PRODUITS
Avec ces précautions, en ayant soin de renouveler fréquemment la litière, en nourrissant abondamment les bêtes, en employant dans leur alimentation des racines telles que la betterave, le topinambour, la carotte, le navet, le rutabaga et autres substances fraiches très-économiques, on peut faire en France des laiues longues’ bien supérieures à celles que nous produisons, et donner en même temps aux animaux de la propension à engraisser dans un âge peu avancé.
Les laines anglaises employées dans plusieurs manufactures françaises, à Amiens, par exemple, à Turcoin, à Roubaix, nous arrivent lavées à dos ; il serait bon pour le cultivateur français d’imiter cette pratique, et de laver aussi les moutons avant de les tondre, il en tirera d’ailleurs un meilleur parti, car elles sont peu chargées de suint et elles offrent peu de déchet au lavage à dos. Cette opération étant faite en avril ou mai, on doit attendre, pour tondre les bêtes, que la laine soit bien sèche et que le suint même ait un peu remonté pour lui donner de la souplesse. Il faut ordinairement quatre à huit jours d'intervalle entre le lavage à dos et le moment de la tonte.
La race Dishley ou Newleicester, qui a le plus de réputation en Angleterre, n’est cependant pas celle qui fournit la laine la plus chère et la meilleure. Dans le comté de Kent se récoltent des laines au moinsaussi recherchées. Les vastes marais de Rompey sont habités par une race plus rustique que la race de Leicester, qui fournit une laine au moins aussi belle, mais qui n’a pas la même propension à engraisser.
La race de Romney-Marsh a une taille très-élevée, la poitrine un peu plus plate que le Dishley, le cou plus long, la iête plus grosse, les membres et le squelette plus développés ; elle à plus de ventre, plus de flancs, et elle exige plus d’alimens, elle est aussi plus tardive pour la boucherie. Sa rusticité, sa vigueur, constituent son principal mérite.
Dans la partie méridionale du comté de Kent existe une sous-race qui, par ses formes, se rapproche davantage des Dishley. Les animaux de ces différentes races ont été aussi introduits en France. L'expérience ne tardera pas sans doute à nous permettre de les juger mieux que nous ne pouvons le faire par des essais encore incomplets.
En tenant compte de l’opinion des auteurs anglais les plus renommés, de la préférence que beaucoup de cultivateurs de ce pays accordent aux Dishley et du prix élevé auquel les béliers de cette race se maintiennent, c’est avec la plus grande prudence, et après suffisant examen, qu’il faudra préférer ces races de Kent à celles de Dishley. Le plus grand avantage, il ne faut pas l’oublier, des races anglaises, sera d’améliorer les nôtres sous le rapport de la chair, de les rendre plus précoces et de diminuer ainsi la durée du temps pendant lequel un mouton est nourri avant d’êire consacré à la boucherie. Le coût dé la viande se répartit sur un moins grand nombre d’années, et il est rare que ces races hâtives ne donnent pas le moyen de faire de la viande au meilleur marché possible, La direction que beaucoup de cultivateurs ont donnée à leurs troupeaux mérinos dans lesquels ils ont sacrifié une partie de la finesse du brin de laine au volume des animaux, dans l'intention de les rendre plus convenables à la consommation, et la nécessité de fournir de la viande à bas prix à une population qui s'accroît en nombre et en aisance, sont autant d’indices qui rendent probables les avantages de la multiplication des bêtes à graisse, et par conséquent de celles qui nous occupent ici.
CUAP.
SECTION vu. — Produits des moutons.
Les produits des moutons consistent en laine, peau, lait, viande, croit et engrais : on a indiqué dans divers chapitres de cet ouvrage les méthodes au moyen desquelles ces divers produits pouvaient être recueillis et utilisés : leur prix de revient et les bénétices qu’on en retire sont calculés à l’aide des