DES MOTIFS DETERMINARS DANS LE CHOIX D'UNE RACE
peu soignés ; les troupeaux de bêies à laine sont confiés à la garde d'enfants, de jeunes filles chargées de les conduireaux champs, et qui, arrivées à peine à l’âge de 14 ou 15 ans répudient déjà, par une fausse honte, ce genre d'emploi. Qu’attendre de pareilles bergères qui se contentent de chasser ces animaux devant elles, avec une précipitation souvent nuisible, sans considération de la nature du champ où on les conduit, de heure du jour, de la saison, de la température ? Ces malheureux troupeaux livrés ainsi, pour ainsi dire, à leur propreinstinct, vivent de cequ’ilstrouvent, de l'herbe qui se rencontre sous leurs pas; jamais pâture ne leur est préparée par des soins officieux ; jamais, ou rarement, une addition de nourriture à l’étable ne vient suppléer à la rareté de celle qu’en certain temps leur aura offerte le pâturage. Qu’espérer, je le répète, d’une pareille méthode ?
Je le dis avec autant de conviction que de regret, notre pays, le département du Cher, le Berry, qui pourrait, comme tout autre, être peuplé de bonnes et belles races qui accroîtraient sa richesse, est dans un déplorable arriéré, sous le rapport de l'entretien des bestiaux. Jamais il n’y aura de progrès, tant qu’il ne s’opérera pas un chargement radical dansle gouvernement des troupeaux et des étables. Je ne finirais pas si je voulais parler &e tous les vices qu’on y remarque et qu'y entretient l'esprit de routive.
Jen’ajouterai qu’un mot: voulons-nous des troupeaux? sachons les nourrir, sachons les diriger. Au lieu d petites filles insouciantes ou plus occupées à jouer qu’à les surveiller, ayons des bergers, de bons bergers qui les conduisent avec la prudence et l’intelligence convenables. Essayops, contre ces maladies désastreuses, essayons du parcage si utileaux champs, si salutaire aux animaux dans les ardentes chaleurs de l’été; nourrissons, au lieu de nos médiocres et chétives bêtes, de bonnes races plus robustes et plus productives.
Le Berry, dans plusieurs de ses parties, est plus favorable, et dans d’autres n’est pas plus ingrat que la Beauce pour l'entretien des bêtes à laine fine, et cependant quelie différence il y a entre les produits des laines du premier de ces pays et le second où les fermiers ont la possibilité d’acquitter leurs fermages avec Ja seule dépouille de leurs troupeaux! Essayons, et marchons aans cette pensée qui est vraie, que j'ai entendu émettre par tous les fermiers que j'ai consultés : que, quand on s'est décidé à donner à des bêtes à laine tous les soins que réclame ce genre d’animaux, il n’y a pas plus de difficuité à entretenir des bûtes riches que des médiocres; et qu’en tout état de cause, avec des soins bien entendus, avec une intelligente prévoyance, on peut parvenir, Sinon à neutraliser entiérement, du moins à diminuer beaucoup quelques-uns des inconvéniens qui se rencontrent dans certaines localités.
Toutefois il ne faut pas perdre de vue que les mérinos ne peuvent réussir et être profitables que sous certaines conditions qui ont été résumées ainsi par M. de Gasparin dans un mémoire spécial : « Le choix de la race mérinos devient avantageux partout où les pâturages, ne donnant pas lieu à la cachexie, sont suffisans pour nourrir, sans la laisser dépérir,gune brebis méripos du poids de la brebis commune, l’une et l’autre pesées avant la tonte, et où la nourriture supplémentaire est suffisante pour les temps de l’allaitément et de l'été, et ne revient pas à plus de 2 francs 50 centimes les 50 kilogrammes, la laine étant à 150 francs. »
Quand les mérinos commencèrent à être connus en France, l’ardeur que l'on mit à s’en procurer augmenta considérablement leur valeur : aussi les éleveurs qui s’adonnèrent les premiers à leur éducation en retirèrent des bénéfices considérables. Aujourd'hui il n’en est plus de même; éducation des mérinos ne présente plus de chance de gain extraordinaire, leur production s'étant régularisée comme celle de tous les autres animaux domestiques, et l’on ne doit les considérer (selon l'ex-
pression de M. de Dombasle) que comme des machines dont la fonction est de donner de la valeur aux productions que l’agriculture ne pourrait plus avantageusement utiliser.
Mais l’examen de ces questions appartient à l’économie rurale, elles seront résolues ailleurs.
NAUDIN, du Cher, Conseiller à la Cour royale de Paris.
SECTION x. — Engraissement du mouton.
L’engraissement du mouton n’est considéré en France que comme une branche accessoire de l’économie.des bêtes à laine. La production du fumier et la laine sont les objets que l’on a surtout en vue, aussi cetengraissement est encore peu avancé, malgré la protection que le gouvernement accorde aux agriculteurs en imposant sur les moutons étrangers un droit de douane de 25 p. 0/0 de leur valeur.
On compte en France, d’après les statistiques officielles, de 34 à 35 millions de bêtes à laine, et malgré cela les marchés de Paris en reçoivent chaque année près de 100,000 qui viennent de la Suisse, des Pays-Bas, mais surtout de l'Allemagne.
Les environs de Paris fournissent à peu près le tiers de l’approvisionnement des marchés, mais les bouchers préfèrent les moutons de la Normandie, du Berry, de la Champagne, des Ardennes et de la Flandre; ils considèrent ceux des Deux-Sèvres comme fournissant la viande la plus exquise. (Ces moutons sont engraissés avec des grains.)
Les moutons étrangers, surtout Ceux de la Franconie, sont aussi très-estimés ; on met tant de soins à les élever, à les nourrir, à les entretenir dans ua état constant de propreté, on prend tant de précautions pour leur éviter toutes les fatigues qui résulteraient d’une trop longue marche ou des intempéries de l’air,que leur viande en acquiert un grand degré de supériorité.
Il y a une très-grande différence éntre la disposition à s’engraisser et la bonté de la chair de certaines races de bêtes à laine. En Angleterre, et surtout dans le Leicester et le Lincolnshire, on a des races de brebis qui, à leur seconde année, donnent le jour à un agneau qu’elles allaitent, après quoi elles se trouvent naturellement grasses en au-
tomne ou en hiver, sans qu’on les fasse saillir de.
nouveau. Cependant toutes les races anglaises n’ont pas cette propriété ; il en est qui ne peuvent être engraissées avec avantage qu’à la 3° ou 4° année.
$I. — Différences qui existent entre les qualités de la chair des moutons.
Il y a, suivant les races, une grande différence dans la bonté de la chair; la bonne viande de mouton ne doit pas être spongieuse, mais tendre, à filamens fins, et succulente. Une graisse modérée, entremélée parmi les fibres de la chair, est très-estimée ; mais la graisse excessive qui se montre en dehors sous la forme de lard, et qui a quelquefois 4 ou 5 pouces d'épaisseur sur les côtés, ne convient qu’à la classe pauvre, qui s’en sert pour accommoder les légumes.
La viande du mouton, quand elle est de bonne qualité, est généralement fort recherchée, C'est, dit-on, une viande faite, c’est-à-dire la viande d’un animal qui a acquis, par son âge, le genre de perfection dont il est susceptible; elle est regardée comme plus saine que celle du veau et de l'agneau, et les estomacs délicats la digèrent facilement. On peut distinguer au goût la chair des moutons de quelques pays : tels sont ceux des Ardennes, de certaines parties de la Normandie, et surtout des rivages de la mer où ils paissent des herbes salées: d'où le nom de moutons de prés salés qui leur a été donné. Les moutons des départemens du midi sont estimés parce qu’ils vivent d'herbes aromatiques : comme le déjaut de pâturages permet difficilement dans ces