‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 49 sur 467 · LIV · texte numérisé non relu

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tentée pour la première fois sous Louis XV, dans les jardins de Trianon et de Choisy, avec assez de succès. Cependant, depuis la mort de ce prince jusqu’à l'empire, la patate semble avoir été presque entièrement oubliée; les efforts de ROSIER, PARMENTIER et THouin n'ont pu en faire établir la culture dans nos départemens les plus méridionaux.

Il était réservé à M. le comte LELIEUR, de Ville-sur-Arce, adininistrateur des jardins de la couronne sous l'empire, de remettre la patate en honneur, sinon dans la grande culture, du moins dans ies jardins pour la table des riches, et il avait complètement réussi. Depuis lors , les vicissitudes politiques ont fait négliger la culture de la patate, mais son mérite n’a pas été oublié; M. Viz- MORIN à toujours entretenu le feu sacré, et M. VAL£ET de Villeneuve a fait des expériences en grand dans le département du Var, qui ne laissent aucun doute sur la possibilité de cultiver la patate en plein champ avec succès dans le midi de la France. C’est donc principalement d’après les expériences de ce dernier, que nous croyons que la patate peut et doit entrer dans la grande culture, et que nous allons exposer les procédés qui nous semblent devoir conduire au résultat le plus satisfaisant. Nous commencerons par donner une idée de la patate elle-même, et de sa manière de se propager.

La patate produit d’abord beaucoup de racines fibreuses et filiformes, dont une partie se change bientôt en tubercules ovales, oblongs, fusiformes, charnus, gros au point que quelques-uns pèsent jusqu'à 8 livres. En même temps que les tubercules se forment davs la terre, la tige grandit, se ramifie, s’alonge d’un ou deux mètres,rampesur laterre, s’y epracine en plusieurs endroits si on ne s'y oppose pas, se couvre de grandes feuilles alternes, cordiformes, qui se lobent ou se divisent plus ou moins selon les variétés, et quand les circonstances sont favorables, cette tige produit en outre des grappes axillaires de fleurs d’un blanc violacé, assez grandes et figurées en entonnoir. A ces fleurs succèdent de pelites capsules qui contiennent quelques graines dont la maturité est rare en France, mais qui ont cependant müri complètement a Toulon en 1834; ce qui donne l’espoir d’en obtenir des variétés d’une culture plus facile que celles que nous possédons.

Les variétes de patate bien connues aujourd’hui en France,sont les suivantes, parmi lesquelles les trois premières réussissent très-bien en terre légère ; il paraît que les deux dernières demandent une terre un peu plus forte. 1° La Patate rouge (A, fig. 32 ) est souvent fort alongée; sa peau est d’un rouge violacé: sa chair est jaunâtre, trèstendre et la plus sucrée. 2 La P. Jaune (B, fg. 32 ) est plus grosse, jaunâtre en dehors et en dedans; sa chair est plus ferme, plus farineuse et probablement plus nutritive que celle de la rouge. 3° La P. igzame (C, fig. 32 ) est plus grosse et moins longue que les précédentes; sa peau et sa chair sont d’un blanc terne; elle paraît moins sucrée que la jaune, et surtout que la rouge; mais étant nouvellement introduite en France, ses qualités ne sont pas encore suffisamment

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appréciées. 4° La P. blanche est fort longue et fort grosse ; on l'estime beaucoup en Es-

agne. ° La P. à feuilles palmées est égaent blanche, grosse et longue; elle est estimée de tous ceux qui la connaissent.

Quant à la précocité, la Patate rouge l’emporte sur toutes les autres, mais elle se conserve plus difficilement pendant l'hiver. Nous indiquerons tout-à-l'heure les moyens de conservation. Passons à la culture.

La Société d’horticulture de Paris s'étant fait faire un Rapport sur la culture de la patate dans les jardins, nous conseillons aux personnes qui seraient encore peu au courant de l’histoire de cette plante, de lire ce rapport (1) avant d'entreprendre la culture de la patate ; elles y trouveront des principes préliminaires propres à les guider dans la bonne route, et à leur faire éviler les erreurs dans lesquelles on tombe souvent lorsqu'on n’est pas dirigé par l'expérience. Ici nous nous bornons à exposer ce qui nous semble indispensable à la culture de la patate en plein champ, à sa conservation après la récolte, et à l'indication de ses principaux usages.

En annonçant la culture de la patate en plein champ, nous ne voulons pas dire qu’on puisse la cultiver partout indislinetement ; cetle plante a besoin pendant sa végélation d’une somme de chaleur qu’elle ne trouverait pas sur les montagnes, ni dans les plaines élevées et découvertes, ni dans les terres fortes et froides ; elle ne trouverait même pas celte somme de chaleur sous le parallèle de Paris, aux expositions les mieux abritées, sans les secours de l’art du jardinage ; mais nous croyons celle culture possible et Jucrative dans nos départemens méridionaux, entre les 43° et 45° degrés de latitude, aux expositions abritées du vent du nord en terre légère qui s'échauffe aisément, fertile par elle-même ou par un engrais consommé qui y aura été préalablement mêlé, et rendue très-meuble par deux labours à la charrue, car il n’y aurait pas de succès à espérer si la terre conservait de grosses mottes.

DE LA PATATE. 5i

Quoiqu'on cite M. ESCUDIEN, près de Toulon, comimne plantant ses tubercules à la manière des pommes-de-terre, sans les avoir fait germer auparavant, nous ne pouvons conseiller d'employer ce procédé; nous insistonus au contraire pour que l’on fasse germer Les tubercules dans un endroit particulier, afin de leur faire pousser des tiges que l’on détachera au fur et à mesure pour les bouturer, leur faire prendre racines et les planter ensuite à demeure. Voici doncle procédé que nous conseillons de suivre pour la culture de la patate, en grand, dans le midi de la France.

D'abord, il convient de se borner à une seule variété, et nous pensons qu'il faut donner la préférence à la jaune; on pourra par la suite essayer les autres variétés. Il faut que les plantes soient plantées en lignes espacées de 4 pieds, et les plantes à 2 pieds 1/2 lune de l'autre dans chaque Done: 12 moyens tubercules de la récolte précédente

euvent donner au moins 400 boutures , en

es faisant germer de la manière que nous al-

lons indiquer ; ainsi rien de plus facile que de connaître le nombre de tubercules qu’il faut mettre en germination pour obtenir la quantilé de plants voulue.

Dans les premiers jours de mars, on fera une couche de fumier de cheval neuf susceptible de bien s’échauffer, on la chargera de terre légère de l'épaisseur de 6 pouces, et on la couvrira d’un châssis vitré afin que la chaleur se communique promptement à Ja terre, et qu’elle ne se dessèche pas. Quand la terre sera chaude, on couchera dessus les tubercules à plat, en les espaçant seulement à 2 ou 3 pouces les uns des autres, on ne les recouvrira que de 2lignes de terre,et on replacera tout de suite le châssis vitré par-dessus. En peu de jours les tubercules produiront des tiges de divers points de leur surface, qui s’élèveront perpendiculairement et seront bientôt hautes de 4 à 6 pouces. C’est alors qu’il faut voir si ces tiges sont assez nombreuses pour emplir le terrain qui doit les recevoir, car s’il n’y en avait pas assez, on en ferait pousser d’autres en cassant ou coupant les premières à 3 ou 4 lignes au-dessus de leur naissance, au lieu de les détacher entièrement pour les bouturer comme nous allons le dire.

Quand on voit que les liges s’alongent, on prépare par un labour a la béche une planche de terre, en la rendant aussi meubie et aussi fertile que possible par une grande division et par le mélange d’un terreau consommé; on en unit la surface avec un râteau, et tout de suite oz détache des tubercules Les tiges qui ont de 4 à 6 pouces de longueur, et on les plante à 3 pouces les unes des autres dans la planche préparée. IL vaut mieux planter les boutures couchées à 45 degrés que perpendiculairement, et il faut supprimer les feuilles infirmes, s’il y en a, et faire en sorte qu'il y ait au moins trois nœuds d’enterrés. Pour peu que la terre soit humide et le ciel couvert, on doit se dispenser d’arroser, car ces boutures craignent l’humidité. Aucune bouture ne s’enracine aussi

(1) Broch. in-8. Paris, 1835; à la lib. de M°* Huzard, rue de l’Eperon, 2. 7.

promptleiment que celles de patate, parce que les tiges de cette plante ont à chaque nœud des rudimens de racines qui ne demandent qu'un peu d'humidité et d'ombre pour s’alonger. Aussitôt que la plantation du moment est faite, il faut empêcher les boutures de trop transpirer en les couvrant d'un chàssis en papier huilé, ou du moins avec des branchages soutenus par des gaulettes, et mettre un obstacle au vent qui pourrait souffler violemment dessous par les côlés. On plante ainsi des boutures successivement à mesure que les tiges poussent et s’alongent sur les tubercules, et ce tous les 5 ou 6 Jours pendant le courant d'avril. A Ja fin du mois où dans les premiers jours de mai, les premières boutures doivent être assez fortes pour être mises en place, et il faut s'occuper de celte opération.

Le terrain dans lequel on veut planter les patates a dû être bien ameubli, bien divisé comme une terre de jardin, par un labour d’automneet un labour de mars; maintenant, il faut diviser ce terrain en petits billons ou ados dirigés du nord au sud, larges chacun de 3 traits de charrue; cela s'exécute facilement en laissant au milieu la largeur d’un trait, et en renversant sur ce milieu la terre du trait ou du sillon de droite et de gauche. Chaque billon se trouve ainsi séparé par deux traits de charrue et à la distance requise.

Cette opération faite, on prend un panier large, une bêche ou une houlette, on $e transporte à la planche aux boutures, auxquelles on aura dû ôter les châssis de papier ou les branchages au moins 8 Jours d'avance; on léve en motte autant que possible Les plus anciennes boutures, on les met dans le panier, on les porte sur le terrain, on fait un trou avec la main, au bout et au sommet du premier billon,onen émiette bien la terre, on y plante une bouture, en étendant bien les racines, en couchant la tige de manière qu'elle ait de 2 à 4 nœuds enterrés et recouverts de 18 à 24 lignes de terre, et de sorte qu'après l'opération la plante se trouve dans un enfoncement évasé à pouvoir être rechaussée quelque temps après. La seconde bouture se plante de la même manière à 2 pieds 1/2 de la première, et ainsi de suite. Il faut tâcher que 12 dernière plantation ne se fasse pas plus tard que le 15 mai. Si à l’époque de la plantation il faisait très-chaud ou si la terre était sèche, il serait wtile de donner une demi-bouteille d’eau à chaque plante.

Quand les tiges se seront ramifiées et alongées de 12 à 15 pouces, 07 rechaussera le pied en remplissant la petite fossette et en couvrant de terre quelques nœuds du bas des tiges; il en résulte une espèce de marcottage qui multiplie les racines et le nombre des tubercules. Les soëns subséquens sont des binages pour entretenir la terre propre et pour l'empêcher de se durcir. Si pendant

DES PLANTES POTAGERES.

l'été les pluies étaient rares et que les plantes parussent souffrir, quelques arrosemens a fond seraient très-avantageux. Autant la patate craint l’eau quand elle ne végète pas, autant elle l’aime quand elle végète vigoureusement; mais il ne faut plus arroser après le 15 septembre, dans la crainte de nuire à la qualité des tubercules.

Nous venons de conseiller de planter sur des billons, parce que les tubercules s’y font mieux, sont de meilleure qualité et d’une ex: traction plus facile qu’en terre plane. Nous avons conseillé aussi de diriger les billous du nord au sud, afin que le soleil en échauffe un côté le malin et l’autre l'après-midi, car la patate aime beaucoup la chaleur.

Récolte.-—C'est en octobre el novembre que les tubercules patates se récoltent. Cu commence par supprimer les tiges, ensuite on détourne la terre avec une bêche, et on tire les patates avec la main en prenant garde de les casser ou de les meurtrir, car ils sont trèstendres, et la moindre blessure les fait pourrir. On les laisse se ressuyer sur le terrain peadant quelques heures si le temps est sec, et vers le soir on les porte sous un hangar aéré, où on les étend sur de la paille pendant six où huit Jours, en les retournant une fois le troisième ou le quatrième jour.

Moyens de conservation. —Il parait suffisamment démontré que pour que les patates puissent se conserver hors de terre, il laut les abriter du contact de l’air, de la lumière, les tenir très-sèchement et dans une température peu variable entre +8 et 12 degrés de Réaumur. Pour atteindre ces buts, on doit avoir ou du foin très-sec sans odeur, ou de la menue paille, ou de la sciure de bois, ou même de la cendre dans le plus grand état de siccité : on en place un lit dans le fond d’une futaille, puis un lit de patates assez éloignées pour qu’elles ne se touchent pas, et on continue d’alterner les lits jusqu’à ce que la futaille soit pleine et de manière que le dernier lit soit de foin, de paille ou de la substance employée; on refonce la futaille et on la place en lieu sec où la température se tient au degré indiqué.

Usages de la patate. — Ta patate est un aliment trés-sain, très-agréable, que l’art culinaire sait varier de mille manières différentes; mais on convient généralement que cuite entière, sous la cendre ou à la vapeur, elle est plus savoureuse que préparée de toute autre manière. Dans les colonies elle forme une grande partie de la nourriture des habitans. Les jeunes tiges et la sommité des anciennes se mangent en asperges ou en petits pois. Les feuilles se préparent comme des épinards, et ne sont pas moins bonnes.

Les chevaux, les vaches, les moutons mangent les tiges et-les feuilles avec avidite, et elles sont pour eux une nourriture très-salutaire.

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