DES MOUTONS A LONGUE LAINE
‘peut être classée que dans les laines entièrement communes qui fournissent au peignage un déchet considérable : leur squelette est volumineux, leur tête grosse, leurs flancs longs, leur disposition à engraisser très-peu marquée, comparativement à
celle des bêtes anglaises. Elles ne présentent qu’un
seul avantage, celui de la rusticité de leur tempérament ; elles peuvent supporter facilement la fatigue, et ne craignent pas d’aller chercher au loin leur nourriture. Mal logés, conduits par des bergers inexpérimentés, forcés de parcourir tout le jour des champs très-divisés pour trouver leur subsistance, les moutons flandrins ou picards se maintiennent dans un état de prospérité satisfaisant ; tandis que les bêtes anglaises succomberaient certainement dans des circonstances aussi défavorables. Mais partout où les cultivateurs voudront se mettre en mesure de leur donner les soins convenables, ces derniers animaux seront d'un produit beaucoup plus avantageux
Les races anglaises à laine longue sont très-variées. Les comtes de Durham, de York, de Lincoln, de Leicester, en fournissent déjà plusieurs. On en trouve d'énormes dans le Lincoinshire et le Yorkshire; elles diminuent de taille dans le Leicestershire ; mais en même temps c’est dans ce dernier comté que la forme des bêtes s’est le plus améliorée. C’est dansle comté de Leicester, en efiet, que Backwell a créé la race qui porte Son nom ou celui de sa ferme appelée Dishleygrange.
Dans la formation de cette race, cet habile éleveur s’est attaché, avant tout, à pétrir les animaux de manière à les rendre le plus gras possible : lalaine n’aété pour lui, comme pour beaucoup d'Anglais, qu’un produit secondaire, au contraire des améliorations qui se sont faites en France sur la race mérinos.
Fig. 305.
La race purede Dishley (f3.305)a la tête petite, efflée, les yeux gros, les oreilles fines, presque transparentes ét droites, le cou court et mince, les épaules très-larges, la poitrine très-élargie et le flanc court; letrain de derrière, quoique volumineux, parait Cependant un peu moins développé que toutes les parties de devant. La graisse se trouve accumulée dans ces bêtes sur les côtes, le dos, les reins, et la croupe où elle forme des bosses dont on ne peut avoir d’idée par les petites accumulations de graisse qui constituent les maniemens de nos moutons ordinaires. Cette graisse se forme dans ces animaux à un âge beaucoup moins avancé que dans nos races ; des bêtes de 15 mois peuvent avoir acquis tout leur embonpoint et être tellement chargées de graisse qu’elles seraient difficilement mangeables en France, et qu’en Angleterre même on leur reproche cet excès d’embonpoint.
La laine, plus fine que dans le Lincolnshire et le Yorkshire, n'a pas tout à fait autant de résistance, et elle n’est pas à beaucoup près aussi abondante. 11 serait possible que l'espèce de lard, qui sépare la peau des parties sous-jacentes, contribuât à la rendre moins vivante. C’est au moins ce qui semble exister sur des bêtes dans le dernier état d’obésité dont la laine tombe et se perd, comme cela aurait lieu, si elles étaient mal nourries. Dans son état de pureté, cette race ne laisse pas que d'exiger plus de soins que beauconp d’autres races anglaises ; il lui faut surtout la plus
grande tranquillité, car elle est inhabile à supporter les fatigues. Dans cet état de pureté, elle n’est
as très-nombreuse, mais elle sert de la manière a plus utile aux croisemens des autres races indigènes, auxquelles ellecommunique une partie de la disposition qu’elle a à s’engraisser facilement. Elle à joui autrefois de la plus grande réputation, alors qu’elle était très-rare et que la plupart des bestiaux de l’Angleterre avaient des formes communes. Maintenant que ces deux circonstances sont bien changées, le prix des Dishley à considérablement diminué, il est difficile même de toujours distinguer la race pure des races métis auxquelles elle a donné naissance.
Importée à plusieurs reprises en France par petits lots qui la plupart ont été perdus, la race Dishley n'existe guère chez nous que depuis peu d’années dans le troupeau de l'Ecole vétérinaire d’Alfort, où l’on s'efforce de l’acclimater et de lui conserver la plupart de ses caractères, et c'est à nos entretiens avec M. Yvart, le directeur de cette école, que nous devons les données de cet article.
Ce troupeau qui doit être en France, pour les moutons anglais à longue laine, ce qu’a été pour les mérinos le troupeau de Rambouillet, a été acheté en Angleterre en 1833 par ordre du gouvernement. 11 mérite à ce titre une attention spéciale de la part de tous les cultivateurs qui voudraient s’adonner à l’éducation d’animaux semblables. Quelques mois après son arrivée à Alfort, ii fut soumis à l'examen d’une commission de la Société royale d'agriculture de Paris, qui présenta sur ce sujet intéressant un rapport dont nous allons donner la substance.
Au mois d'octobre 1833, M. Yvart, sur les ordres du ministre, se rendit en Angleterre. Il y acheta, dans le comté de Leicester, 110 brebis et 12 béliers, de la race de Dishley.
Ces animaux, amenés jusqu’au lieu de l’embarcation par des bergers anglais, et surveillés par M. Fvart, furent, à leur débarquement-au Havre, confiés à un berger habile qui les conduisit à Alfort. Ces animaux étaient de plus surveillés pendant le voyage, par un des élèves les plus instruits de l'établissement : au commencement de novembre, ils yarrivèrent dans un état parfait de santé, et les légers accidens survenus à quelques-uns, accidens inévitables dans une longue route et avec les fatigues dela mer, furent promptement guéris peu après jeur arrivée; on a même remarqué que [a mortalité éprouvée par le troupeau, depuis qu’il est à Alfort, n’est pas dans une proportion plus forte que celle des moutons des autres racès dans les circonstances ordinaires ; et cependant il n’eüt pas été étonnant que, dans le premier moment où le changement de température se fait le plus vivement sentir chez tous les animaux, la perte eût été plus forte.
Le 23 février 1834, la Société royale d’agriculture chargea MM. Girard, Huzard fils et de Mortemart-Boisse, de visiter ce troupeau. Le troupeau qui, malgré des ventes nembreuses a aujourd’hui 500 têtes, n’en comptait alors que 120.
L'examen approfondi que les commissaires firent de chacune des bêtes, leur démontra qu'elles appartenaient à la race la plus pure de Backwell.
Leur santé, comme aujourd'hui, était parfaite; leur laine avait de 5 à 7 pouces de longueur. La plupart des brebis étaient pleines ; une d’elles venait d'agneler. Elle avait denné deux agneaux mâles; ce qui n’est pas rare dans cette race. La lutte des brebis n’ayant pu avoir lieu que tard, en raison du voyage, l’agnelage commençait à peine.
Chacun des béliers surtout fut pour les commissaires l’objet de longues observations : ils se distinguent par ieur taille élevée et leur conformation qui les dispose à prendre facilement la graisse. Teus sont remarquables par leur force, leurs belles formes, et la longueur en même temps que la qualité de leur laine.
Les brebis et les béliers, conduits séparément au Pâturage chaque matin, couchent également sépa-