‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 67 sur 467 · LIV. IT · texte numérisé non relu

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chances d’éprouver des gelées après l’époque des semailles, on doit renoncer aux semis, car la garance jeune est une plante très-délicate, et l’on perdrait de la sorte une grande partie des plantes, et peut-être la totalité. La réussite d’un semis à aussi à craindre la sécheresse du printemps; et cette circonstance, quise présente assez souvent chez nous,influe alors sensiblement sur la beauté des cultures: les plantes sortent rares si elles manquent de pluie, et la récolte en éprouve un assez grand déficit. Ainsi, sous le rapport du climat, la méthode de plantation est aussi la plus sûre; mais on ne doit pas s'exagérer cette difficulté, et, par exemple, si la graine n’est pas chère. il est facile de ressemer avec peu de frais une terre bien préparée et qui vient de souffrir de la gelée : il n’en est pas de même de la sécheresse, qui fait perdre souvent le moment favorable en se prolongeant.

3° Examinons maintenant ce qui tient à la nature du sol. Quand les terres calcaires peu abondantes en silice ont été bien ameublies, et qu’elles éprouvent une pluie suivie d’un temps sec, il se forme à leur surface une croûte que le germe des plantes n’a pas la force de percer, et qui exige qu'avec un rateau ou une herse légère, tirée à bras, on en brise l’adhérence. C'est un petit surcroit de travail qui, étant fait à temps, détruit l'inconvénient dont nous venons de parler ; mais il faut le réitérer plusieurs fois dans certaines années où les petites pluies, suivies de vent ou d’un bon soleil, se reproduisent à plusieurs reprises avant la sortie des semences. Dans les terres très-légères, comme celles de palus, dont la ténacité n’est que de 1 à 2 kilogrammes, les grands vents emportent quelquefois en forme de poussière une assez forte couche de la surface du sol,et, déchaussant ainsi les jeunes plantes, les exposent à périr: c’est encore une raison qui milite dans ces Lerrains en faveur dela plantation. Enfin, il est certain que la semence sort mal dans les terrains où l’on a réitéré souvent cette culture, et qu'il est des terrains que, pour cette raison, on est presque forcé de planter au lieu de les semer. Cependant le bon marché de la graine, permettant de semer bien épais dans les terrains que l’on connaît pour être rebelles à la sortie, diminue beaucoup cet inconvénient.

Il résulte de ce que nous venons de dire que la plantation de la garance est la méthode la plus sûre, qu’elle est la plusavantageuse dans un grand nombre de cas, et que c’est la forte avance à faire qui décidele plus souvent les cultivateurs dans la préférence presque générale qu'ils donnent aux semis.

La plantation de la garance se fait en novembre ou décembre, et quelquefois en février et mars, sur un terrain préparé en tout point comme si on allait le semer; on tire le plant des pépinières, où on l’a semé trèsdru au printemps précédent,ou bien on l’achète, comme nous l’avons dit, à raison du cinquième du prix de la garance sèche, en portant une grande attention au nettoiement de la racine, qui peut garder aisément un dixième de son poids en terre pour peu qu'on manque de vigilance. Qn trace des

cuAP, 7°,

raies avec la houe à bras, comme nous l'avons dit pour les semis à la main, et on en garnit le fond de racines bien étalées que l’on recouvre de la terre de la raie suivante.

La culture de la garance en Alsace ne diffère de celle que Je viens de décrire pour planter la garance, qu’en ce qu'on y donne aux billons 6 mètres de largeur, y compris le fossé, au lieu de 2 mètres qu'on leur donne chez nous. On plante au printemps; on ne couvre qu’une fois en plein, avec 3 pouces de terre, vers le milieu de novembre.

En Flandre, selon Dunamez, les planches ne sont que de 3 mètres. Les plantations se font de préférence en automne, à cause, sans doute, de la douceur des hivers du climat océanien, que l’on n’a pas en Alsace.

$ V. — Soins d’entretien de la Garance.

Dès que la garance est sortie de terre, tous les soins doivent être dirigés vers son sarclage, qui ne saurait être trop parfait et doit être répété après chaque pluie, dès que les herbesadventices commencent à se distinguer sur le sol. Les bienfaits de cette opéralion, accomplie d’une manière parfaite, se prolongent, au reste, bien au-delà de la récolte de la garance. Ce sarclage se fait à la main; les femmes et les enfans qui y sont

destinés se mettent à genoux dans l'inter- |

valle des billons, et épluchent exactement tous les filamens de mauvaises herbes.— Le sarclage est toujours suivi de l’opération de couvrir la garance d’une légère couche de terre prise dans l'intervalle, et destinée à raffermir la terre et remplacer celle que l'arrachement des herbes peut avoir déplacée. — Ce sarclage est répété plus où moins la première année, selon la faculté du terrain a produire de l’herbe ; mais on doit compter sur environ trois sarclages pendant le premier été:ils exigent 22 journées de femme par hectare pour chaque fois, dans les terrains qui produisent médiocrement d'herbes ; mais cette quantité peut être beaucoup plus forte dans ceux où la végétation est vigoureuse.

Au mois de novembre, on couvre tous Les billons de 2 à 3 pouces de terre, et c’est dans cet état que la garance passe l'hiver. À l'é-

oque où l’on couvre, la fane est flétrie par es premiers froids el ne tarderail pas à sécher : il ne s’agit pas ici de la défendre des gelées, auiquelles elle résiste très - bien, mais d’obliger ‘a plante à former de nouvelles racines dans la terre dont elle est couverte, pour se montrer au Jour. La première végétation du printemps est si vigoureuse, qu'elle perce cette couche avec rapidité, et que la nouvelle tige ne tarde pas à en sortir dès que les premières chaleurs du printemps se font sentir.

Nos ouvriers se chargent de couvrir les garances, à prix fait, moyennant 25 francs par hectare.

Pendant la seconde année, on continue à donner des Soins au sarclage ; mais, s’il a été bien fait la première, les plantes de garance, s'étant emparées du sol, ne permettent guère aux herbes étrangères de se montrer. On couvre légèrement après chaque

sarclage; cependant bien des personnes ne couvrent plus la seconde année, prétendant, avec quelque raison, que l'arrachement des herbes ne peut plus déranger les racines de la garance, désormais bien établie en terre.

Quand la tige est en fleur, on la coupe pour avoir du fourrage, ou bien on la laisse grener. Les avis sont partagés sur ces deux méthodes : bien des personnes pensent aue le fauchage oblige la plante à une nouvelle pousse qui doit épuiser la racine; mais, d’un autre côté, qui ne sait comment la fructification épuise les planteset les racines de tous leurs sucs! Je dois dire, d’ailleurs, que l’expérience ne m'a jamais montré de différence sensible entre les produits en racine, dans les cultures traitées selon l’une ou l’autre méthode; que d’ailleurs, dans les terrains qui ne sont pas naturellement frais, cette opération précède de peu de jours le temps où la tige se dessèche après la fructification, et où sa végélation s'arrête pendant la grande chaleur de l'été, et qu'ainsi la racine n’en est pas moins obligée à produire de nouvelles tiges aux premières pluies qui annoncent l’automne.

Sous le rapport du produit de ces deux méthodes, indépendamment de la quantité du produit en racine, il ne peut plus y avoir de comparaison depuis que le prix de la graine est si modique. La culture faite seulement d’abord sur les terres palus, où la fleur coule aisément, ne produisait ‘qu'à peine Ja quantité de semence nécessaire; mais transportée aujourd'hui, par la culture des métayers, sur des terres fortes, où la graine mürit bien, elle en produit une quantité qui surpasse de beaucoup la demande. Sur un terrain pareil, un hectare de garance produit, en moyenne, 300 kilog. de graine, c'est-à-dire de quoi ensemencer quatre fois el demie un pareil espace. Portée en 1816 jusqu’à 3 francs la livre, elle n’a pu s'élever, depuis quelques années, qu’à 25 centimes.

Pour récolter la graine, on attend qu’elle soit d'un violet foncé; on fauche alors la Uge rez-sol, on la transporte sur l'aire, où elle se sèche ; on en sépare alors la semence en la remuant avec une fourche, ou tout au plus par le moyen d’un jéger battage au fléau.

Quant au fourrage, il est d’une excellente qualité, presque aussi estimé que la luzerne; on sait qu'il a la propriété de teindre en rouge les os des animaux qui en mangent, circonstance que l’on trouve souvent dans le pays à garance. Son produit est un assez bon critère pour juger du produit futur des racines, que les cullivateurs expérimentés esliment être égal au poids du fourrage de la première année, et double de celui de la seconde.

$ VI. — Récolte et conservation de la Garance.

La troisième année n’exige d’autre travail qe le fauchage de La tige, el enfin, au mois

‘août ou de septembre, aussitôt après que les pluies ont assez pénétré le sol pour je rendre facile à creuser, oz se livre a l'arrachement. Si Yon peut faire arriver l’eau dans les fossés qui séparent les billons, on a l'a-

vantage de pouvoir devancer de quelques jours la masse des arracheurs, de trouver ainsi des ouvriers et des acheteurs avec plus de facilité.

Dans les Lerres palus, où la ténacité de la

terre est presque nulle, où peut pratiquer

cette opération à l’époque que lon veut :

autre avantage de ces excellentes terres à garance. Il est imporlant que cette opéra- Uüor précède le temps où l’on peut craindre des gelées, qui nuiraient beaucoup à la qualité de la racine pendant le séchage. Dans aucun cas, on ne doit faire l'extraction au printemps quand la racine est entrée en sève, car alors elle se dessèche prodigieusement, et sa couleur n'est pas de bonne qualité; pratiquée assez souvent à cette époque,quand une pièce de garance a mal réussi ou qu’on destine le terrain à une autre culture, ou quand la terre a été trop dure, ou qu’on a élé trop occupé l’été précédent, eile ne fournit jamais qu'une mauvaise marchandise.

Pour exécuter l’arrachage, les hommes sont disposés sur chaque billon ; on en place même deux si la terre est tenace et exige un grand effort; avec leur bêche, ils renversent la terre devant eux, et creusent aussi profondémeut qu’ils peuvent apercevoir dans le sol des filanens de racine. Il est important

our le propriétaire que cette opération soil

ien faite : dans les terres meubles, où la garance s’approfondit beaucoup, on a vu perdre jusqu’au tiers de la récolte, que des cultivateurs industrieux venaient ensuite extraire à moitié profit; mais, d’un autre côté, dans les terrains compactes, elle s’enfonce rarement à plus d’un pied, et iout le temps employé pour rechercher de trop petits filamens causerait de la perte au propriétaire, surtout dans les années où la racine est à bas prix. Après une heure de travail, tout homme expérimenté a bientôt jugé de la profondeur où diot se borner le travail. Cet ouvrage est long et coûteux, sa durée varie dans le même terrain selon l’état actuel du sol; mais quand on attend une pluie suffisante pour le bien pénétrer, ou quon l’a ramolli par l'irrigation, on rentre

ans des données plus précises. J’ai cherché à recueillir, à cet égard, des notes sur les différentes espèces de terrains; il en résulte que dans les terrains de palus, on emploie 1,320 heures de travail par hectare. et qu’il augmente de 123 heures par kilogramme de plus dans la ténacité de la terre.

Devant chaque ouvrier se trouve placé un linceul dans lequel il jette la garance à mesure qu'il la recueille: à chaque repos, ces linceuis sont portés sur l’aire, où l’on étale la récolte pour la faire sécher : on la remue à la fourche pour en séparer la terre et la poussière qui pourraient y être restées attachées; on ia transporte ensuite dans un local sec, car l'humidité lui ferait contracter de la moisissure et la détériorerail entièrement.

Dans la grande culture les travaux d’arrachage se font aussi à la charrue, à laquelle on met d’abord pour 1°" couple de l'attelage une paire de bœufs, en attelant devant ceuxci des mules ou des chevaux en nombre proportionné à Ja ténacité du sol: avec ces moyens on fait un demi-hectare par jour en

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