‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 431 sur 467 · ENGRAISSEMENT DES MOUTONS · texte numérisé non relu

ENGRAISSEMENT DES MOUTONS

Cet engrais dure un peu plus longtemps que les autres (4 à 5 mois à peu près), mais il est beaucoup moins dispendieux. Les moutons picards qu’on engraisse en Flandre, de préférence aux artésiens, parce qu’ils prennent la graisse plus facilement, coûtent de premier achat 20 à 24 fr., et, une fois engraissés, sont vendus de 28 à 33 francs; ils pèsent alors de 25 à 30 kilogrammes; en été, ces moutons sont nourris par le

parcours, mais dans les temps de grande sécheresse on les nourrit, comm£ en hiver, avec la pulpe de betterave que l’on conserve pendant des années dans des silos ; de sorte qu’un fermier, qui, grâce au voisinage des fabriques de sucre indigène, peut se procurer cette pulpe en abondance et à bon marché, peut se livrer toute l’année à l’engraissement, et augmenter ses fumiers de manière à améliorer son exploitation, et à changer de mauvaises terres en terres très-fertiles.

C. Engrais mixte. — On commence à faire pâturer les moutons dans des chaumes, après la moisson, jusqu’au mois d'octobre, pour les disposer à l’engraissement ; ensuite on les met dans un champ de navets pendant le jour, et le soir on les fait rentrer à la bergerie où on leur donne de l’avoine avec du son, de la farine d’orge, etc. Les navets plantés en bon terrain, bien cultivés et pris avant d'être pourris, gelés, ou trop vieux, sont presque aussi bons que l'herbe pour l’engraissement ; ils rendent la chair du mouton tendre et de bon goût. La bonne nourriture que les animaux trouvent le soir à la bergerie contribue aussi à les engraisser et à les préservér en outre des maladies qué les navets peuvent leur donner. Un arpent de bons navets peut engraisser de 12 à 15 moutons.

Un ancien boucher allemand, fort habile engraisseur de moutons, a fait connaître la méthode qu’il employait ; voici la substance de cette méthode.

Ce boucher n’achetait jamais en bloc un troupeau destiné à la boucherie, parce que souvent il y avait trouvé des bêtes qu'on ne pouvait amener à bien. Il choisissait tous ses moutons; il fallait qu'ils eussent au moins 3 ans 1/2; quand ils étaient plus âgés, c'était encore mieux ; pourvu qu’ils n’eus. sent pas perdu une partie de leurs dents. En effet, lorsque les moutons sont trop jeunes, ils ne donnent pas desuif; s’ils sont trop vieux, ils ne peuvent pas broyer convenablement leur nourriture, les par: ties nutritives sont perdues en grande partie, et leur santé s’altère; ous’ils se portent assez bien pour qu'on ne craigne pas de les perdre, il leur faut un long temps pour engraisser et leur engrais devient trop cher.

Après l’âge, il donnait une grande attention à la conformation extérieure qui indique la propension à la graisse. Il ne prenait que des moutons déjà en bon état, sachant bien que les moutons secs et maigres qu’on engraisse promptement ne donnent pas une chair succulente ; et qu’une livre de viande, qu'on a obtenue par la pouture, revient plus cher que celle que l’on achète avec le mouton avant l’engrais.

Après avoir ainsi choisi ses moutons, le boucher les classait dans trois divisions : la première renfermait ceux qu’il venait d'acheter ; il mettait dans la deuxième ceux qui mangeaient le mieux, à qui la nourriture profitait et qui étaient disposés à prendre graisse : parmi eux, il choisissait de temps en temps les plus gras pour les mettre dans la troisième division , la seule où il allât prendre des bêtes pour la tuerie.

La première division n’était affouragée que trois fois par jour, Le matin on donnait du foin, ou dela paille de pois ou de lentilles ; à midi des lavures ou résidus de brasseries mêlées de paille hachée ou de feuilles de choux hachées, et du sel avec le fourrage ; le soir de la paille d'orge. Il ne les engraissait qu'à mesure de ses besoins, parce qu’il lui en aurait trop coûté pour les entretenir en cet état s'ils y étaient parvenus trop tôt. Les moutons qui ne devaient passer à la tuerie qu'après Pâques, étaient tondus l'hiver, leur laine croissant à vue d'œil : celte opération lui procurait non-seulement un

gain qui payait une partie de son fourrage, mais elle était aussi fort avantageuse à la santé des moutons.

Les moutons passés de la première division dans la deuxième recevaient une ration très-nourrissante qui leur était donnée toutesles 2 ou 3 heures, selon la facilité qu’ils pouvaient avoir à la digérer, et toujours par petites portions. On distribuait alternativement la nourriture la plus facile à digérer. et celle qui l'était le moins. Cette dernière consistait en grains de toute espèce, seigle, pois, orge,etc. La première consistait en racines, navets, carottes, pommes de terre, panais. Ces racines étaient hachées et mélangées avec des marcs de brasserie, un peu d’orge et de paille hachée. On n’oubliait point le sel dans cet affouragement ; on le donnait

ANIMAUX DOMESTIQUES : COMMERCE DES BESTIAUX

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