ce mélange, mais leur laine a pris un » degré de finesse au-dessus de celle de leur mère. » Cette amélioration est très-profitable, parce que les agueaux étant adultes, leur laine a le prixdes

» demi-fines, tandis que celle de leurs mères n’a » que la valeur des grosses laines.

» Des brebis à laine demi-fine, accouplées avec » des béliers à laine fine, ont produit des aÿneaux » dont la laine est devenue souvent presque. aussi » fine que ceile de leur père, et quelquefois plus.

» Lorsqu’au contraire j’ai mêlé un bélier à grosse » laine avec des brebis à fine laine, les agneaux * ont eu la laine moins fine que celle de leur mère » et moins grosse que celle du père... Lorsque j'ai » donné à des brebis un bélier qui portait plus de » laine qu'elles, j'ai vu qu’un grand nombre de » leurs agneaux, étant devenus adultes, avaient des » toisons qui pesaient le double et quelquefois le » triple de celles de leurs mères. »

Ce sontlà, sans doute, des résultats avantageux ; toutefois il n’y a point perfectionnement, mais seulement transfusion d'une race dans une autre. Disons encore en passant que le métissage n'est point aussi généralement applicable qu’on l'avait cru d'abord, et qu’il devient nuisible dès qu'il est pratiqué sur des espèces trop éloignées l’une de l'autre ; c’esten vain que l’on a essayé de croiser les bêtes à laine lisse avec les bêtes à laine frisée ; on n’a obtenu que desextraits bâtards et sans aucune valeur. S’il est possible d’allonger la laine des mérinos, c’est par le mérinos lui-même que l’amélioration aura lieu, et non point par son union avec des béliers anglais ou abyssiniens.

Le perfectionnement d’une race se fait par la race elle-même, en propageant habilement et en développant les caractères spéciaux qui apparaissent de temps à autre gar la seule influence du régime ou du climat.

On a soumis en France le mérinos à deux genres de perfectionnement très-divers qui ont tous deux mérité une juste célébrité, et qui ont créé deux sous-variétés connues sous le nom de Naz et de Rambouillet.

A Rambouillet on s’est attaché principalement à obtenir des animaux d’une santé vigoureuse, porteurs d’une toison pesante, susceptibles d’acquérir plus tard beaucoup d’aptitude à l’engraissement et un lainage superfin.

A Naz on a posé en principe que l'aptitude à lengraissement était incompatible avec la grande finesse de la laine, et l’on a donné naissance à des animaux faibles, chétifs, d’une mauvaise copstitution, mais dont la laine était sans égale.

Les directeurs de Rambouillet ont cherché à satisfaire le plus grand nombre de besoins; ils ont voulu encourager la production agricole par la production des bêtes à laine, en établissant solidement leur race de moutons, pensant avec raison qu’il se trouverait ensuite des gens assez habiles pour développer successivement toutes les qualités de leurs mérinos ; comme cela, en effet, arrive aujourd’hui dans l’ouest de la France.

Les directeurs de Naz, au contraire, ont travaillé uniquement pour eux ou pour quelques situations agricoles fort rares. La variété qu’ils ont créée se perdrait tout de suite entre des mainsqui pe seraient point fort expérimentées dans le maniement d’animaux aussi frêles; aussi tous les agronomes approuveront l'essai que vient de faire M. Yvart pour fondre les béliers de Naz dans le type plus vigoureux de Rambouillet, et il y a tout lieu d’espérer que le mérinos sortira de cette expérience plus précieux et en même temps plus vigoureux que jamais il n’a été.

L2 SECTION VIr. — Des moutons à longue laine lisse.

C’est en Angleterre que l’on trouve les variétés les plus perfectionnées de cette race que nous avons désignée sous le nom de moutons de plaine. Les moutons que nous possédons en France, dans le nord et dans l’ouest, sont bien inférieurs à ceux de l'Angleterre sous le rapport de la toison et de la forme du cerps. Leur laine a moins de nerf; elle est souvent feutrée, et la plupart du temps elle ne

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