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nement des marchés de Sceaux et de Poissy, parce que là il n’y avait plus sécurité pour leur commerce. La caisse de Poissy avait été supprimée ; la solvabilité des bouchers était douteuse, et quand elle ne l'était pas, le papier monnaie qu’ils offraient en échange des bœufs, effrayait les vendeurs par sa dépréciation quotidienne.
Le Comité de salut public, et plus tard le Directoire, voyant Paris sur le point de manquer de vivres-viandes, furent contraints, malgré leur toute-puissance, de se charger eux-mêmes de faire approvisionner les marchés. Ils traitèrent directement avec la Suisse, Badeet la Franconie, afin d'assurer d’une manière régulière le service de la boucherie de Paris. C'était avec de l’or et non pas avec du papier monnaie que les bestiaux étaient payés, et ce paiement était effectué avant que les marchandises eussent passé la frontière. Les bestiaux étaient ensuite revendus à Sceaux et à Poissy, pour le compte du gouvernement.
$ II.— Formation des troupeaux, voyage et classement des bestiaux sur les marchés.
Les herbagers de la Normandie élèvent, nourrissent et engraissent leurs bestiaux pour les livrer directement et sans intermédiaire à la boucherie de Paris, qu’ils alimentent de juillet à décembre.
A l’époque du départ, chaque herbager envoie le nombre de bœufs qu'il juge propres à ètre vendus, soit 4, 6, 8, 10 etc., à Lizieux, lieu de rassemblement des bœufs normands. C’est là que les bandes sont formées avec des bœufs appartenant à divers, mais portant chacun la marque de leur propriétaire, et que, composées de 25 à 30 bestiaux, elles se mettent en route pour les marchés.
Elles sont conduites avec beaucoup de soin, par des bouviers spéciaux; leur journée d’étape n’est que de 6 à 7 lieues. La nourriture des bœufs est choisieen voyage parmiles fourrages les plus précieux, afin qu'ils s’amaigrissent le moins possible.
Il est payé aux bouviers un droit de 2 à 3fr. par jour, en dehors de la dépense de nourriture des bestiaux qui s’élève en moyenne à 10 fr.
Les bouchers aiment à traiter avec les éleveurs normands. Ils trouvent toujours une plus grande facilité dans leurs transactions, alors qu’elles s’effectuent directement avec les propriétaires, que lorsqu'ils ont affaire à des intermédiaires, dont l’action est souvent arrêtée par la restriction de leur mandat.
Les autres provinces qui approvisionnent Paris ne suivent pas cet usage, Les bestiaux n’y sont point spécialementélevés pour pourvoir aux besoins de la boucherie; ils sont élevés pour aider de leurs forces aux travaux de l’agriculture, on s’occupe de les mettre à l’engrais lorsque l’âge les affaiblit.
La propriété de ces bestiaux, divisés entre une multitudede propriétaires, en rend le nombre trèslimité pour chacun de ces propriétaires qui ne trouveraient pas de profit à conduire eux-mêmes les quelques bœufs qu’ils possèdent sur les marchés pour les vendre plus avantageusement, puisque les frais du voyage absorberaient quelquefois, avecla plus-value du prix, le capital même des bes-
tiaux vendus. Aussi vendent-ils leurs bœufs dans’
les localités qu’ils habitent, ou dans les marchés ou foires voisins, à des marchands, qui font spécialement le commerce des bestiaux destinés à la boucherie.
Les bandes des marchands de bœufs se composent de 30 ou 40 têtes.
Leurs étapes sont de 10 à 12 lieues et quelquefois de 15, lorsque les marchands savent que les bestiaux sont rares sur les marchés. Voici les époques de leurs départs pour Paris:
L’Anjou, la Bretagne et la Vendée font leurs envois de février à la fin d’avril, le Limousin, la Marche et le Berry, de novembre à juillet. La Bourgogne, le Charolais et le Morvan forment leurs bandes principales de juin à septembre, mais en envoient pendant toute l’année; le Bourbonnais et
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le Nivernais, de décembre à la fin de mars. La Franche-Comté et la Champagne, de février à la fin de mai. Les bœufs maréchins arrivent de juin à la fin de septembre. Enfin les bœufs dits »1anceaux et ceux dits zantais, arrivent d’aoûùt à la fin de décembre.
On voit que ce mouvement assure à la capitale. d'une manière certaine et régulière, l’immense approvisionvement qui lui est indispensable.
Les vaches arrivent rarement en bandes sur les marchés ; comme la majeure partie provient des environs de Paris, elles sont amenées par leurs propriétaires, ou par des marchands isolément, ou au nombre de 4, de 6, de 10, et de 15 au plus.
Les veaux sont presque toujours amenés par leurs propriétaires sur les marchés, liés et entassés sur des voitures.
Le prix des charroisest, en général, de 1f. 20 c. à 1 f. 50 c. par tête, pour un parcoursde 7 à 8 lieues.
Lorsque la route à parcourir est longue, les veaux sont nourris avec du lait et des buvées composées de farine et d'œufs mélangés dans de l’eau tiède.
Les moutons, à l'exception des moutons étrangers et de ceux des départements du Nord, sont en général vendus par leurs propriétaires ; les autres le sont par des commissiennaires.
Les moutons les mieux traités et les plus soignés, en route comme chez eux, sont les moutons allemands. 1IS voyagent par troupeaux de 140 à 150,et ne font guère que 3 à 4 lieues par jour. Ils sont nourris avec de lavoine, et coûtent jusqu’à 12 f. par tête pour se rendre de leur pays sur les marchés de la capitale, somme énorme quard on y réunit les droits de douane de 5 f. 50 c.
Les conducteurs de ces troupeaux sont nourris et reçoivent un salaire de 20 f. pour leurs voyages. Ils font ce métier avec une sorte de dévouement.
Aussi,ies moutons allemands sont toujours payés le plus baut prix des marchés ; 60 €. la livre à peu près. Or, comme la moyenne.du poids de chacun de ces moutons est de 50 livres, sa valeur vénale serait de 50 f., sur lesquels il faut défalquer les 5 f. 50 c. de droit de douane et les 12 f. de frais de route, soit 17 f. 50 c., de sorte qu’il ne reste de cette valeur, au propriétaire, que 12 f. 50 c.
Les économistes sont encore à se demander comment il se peut qu'avec une prime aussi large accordée aux agriculteurs français, la concurrence étrangère soit encore possible. Cela tient-il au sol ingrat du pays, ou bien au laisser-aller, à la sécurité donnée par la facile protection de la douane,
Mais le sol dela France n’est point ingrat, il est généreux. Ce qu’il y a en France de funeste, c’est la routine, qui ne semble pas permettre à un fils de suivre un autre sillon que celui que lui à tracé son père, son aïeul. Tout ce qui dérange cette commode routine est réputé innovation ; or, comme certains préjugés frappent de réprobation, accusent de ruine toute innovation en agriculture, comme dans bien d’autres choses, il en résulte un état de stagnation qu'aucun progrès démontré, qu'aucun prontencaissé ne saurait émouvoir.
Les troupeaux provenant de nos départemens sont en général composés de 200 têtes; leurs conducteurs sont payés à raison de 30 francs par mois et nourris. On remarque avec peine que ces troupeaux ne reçoivent pas les mêmes soins que les troupeaux allemands. Leurs étapes sont de 6, 7, 8 et jusqu’à 10 lieues, ce qui fatigue horriblement le bétail. On le nourrit de foin, et de la vaine päture trouvée aux abords des routes.
Lorsqu’enfin les bestiaux sont arrivés sur les marchés, ils y sont inscrits d’abord, par espèces, par quantité, avec les noms de leurs propriétaires. Ils sont distribués ensuite, savoir :
1° Les bœufs, dans la partie qui leur est spécialement affectée, laquelle est divisée en zones séparées par des barres de fer ; c’est à ces barres que les bœufs sont attachés méthodiquement, c’est-àdire avec le soin de mettre à côté les uns des autres les bestiaux qui appartiennent au même propriétaire. Ainsi rangés, les bœufs forment de
longues lignes, à travers lesquelles les acheteurs