‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 65 sur 467 · CHAPITRE VII. — DES PLANTES TINCTORIALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — DES PLANTES TINCTORIALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE

SECTION 1'°. — De la Garance.

Les anciens connaissaïent l'usage de la garance et la cultivaient. PLINE nous apprend que c'était une culture réservée aux pauvres, qui en tiraient de grands profits, et que cette racine était employée à la teinture des laïnes et des cuirs. Dioscorine dit que la garance de Toscane, et principalement celle de Sienne, était renommée, mais qu'on la cultivait aussi dans presque toutes les provinces d'Italie. Cette culture devait êtreaussi commune dans les Gaules, car les invasions des barbares ne l'avaient pas détruite, lorsque, sous Dagobert, les marchands étransers venaient l'acheter au marché qu'il avait établi à Saint-Denis. La tradition ne vers le milieu du siècle dernier, l’introduction de la garance dans le comtat d'Avignon et la principauté d'Orange (aujourd’hui le départ. de Vaucluse ); elle est due à un Persan nommé ALTHEN, venu dans le comtat d'Avignon vers l’année 1747, qui essaya sans succès la garance sauvage de cette contrée (Rubia peregrina), mais réussit complètementavec de la graine du Levant. Des tentatives furent faites aussi dans différentes parties de ja France. Mais la garance ne s'était pas étendue dans d’autres provinces que le Comtat, la partie de la Provence qui avoisine la Durance, et l'Alsace, jusqu’à ces derniers temps où le mouvement agricole et commercial, qui a été la suite de la révoluton, s’est aussi dirigé vers cette branche de culture

La Garance cultivée ( Rubia tinctoria, L. ; en anglais, Madder; en allemand, Farberrothe; en italien, Robia ; en espagnol, Rubia ) (fig. 42) est une plante à racines vivaces et à tiges annuelles, de la famille des Rubiacées. Deux circonstances peuvent fixer une culture dans une contrée, à l'exclusion des autres : la nature du climat et celle du sol. Quant au climat, la garance, cultivée en Zélande et à Smyrne, parait en braver l'effet ; mais il est telle nature de lerrain qui lui convient si spécialement, qu'il aura toujours pour sa production un avantage marqué sur ceux qui 6nt des qual'tés différentes.

$ 1°". — Nature des terres à garance.

Entouré de terres d’une nature très -diffé-

rente, qui ont toutes éié soumises plus ou moins à la culture dela garance, j'ai pu comparer les frais qu'elles occasionent et leurs produits avec leur nature. Une expérience aussi répélée ne me permet guère de doute à cet égard. Cependant, ne voulant pas me borner à des données vagues et empiriques, j'ai soumis un certain nombre de ces terres a l'analyse chimique et à des expériences physiques, qui m'ont mis à même de céfinir clairement les qualités que doit avoir une véritable terre à garance. Parmi ces essais multipliés, j'en choisirai six qui n'ont paru réunir les variétés les plus communes de terre, et que je vais détailler. Ces terres sont : 1° Uneterre dite palud, blanchätre par la sécheresse, noirâtre dans l'humidité, qui fait le fond d’une plaine arrosée par la Sorgue, et qui a été anciennement submergée par de vastes marécages qui suiyaient le cours de cette rivière ; partout où des eaux ont longtemps séjourné, on trouve une terre analogue. Ce bassin du départ. de Vaucluse est bordé par des collines qui contiennent beaucoup de gypse : c’est la terre à garance, par excellence, du département, médiocre terre à blé; elle contient beaucoup d'humus et de 90 à 93 pour cent de carbonate de chaux ; 2° une terre de dépôts nouveaux, prise : vers les bords du Rhône, et produisant aussi

très-bien la garance; bonne terre à blé et à luzerne ; l'argile et le sable y dominent! ; 3° Lerre palus des environs d'Orange, Se durcissant aisément, manquant de profondeur, c’est-à-dire ayant au-dessous une couche de marne argileuse: cette couche est trop épaisse pour pouvoir être percée par les cultures ordinaires. Médiocre terre à garance ; mauvaise terre à blé; point de luzerne ni de sainfoin, sans des travaux de minage considérables ; le calcaire y entre pour plus de moitié; 4° terres des environs de Tarascon, d'anciens dépôts du Rhône, donnant peu de garance et se durcissant beaucoup ; bonne terre à blé, l'argile y domine; la proportion du calcaire est considérable; 5° terre de la vlane d'Orange, vers le Rhône, quartier de Marlignan, d'anciens dépôts du Rhône; bonne terre à blé, mauvaise terre à garance; le calcaire et l’argile y sont à peu près en égale proportion; 6° une bo/bène, qui m'a été apportée d'Auch, et que j'ai désiré soumettre à l'examen, n'ayant point de terre de celte qualité dans ce pays, où tous nos sols offrent une grande proportion de calcaire ; celle-ci est composée à peu près pour les 3/4 d'argile et pour 1/4 de sable.

Toutes les terres à garance sont exemptes de graviers ; l'expérience ayant prouvé que, quand il s’en trouve en quantité un peu notable, cette racine n’y prospère pas, et que les travaux de l’arrachage morcellent la racine, de sorte qu’elle est d’une vente difficile;les terres que nous avons soumises à nos expériences sont donc d’un grain homogène. (

D'après l'examen de ces six sortes de terres, on peut dire que pour sa végétation, mais non pour ses qualités, comme nous le verrons plustard,la composition minérale de la terre est presque indifférente à la garance. Dans un sol de composition identique elle réussit d'autant mieux, que la proportion de l’humus est plus forte. Quant aux propriétés physiques, la terre à garance par excellence est spécifiquement la plus légère de toutes ; proportiounellement à son poids, c’est elle qui se charge le plus d’eau, c’est chez elle que l’évaporation se fait le plus lentement, c’est elle qui adhère le moins aux outils, et celle qui, étant sèche, fait le moins corps. De plus, elle communique à un réservoir permanent d'eau de 1 à 2 toises de profondeur, et moyennant la forte proportion d’humus qu'elle contient, elle en aspire toujours suffisamment pour la maintenir fraiche presque toute l’année. Cette propriété fait que la végétation de la garance n'y cesse presque pas dans l'été, landis que, dans les autres terres séparées du réservoir inférieur par une couche d’argile plus ou moins profonde, la garance cesse de végéter pendant deux ou trois mois de l'été, temps perdu pour l’augmentation de son poids.

Mais il faut bien noter ici que toute humidité séjournant dans la couche inférieure du sol est tout-à-fait contraire à la production de la garance; que nous ne parlons ici que d’un sol bien égoutté, et enfin que ces observations sont faites au 43° degré de latitude el dans le climat venieux de la Provence.

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