‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 430 sur 467 · LIV. II · texte numérisé non relu

LIV. II

pays i’engraissement des bêtes à cornes, on remplace ces animaux par des moutons dont la viande sert à faire de bons potages.

Pour que la chair d’un mouton soit aussi bonne que possible, il faut 1° qu’il n’ait que 3 ou 4 ans; 2° qu’il ait été châtré par l’enlèvement des testicules; 3° qu’il ait été bien nourri jusqu'au moment où on l’a mis à l’engrais ; 4° qu’il ait été engraissé ou à l'herbe fine, substantielle et salée des bords de la mer, ou de pouture avec des pois, de l’orge, de la luzerne, du trèfle, des féveroles, etc. — De ces conditions, la plus importante, c’est la castration compléte. La viande des moutons simplement bistournés conserve toujours le goût de celle des béliers.

La chair des brebis est toujours inférieure à celle des moutons; celle du bélier est dure et a une saveur sauvage. Les fermiers connaissent bien le terme où doit s’arrêter l'engraissement, ils savent que si l’on dépassait ce terme, le mouton perdrait de sa graisse et périrait.

Un mouton ordinaire donne de 6 à 7 livres de suif; les moutons de grande taille, flamands, normands, etc., en donnent jusqu’à 15 livres ; ce suif est d'autant plus estimé qu'il est plus dense. Le suif des moutons qui ont été excédés de fatigue est tout décomposé : les bouchers l’appellent suif brülé. — A taille égale, un mouton engraissé de pouture fournit plus de suif que le mouton engraissé à l'herbe.

Plusieurs agronomes considèrent la bonté de la chair et la disposition à s’engraisser comme incom patibles avec la finesse de la laine; ils citent à l’appui de cette opinion la race mérinos qui, à nourriture égale, ne prend pas autant de chair et ne donne pas de viande aussi bonne que nos races des Ardennes et du Cotentin, par exemple : on sent cependant de quelle importance il serait d’obtenir une race qui, aux avantages d’une bonne laine, joindrait l’aptitude à l’engraissement. Si, comme tout le fait espérer, M. Yvart réussit dans ses essais d’acclimatation de la race du Leicester, ce but sera rempli, car cette belle race réunit à un haut degré les deux avantages que l’on recherche dansles bêtes à laine. Nous ne pouvons trop engager les cultivateurs qui possèdent d’abondans pâturages à se livrer, avec prudence toutefois, à [a propagation de cette race, d’autant plus précieuse pour notre pays, qu'elle servirait à améliorer nos grandes races Artésiennes et Flandrines, et leur donnerait à la fois plus d’égalité et plus de luisant dans la toison et plus de facilité à l’engraissement.

$11.—Localités favorables à l’engraissement.

Les lieux les plus favorables à l’engraissement sont ceux où se trouvent des pâturages abondans, mais un peu malsains. Les moutons y contractent la pourriture ou cachexie aqueuse, et l’en sait que la première période de cette maladie est toujours caractérisée par le développement de la graisse et l’amélioration de la chair ; mais il ne faut pas abuser de ce moyen, il faut savoir distinguer le point où l’engraissement s'arrête pour faire place aux signes apparens de la. maladie, sans cela les animaux maicriraient et ne tarderaient pas à périr. Ou peut surtout se livrer avec avantage à l’engraissement des moutons dans les pays pourvus de terrains humides et riches, où le chaume des céréales et le regain des prairies leur fournissent une nourriture abondante, mais il faut que lon puisse acheter à bon marché des bêtes maigres et que le voisinage d’une grande ville en assure la vente à bon prix après leur engraissement.

$ 1I..—Règles de l’engraissement des moutons.

Il arrive souvent que, même dans des pâturages médiocres, on voit des moutons devenir gras en automne, sans qu'on ait pris d’eux aucun soin

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particulier, mais ces faits sont des exceptions ; en général les moutons ont besoin, pour engraisser, de quelque chose de plus que la nourriture ordinaire ; lorsqu’on veut entreprendre cette opération, ilya toujours avantage à accélérer lengraissement complet et à renouveler fréquemment le troupeau ; l’éngraissement de moutons nourris avec parcimonie durera un an, et rarement la vente paiera les frais de nourriture; S! donc on a des pâturages d’engraissement, il faudra les leur livrer avec libéralité, c'est-à-dire ne pas y mettre un trop grand nombre de bêtes, et dès que l herbe y diminuera, les faire passer à d’autres pâturages et les remplacer par des bêtes de réforme qui consommeront le reste de l’herbe. Si le pâturage est

insuffisant, il faudra y ajouter un supplément de,

nourriture à la bergerie, de manière à achever leur engraissement en 8 à 10 semaines.

$ IV. — Méthodes d’engraissement.

Il yen a trois principales :la première, appelée engrais d'herbe, consiste à les faire pâturer dans de bons herhages ; dans la seconde, ou engrais de pouture, on les nourrit de fourrages secs dans la bergerie; enfin, dans quelques pays, on les met aux herbages en automne, et ensuite à la pouture, c’est l’engrais mixte. ;

A. Engrais d'herbes. Le temps de cet engraissement dépend de l'abondance et de la qualité des herbages ; lorsqu'ils sont bons on peut engraisser les moutons en 8 à 10 semaines, et par conséquent, en commençant au mois de mars, faire 3 engraissemens par an dans le même pâturage. — On doit laisser les moutons au repos le plus possible, les mener très-doucement, prendre garde qu’ils ne s’échauffent, les faire boire souvent, et avoir bien soin de combattre immédiatement les diarrhées qui peuvent survenir ; en été, il faut les mettre au frais et à l'ombre pendant les heures les plus chaudes de la journée.

La luzerne et le trèfle sont les plantes qui engraissent le plus vite, mais elles donnent une couleur jaune à la graisse et produisent souvent des météorisations, et par suite la mort. — Le sainfoin possède les mêmes qualités que la luzerne, sans en avoir les inconvéniens. Le fromental, le ray-grass, les herbes des prés, surtout des prés bas et humides, et dans certains pays, les chaumes après la moisson et les herbages des bois, sont très-propres à l’engraissement du mouton.

B. Engrais de pouture. — L’engrais de pouture se pratique en hiver : après avoir tondu les moutons, on les enferme dans une bergerie et on ne les laisse sortir qu'à midi, à l'heure où on nettoie l’étable; le soir, le matin, et même pendant les Jongues nuits, on leur donne à manger au râtelier. Leur nourriture se compose de bons fourrages, de grains, ou d’autres alimens très-nutritifs, suivant les productions du pays et le prix des denrées, car il faut prendre garde que les frais d’engraissement ne soient trop onéreux,et n’enlèvent le gain qu’en devrait attendre de la vente.

Dans plusieurs pays, la ration des moutons se compose de 3 quarterons de foin le matin et autaut le soir : à midi on donne une livre d’avoine et une livre de tourteaux huileux réduits en petits morceaux ; ailleurs on ne leur donne que 10 onces de foin le matin et le soir, un quarteron d’avoine et une demi-livre de tourteaux à midi ; mais c’est là uue mauvaise économie, car dans ce cas l'engraissement dure plus longtemps. Les tourteaux communiquent un mauvais goût à la chair du mouton comme à la chair du bœuf, aussi faut-il en discontinuer l’usage 15 jours avant la fin de l’engraissement. L’avoine et l’orge en grains, ou grossièrement moulus, les fèves et autres graines légumineuses données seules ou mélangées, entre

elles, ou avec du son, accélèrent l’engrais.

En Fiandre on engraisse les moutons avec de la pulpe de betterave seule et très-peu de fourrage sec qui ne sert ordinairement que pour litière

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