CHAPITRE XVII. — Du caen
Legenre chien, de l’ordre des carnassiers, fournit à l’homme, depuis les temps les plus reculés, plusieurs espèces, dont il se sert pour ses plaisirs ou pour ses besoins. Parmi ces espèces, celles que l’industrie agricole utilise doivent seules nous occuper ici.
On commence à dresser les chiens à l’âge de 6 mois, s'ils sont forts, ou à 9 mois, s’ils ont peu de force.
Lorsqu'un berger conduit son troupeau, il peut bien hâter la marche du troupeau et celle des bétes quirestent en. arrière, mais il ne peut pas empêcher que le troupeau n’aille trop vite, ou que des bêtes ne s’en éloignent en les devançant, ou en s’écartant à droite ou à gauche: il faut qu’il se fasse aider par les chiens.
Pour obtenir d’eux un service convenable il faut leur apprendre à s’arréter, à se coucher, à aboyer, à cesser d’aboyer, à se tenir à côté du troupeau, à en fare le tour, à aller et venir sur un méme côté et à saisir un mouton par l'oreille ou par le jarret au commandement que lui fait le berger de ia voix ou du geste.
Pour apprendre à un chien à s'arrêter ou à se coucher, il faut, en prononçant le mot arréte ! lui présenter un morceau de pain, l’arrêter de force et brusquement au moyen d’une ficelle et d’un collier à pointe, en prononçant toujours le mot «rréte! En répétant cette manœuvre on laccoutume à s'arrêter à la voix du berger. Pour lui apprendre à se coucher on le caresse quand il s’est couché de lui-même, sur un geste ou un ton menaçant, ou après l'avoir fait coucher de force, en le prenant par les jambes : dans les 2 cas il faut prononcer fortement le mot couche! Pour faire aboyer un chien lorsqu'on le veut, on imite l’aboiement du chien en lui présentant un morceau de pain qu’on lui donne lorsqu’il a aboyé ; ensuite en prononce le mot aboie! On l’accoutume aussi à cesser d’aboyer lorsqu’on prononce le mot paix-là. On menace le chien et on le châtie lorsqu'il n’obéit pas ; on le caresse et on le récompense lorsqu'il a obéi. Pour apprendre à un chien à faire le tour Gu troupeau, il faut jeter une pierre en avant pour le aire courir après et la jeter encore suecessiveent de place en place, jusqu’à ce qu’on ait fait avec le chien le tour du troupeau, toujours en prononçant le mot tourne! C’est aussi en jetant uue pierre en avantet ensuite en arrière que l’on dresse le chien à côtoyer le troupeau en prononçant le mot côtoie ! On dit va! pour le faire aller en avant; reviens ! pour le faire revenir.
Pour apprendre à un chien à saisir un mouton par l'oreillé, pour le ramener lorsqu'il s'égare ou pour l'arrêter au milieu du troupeau en attendant le berger, on fait tourner un chien autour d’un mouton qui est seul dans un enclos, ensuite on net
$ 1°. — Des chiens de berger.
Ce chien est de moyenne taille : sa tête est al-
longée, ses oreilles courtes et droites, sa queue horizontale en arrière ou pendante ou légèrement recourbée ; son poil est long sur tout le corps, le museau et la face externe des jambes exceptés; sa couleur est le plus ordinairement noire, souvent la gorge et le ventre sont blancs ou gris, quelquefois il présente des taches de feu sur les yeux. Sa tournure n’est pas gracieuse, sa force n’est pas grande, mais il est d’une infatigable activité et d’une intelligence extraordinaire.
Cette race de chiens, qu’on rend aisément trèsdociles, doit être préférée dans les cantons où les loups sont peu à craindre: parce que d’abord ils paraissent plus naturellement portés que les autres espèces au rôle qu’on leur fait remplir, ensuite parce qu’ils présentent à un moinire degré les inconvéniens qui résultent de l’emploi des chiens à la garde des troupeaux.
Les chiens mal disciplinés et trop ardens se jettent sur les moutons, les mordent, les blessent, épouvantent les brebis pleines, et en les heurtant les font quelquefois avorter : ils renversent les bêtes languissantes qui ont peine à suivre le troupeau. Un bon chien, bien dressé, gouverne les moutons sans leur nuire : ils s’accoutument à faire d’euxmêmes ce que le chien leur ferait faire de force: )ls seretirent lorsqu'il s’approche, et n’avancent pas du côté où ils le voient en sentinelle sur le bord d’un terrain défendu ou à l’entrée d’un sentier,
l'oreille du mouton dans la gueule du chien pour l’accoutumer à le saisir par cette partie, ou on attache un morceau de pain à l’oreille du mouton qui est au milieu d’un troupeau : alors on anime le chien à courir à l'oreille de la bête; il s'accoutume ainsi à la saisir, à fixer le mouton quele berger lui désigne. Les chiens peuvent aussi arrêter les moutons en Îles saisissant avec la gueule par une jambe au-dessus du jarret.
Il faut moins de temps pour former un jeune chien, lorsqu'il en voit un déjà instruit.
Lorsqu'un chien est issu d’un père et d’une mère parfaitement dressés à la conduite des troupeaux, on le dit chien de race. On croit qu’il devient plus facilement que les autres bon chien de berger ; ies meilleurs sont toujours les chiens de Brie.
Lorsqu'on est obligé d’employer un chien mal discipliné à la garde du troupeau, il faut lui scier ou lui casser les dents canines ou crochets; ce soui elles seules qui entrent profondément dans les chairs lorsque le chien mord les moutons.
Dans les cantons où les terres exposées aux dégâts des moutons ne se rencontrent que rarement, un seul chien suffit pour 100 moutons ; mais lorsque ces terres sont près les unes des autres, et que le troupeau en approche souvent, il faut 2 chiens, et même 3 ou 4, parce que 2 ne pourraient pas résister plusieurs jours de suite aux courses presque continuelles qu’ils sont obligés de faire.
Les chiens bien garnis de poil supportent mieux le froid et la pluie que les autres; néanmoins lorsqu'on fait parquer les moutons il faut mettre les chiens à l’abri, quelle que soit leur fourrure,
Il faut avoir 1 ou 2 petites loges que le berger puisse transporter facilement. Les chiens s’y couchent dans du foin: elle doit toujours être placée près du parc, au côté opposé à celui où estla cabane du berger; la porte de la loge doit regarder le parc; elle sera toujours exposée au vent, puisque la porte de la cabane du berger qui regarde le parc doitêtre à l’abri du vent. Pour donner aussi un abri au chien, il faut mettre au bas de la porte de la loge une planche qui soit au moins aussi haute que son corps lorsqu'il est couché; en levant la tête il verra par-dessus cette planche et il sautera aussi par-dessus pour entrer ou sortir de sa loge. On peut disposer uneloge pour plusieurs chiens.
Dans les pays de bois et de montagnes où les loups sont à craindre, on ne doit pas confier le troupeau à de simples guides, il faut lui donner des défenseurs. Il faut donc choisir à la place du chien de Brie, ou plutôt il faut lui associer un chien de forte race, vif, hardi et capable d'attaquer et de terrasser un loup. On trouve ces précieuses qualités dans les mâtins de fortetaille dont le poil est dur et épais, les yeux et les narines noirs, les lèvres d’un rouge obscur, la tête forte, les oreilles pendantes, les dents aigües, le cou court et gros, la poitrine large, les yeux étincelans, les jambes grandes, les doigts écartés, les ongles durs et courts. Rarement avec cetteorganisation les chiens sout lâches et paresseux, surtout si on les empêche de chasser, et si on les nourrit avec le troupeau aux champs et à la moisson. Il fant de bonne heure les former au combat ; lesexciter à se battre entre eux, mais sans permettre que le plus faible soit tout à fait vaincu, de peur qu’il ne se rebute et ne se décourage. II faut toujours que le cou de ces chiens soit défendu par un large collier de cuir, garni de pointes de clous. Si l’on prend un loup,que ce soientles chiens du troupeau qui létranglent et le déchirent ; pendant la lutte il faut les encourager, les caresser ensuite. Lorsqu'un loup se jette sur le troupeau, le berger doit avertiret animer les chiens par le cri répété au loup! puis, leur en laissant un moment la poursuite, il rassemble letroupeau, et s’il peut le mettre en sûreté il doit rejoindre les chiens et les appuyer par ses cris.
La nourriture des chiens employés soit à la conduite, soit à la garde des troupeaux, est fort simple:elle consiste en gros pain de seigle, d'avoine ou d’orge, ou bien encore de résidus de la tonte