DU 'TABAC
chaude possible, afin qu’elles puissent fleurir de bonne heure. Elles reçoivent à peu près la même culture et les mêmes soins que celles cultivées en plein champ; seulement on ne touche pas à une seule de leurs feuilles. Comme ce sont les premières capsules qui donnent la meilleure graine , il est essentiel de cultiver assez de pieds pour avoir suffisamment de leur semence. La meilleure semence est celle de la dernière récolte.
$ III. — Maladies, récolte du tabac.
Les feuilles du tabac étant d’une dimension assez considérable, les fortes pluies, la grêle, les nuits froides, les forts orages les frappent et les déchirent. Il est à peu près impossible d'empêcher ces désastres.Pour tirer un parti quelconque des tabacs battus par la gréle, on coupe tout de suite après l'accident les feuilles frappées; celles qui repoussent, donnent un petit produit qui dédommage en partie les cultivateurs de leurs peines.
Parmi les ernemis des tabacs on rencontre une chenille qui en dévore les feuilles : il faut la chercher le matin avant le lever du soleil, et la détruire à la main. Quelques cultivateurs ont prétendu que les plantes de tabac étaient un préservatif contre les versblancs; je puis certifier que ces animaux sont au contraire très-voraces des racines, et qu’il n’y a pas moyen de conserver une plante de tabac attaquée par ces larves.
L'Orobanche rameuse est aussi un redoutable ennemi pour les tabacs : cette plante parasite s'attache aux pieds, et les étouffe. Le seul moyen d'empêcher sa reproduction, est de l’arracher aussitôt qu’elle apparaît; quelquefois même on est obligé de sacrifier le pied sur lequel il sen trouve.
Si les tabacs ont été bien soignés, et si la saison les a favorisés, six semaines après le pincement, les feuilles doivent se trouver en état de maturité parfaite. On connait ce moment lorsque les feuilles commencent à changer de couleur, ou que leur couleur assez vive devient un peu obscure, jaunâtre ; qu’elles penchent vers la terre, qu’elles se rident, qu’elles deviennent rudes au toucher.
Si l’on a planté les tabacs vers les premiers jours de juin, le commencement de la récolte pourra avoir lieu vers la moitié de septembre. Cette récolte se fait le matin lorsque les feuilles des tabacs ne sont plus mouillées par la rosée, en coupant la tige à 2 pouces audessus du sol; on les laisse sur les lieux, on les retourne deux ou trois fois dans la journée, afin que Pair et le soleil les frappent partout et qu’elles fanent également. Le soir mème oz Les transporte sous un hangar un peu éloigné de l'habitation principale, parce que les feuilles de tabac encore fraiches exhalent une odeur irritante et un gaz délétère qui, respiré dans un lieu fermé, pourrait même asphyxier.
C'est sur le sol de ce hangar qu'on étend les feuilles les unes sur les autres : on les couvre de toiles ou de nattes, puis de planches; on les charge de grosses pierres, et on les laisse dans cette position trois ou quatre Jours, afin qu'elles puissent ressuyer et fermenter également,
TOMS II, —7
Ici finit la culture et la récolte du tabac.
Tout ce qui reste à dire appartient à la manufacture du tabac, matière en dehors de notre sujet.
6 IV. — Usages du tabac.
Tout le monde sait que le tabac est un irritant très-puissant. Sa poudre, inspirée par le nez, excite un mouvement convulsif qui, à force d’être répété, devient peu-à-peu, dit-on, agréable. La mastication des feuilles détermine la sécrétion de la salive, et la rend plus abondante ; on prétend que la paralysie pituiteuse et de la langue, la surdité catarrhale, l’enchifrènement, se guérissent par la mastication des feuilles de cette plante. La fumée de tabac guérit, dit-on, les maux des dents.
Le tabac était autrefois plus employé en médecine; des dictionnaires de botanique ranportent plusieurs exemples de guérisons inespérées par l'emploi du tabac; aujourd’hui cette plante n’est presque plus en usage en médecine. Les vétérinaires continuent de s’en servir en lavemens, elle purge avec violence ; appliquée extérieurement, elle guérit les dartres, la gale, les ulcères invétérés.
L'huile de tabac est un émétique très-actif; prise en forte dose, elle est un poison trèsviolent. — La décoction et la fumée de tabac font périr les insectes dans les serres, et même sur les arbres fruitiers.
On sait que, dans l’état actuel de la législation en France, la préparation du tabac, sa vente et sa culture ne sont point libres. Za vente a lieu dans des bureaux autorisés par l'administration des contributions indirectes ; la fabrication s’opère par les soins de la même régie, qui mélange dans de certaines proportions lestabacs indigèneset exotiques; enfin {a culture n’est permise que dans certains départemens et cantons, où elle est soumise à des déclarations préalables, à des vérifications et contrôles sévères ; /es produits sont achetés aux cultivateurs par la régie des contributions indirectes, suivant des tarifs qui règlent le prix de la feuille. En Angleterre la culture du tabac est prohibée, et chaque famille peut seulement en élever pour sa propre consommation.
L'abbé BERLÈSE.
SECTION 1V.— De la Patate.
La Patate douce (Ypomæa Batatas, Poir.; Convolvulus Batatas,Lin.;en anglais, Batatas; en italien, Patatta) appartient à la famille des Liserons ( Convolvulacées ). Elle croit naturellement dans les régions les plus chaudes de l’Inde et de l'Amérique, où elle est aussi cullivée pour ses grosses et tubéreuses racines qui fournissent une nourriture abondante. Depuis environ deux siècles, on l’a introduite en Portugal, en Espagne, en Italie, sur la côte d'Afrique, et particulièrement à Alger où elle réussit très-bien, et d’où nous en avons recu d’excellens tubercules depuis que la France est en possession de cette colonie. Les bonnes qualités de la patate ont naturellement fait désirer l’introduction de sa culture en France, et elle a été