‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 66 sur 467 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

$ II. — Engrais pour la Garance.

Il esttrès-essentiel de connaître pour ja garance, comme pour toutes les autres plantes en culture, la consommation d'engrais qu’elle fait dans le cours de sa végétation ; c’est sur celte notion que sont fondées la convenance de son emploi et la place qui doit lui être destinée dans le cours d'un assolement. L’observalion suivie sur des terres qui élaient réduites presqu'à leurs parties minérales a mis à portée de reconnaitre assez précisément que chaque quintal de garance sèche s'était approprié 13 quintaux (de 50 kilog.

chacun) d'engrais de cheval, point entièrement consommé, chaud, et dans un état où il pèse 45 livres le pied cube, sans être pressé. Ces données suffisent pour arriver à une assez grande exactitude dans l'estimation de la quantité de l’engrais. Ainsi, l’on serait sûr d’avoir autant de quintaux de garance qu’on aurait déposé de fois 13 quintaux de fumier sur ces terrains où 1l se décomposerait entièrement, et permettrait à la garance de s’en emparer pendant la durée de sa végétaion. Cela n'arrive que dans les Lerrains poreux et légers, que nous avons désignés comme bonnes terres à garance, qui, par la uature de leur:tissu, permettent à l’air d'agir sans obstacle sur toutes les parties d'engrais qu'elles contiennent, et qui d’ailleurs contiennent peu d'argile qui semble s'emparer des principes du fumier par quelque affinité chimique mal appréciée jusqu'à présent.

Dans les sols compactes arglieux, les plantes vésètent, d'ailleurs, avec lenteur, et l’on ne parvient à y avoir des récoltes avantageuses que quand l'engrais y est répandu avec assez d'abondance pour saturer le sol, et peut-être aussi en tenir les parties soulevées et divisées.

Nous avons vu que nos lerres à garance contiennent une assez forte portion d’humus, il parait étonnant qu’il faille cependant leur donner des engrais artificiels; mais l’une de ces 2 substances ne supplée qu'imparfaitement à l’autre ; le fumier devient promptement soluble, et peutservir presqu’en entier, dans l’espace d'un petit nembre d'années, à la nutrition des plantes, tandis que l'humus ne le devient que très-lentement: trésor que la Providence semble avoir dérobé, jusqu’à un cerlain point, aux calculs de la cupidité imprévoyante. Toutes les plantes n’ont pas une égale vigueur dans leur action à l'égard de l’humus. Il parait que celie de la garance est très-grande, puisque dans un sol dont le blé peut à peine arracher sa subsistance, une première récolle de garance trouve presque toujours une quantité suffisante de sucs à mettre à profit. Cette force de végétalion doit faire concevoir aussi la grande déperdilion que subit un terrain qui est soumis à cette culture, et le danger de la réitérer souvent sans engrais.

Deux facteurs concourent à établir la quotité d’une récolte, les propriétés physiques du sol et sa richesse, ou autrement dit, les portions de matière assimilable dont il dispose actuellement. Dans des terrains iraités de la même manière en engrais et en travail, j'ai cherché à quelle propriéte du sol

cuar. 7°.

se rapportait la quantité variable de la récolle, et j'ai vu que c'était principalement à sa qualité de s'emparer de l'humidité atmosphérique, et en seconde ligne au défaut de ténacité du sol; mais les terres fraiches, en été, ont décidément le premier rarg dans la production de la garance. Des terres sablonneuses de peu d’adhérence laissent sécher et périr la garance pendant la saison chauce, et donnent un résultat beaucoup moindre que des terres compactes qui ont de la fraicheur, tandis que les terres sablonneuses fraiches produisent des récoltes surprenantes.

$ III. — Culture de la Garance.

La culture de la garance s’entreprernd actuellement, dans le dép. de Vaucluse, par trois différentes classes de cuitivateurs :

1° les propriétaires qui la font avec soin sur leur terrain ; 2° des fermiers voués spécialement à cette branche, et qui louent des terres pour la culture de la garance : ceux-ci entreprennent ordinairement sur une grande échelle; 3° les fermiers à mi-fruits qui, ayant un excédant de journées oisives depuis la récolle jusqu'aux semences, et aussi dans le courant de l'hiver, les emploient à cette culture. C’est un véritable bienfait pour eux que l'introduction de la garance daus leur assolement ; elle ieur fait tirer un parti utile d'un temps qui était entièrement perdu pour eux, el en les entretenant dans une activite constante, elle les soustrait à ces habitudes de paresse, qui se conservent dans les momens mêmes où leurs champs réclament des travaux non interrompus.— Nous trouvous donc ici trois genres de culture adaptés à ces trois classes d'individus : 1° la culiure soignée, Jardinière, par laquelle on a débuté dans ce pays; 2° la grande culture ; 3° la culture à Ltée sans engrais. La première est

ermanente, étendue sur toutes les vérita-

les terres à garance, et ne recoit guère que des augmentations insensibles ; la deuxième a une grande extension dans les années où l’on prévoit une augmentation de prix, et se resserre dans celles où les prix sont bas; enfin la dernière est permanente aussi, gagne chaque année de l’étendue, se propage dans les habitudes de nos cultivateurs.—On donne aussi pour les cultures en garance, des terres “étachées à des paysans qui s’en chargent pour la moitié de la récolte; le propriétaire contribue à l’arrachage dans une proportion relative à la récolte présumée, et l’on convient de l'indemnité à payer au cultivateur, si, par l'effet des intempéries, la graine ne sortait pas et qu'il fût obligé d'abandonner graluitement sa 1° culture :on lui donne alors de 40 à 60 francs par hectare, ou bien on lui laisse faire à moitié profits une récolte de grains sur son travail.

Nous allons traiter spécialement de la 1'° de ces cultures, comme étant la meilleure, en ayant soin de noter les différences que présentent les autres modes.

Quand on a un terrain propre à la garance, et qu'on se propose de se livrer à cette culture, il n'est pas douteux qu’il ne convienne de le faire avec des soins proportionnés au

profit qu’on en peut retirer, et des engrais qui puissent réparer la déperdition que la garance fait subir au sol: c’est dans ces sortes de terrains que l’on est sûr d’être remboursé de ses avances.

On doit faire défoncer le terrain à demimètre de profondeur, à moins qu'il n'ait recu depuis peu un travail profond : cette facon se donne ordinairement à là bêche.

Les ouvriers sont disposés de manière à faire front à la ligne du travail, ils enlèvent ainsi une première pointe de terre; faisant ensuite un à droite, ils se trouvent en file. descendart dans l’excavation qu’ils viennent de faire,1ls enlèvent une seconde pointe, et la rejettent sur la première; ils font ensuite front de nouveau pour continuer le travail, et ainsi de suite. Celte opération a lieu pendant l’hiver; les pluies et les gelées rompent les mottes de terre, qui se trouvent pulvérisées au printemps : on l’entreprend quand la terre est dans cet état où,ayant une humidité suffisante, elle ne s'attache pourtant pas aux outils. Il faut observer, cependant, que les défoncemens qui ont lieu avant l'hiver favorisent la sortie des mauvaises herbes, et occasionent ensuite plus de frais de sarclage : aussi beaucoup de cullivateurs intelligens préfèrent-ils les travaux qui ont lieu au commencement de mars, quoiqu'ils obligent à de plus grands frais pour l’ameublissement de la terre. Mes nombreuses expériences sur la ténacité des terres, comparées au nombre de jaurnées, faites en diverses années sur les mêmes sols, m'ont donné des résultats dont les épreuves journalières me prouvent la très-grande approximation. Sur nos bonnes lerres à garance, dont la ténacité n’est que d’un kilogramme et 1/2, et qui se remuent presque avec la pelle de bots, on fait ce travail avec 44 journées de 8 heures de travail par hectare, ou avec 352 heures de travail. Cette quantité augmente de 66 heures par kilogramme d'augmentation dans la ténacité du sol, avec les ouvriers dont on dispose dansle sud-est de la France; mais l’augwentation devient moindre dans les terres gélisses, dont une couche plus ou moins forte a été soulevée et ameublie par l’effet des gelées. Si le terrain était gazonné, il faudrait augmenter les frais de main-d'œuvre.

Dans ia grande culture de la garance on a recours à une forte charrue pour les premiers travaux de défoncement ; ce changement à été amené forcément par la baisse des prix dela garance et par l’infériorité des sols d’une ténacité plus grande que les bonnes terres à garance, et qui eussent été définitivement éloignées de la concurrerce, si On avait continué à employer les moyens de la petite culture sur de vastes étendues de terre.

On fait les charrois d'engrais tout l'hiver : il est des terres où la quantité que l’on en mel peut être, pour ainsi dire, illimitée, et produire une récolte de racine proportionnée; mais il faut reconnaitre ici que ce n'est que sur les sols poreux, légers et frais qu'il convient de tenter ces doses surabondantes d'engrais. Ces essais, qui réussissent trèsbien sur de pareils sols, sont sujets à causer des perles sur des terrains moins favorable-

ment disposés, dans lesquels le fumier se décompose avec plus de lenteur : la proportion dépend donc d'expériences failes sur les différens sois; cependant l’engrais n’étant pas perdu pour le propriétaire qui le retrouve dans la récolte subséquente, il peut agir plus libéraiement qu’un simple fermier, et disposer d’une masse de fumier au-delà de la quantité que l’on a coutume d’employer à cette culture, et qui est de 880 quintaux (22 voitures de 40 quintaux ) par heclare.

Quand le fumier est étendu, on passe deux raies croisées de jabour pour l’enterrer \égèrement; ensuite on Lerse pour égaliser le sol. On trace alors, avec un sillonneur à bras, les sillons où l’on doit semer la garance; ces sillons doivent avoir un mètre et 2/3 de largeur, avec un intervalle de 1/3 de mètre entre deux sillons : ainsi on trace les lignes à 2 mètres de distance l’une de l’autre. Cetlte opération terminée, un homme creuse, le lang du sillon, une rate plus profonde avec une houe à bras; il est suivi par une femme ou un enfant qui répand la semence dans la raie : on en emploie 170 livres par hectare.

Les grains doivent étre espacés également, et au plus à 1 pouce et 1/2 l’un de l’autre dans tous les sens, et non pas placés en ligne. En revenant sur ses pas, après avoir achevé sa raie, l'homme en ouvre une autre à côté de celle-ci, dont la terre lui sert à recouvrir la graine mise dans la première; la semeuse le suit encore, et ensemence cette nouvelle raie, et ainsi de suite, jusqu'à la sixième, qui reste sans être semée, et qui fait l'intervalle du 1°* au 2° billon. Dans les terrains légers de palus, cette opération est faite le plus souvent avec une pelle de bois.

$ IV. — Plantation de la Garance.

Trois cérconstances conduisent à planter la garance au lieu de la semer : 1° la cherté de la graine; 2° le climat ; 3° l’état du sol, qui rend la sortie des germes précaire. 1° La plantation de la garance se faisait assez généralement, il y a quelques années, quand le haut prix de la graine pouvait se compenser avec la valeur de la racine. On emploie, pour planter un hectare, 30 à 40 quintaux de racine fraiche, bien nettoyée de terre, qui se paie un cinquième du prix de laracine sèche:

c’est la proportion dont le poids de la garance diminue par le séchage; mais il faut compenser avec cette augmentation de frais la valeur d’une année de rente du terrain, puisque la garance plantée ne l’occupe que deux ans au lieu de trois. Ainsi, toutes les fois que le prix de 6 quintaux et 1/2 de racine sèche, plus l’intérét de ce prix pendant deux ans, est inférieur à une année de rente, plus la valeur de la graine, plus l'intérêt de cette valeur pendant trois ans, plus l'intérêt des travaux de la première année pendant un an,il.peut convenir de planter la garance au lieu de la semer. Ainsi, dans les terres dont la rente est chère, ily a toujours un avantage à planter.

2° Le climat est un autre élément important à considérer dans le choix d’une des deux méthodes; partout où l’on a de fortes

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