‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 68 sur 467 · LIV. II · texte numérisé non relu

LIV. II

creusant à 17 pouces (45 cent.) de profondeur. On peut aussi exécuter le mê:ie travail en passant une seconde fois dans la raie ; deux charrues, se succédant dans la même raie, ne pourraient pas servir à cet usage, parce que lon morcellerait et J’on enterrerait la racine. Pour exécuter ces travaux, 20 hommes et 20 femmes au moins sont nécessaires pour chaque charrue ; la largeur du champ est divisée en 20 distances égales, un homme et une ou deux femmes sont attachés à chacune de ces divisions; les homnes, armés d’un râteau de fer, étendent la terre qui vient d’être retournée par la charrue le long de leur division; les femmes ramassent la racine dans des paniers et la déposent ensuite dans des linceuls placés à distances égales.

Dans les pays du nord, comme en Alsace et en Flandre, et c’est la principale différence avec les méthodes du dép. de Vaucluse, on est dans la nécessité de faire sécher Les racines à l’étuve au lieu de le faire sur les aires à dépiquer le blé; c’est un accroissement de dépense assez important.

Après la dessiccation, il ne s’agit plus que d'emballer sa récolte. Il convient presque toujours au propriétaire de se charger de celte opération, parce que la récolte non emballée est soumise par l'acheteur à un triage toujours préjudiciable. 4 mètres et 1 2 de toile pesant 10 livres, servent à emballer 3 quintaux de garance, et coûtent 4 fr. 30 c.: ce qui donne 1 fr. 43 c. de toile par quintal de garance; plus, 15 c. pour lemballeur; total, 1 fr. 58 c. Il y aurait donc de la perte toutes les fois que 3 livres et 1/3 de garance ne vaudraient pas 1 fr. 58 c.,c’est-à-dire environ 48 fr. le quintal; mais la première considération, réunie à celle du moindre espace qu'occupe une récolte, à Parrangement qu'on peut Jui donner, à la facilité de la changer de place, doit faire préférer au propriétaire d’emballer lui-méme en attendant la vente, à moins qu'elle n'ait lieu tout de suite après la récolte.

$ VII — Calcul des frais et produits.

Le calcul que nous allons donner de la dépense pour un hectare de terre en garance, cultivée à bras dans une terre palus du département de Vaucluse, mettra à même de calculer approximalivement pour d'autres localités, le prix de revient de cette denrée.

Première année.

Défoncer le terrain. 44 journées d'hiver à 1 .frs 50cents ei" 11.100 66:05 22 charretées de fumier, à 20 fr.

(PRIX MOYENS "1/21. …. ORNÉIONMS Charroi du fumier (variable selon l'éloignement), à 6 fr. la char- Pete ME ÉENTEMOEMA CU LE NE RSI »

Deux raies de labour pour enterrer le fumier et hersage pour égalisemiaterrestauts 5. 100 2440 Graine, 170 livres, à 25 cent. .

D'autre part. . Lies 7040100 Huit journées d'homme et de femme pour semer. . . + + + 22 »

Sarcler trois fois, 66 journées de femme en été, à 1fr. + + . - 66 »

Couvrir trois fois. . . . .°. 94 »

Couvrir en plein (prix fait). . 24 7 Rente de la terre, au prix du pays pour faire de la garance, location plus haute que pour d'autres \ EMPLOIS: r- ML EM MMEAUE Me sel 165 »

1,016 25 Intérêt à dix pour cent. . . . 101 62 Total de la 1'° année. .1,117 87 Deuxième année.

Sarcler en plein, 22 journées. DO Couvrirune fois: - (4 12 Couyriren plein. - :- -.. -\. 24 75 Rente de la terre. . - . . 165 »

Ha CE dr DNS DEAR UE US Intérêt du capital avancé la 1 aunee. Mme del lle 101 62 Total de la 2° annee. . 347 74 * Troistème année.

Arracher, 165 journées, à 2 fr. 300.4 Sécher et emballer, 1 fr. 58 cent.

parquintal,et 77 quintaux. . : . 121 66 Rente de la terre pour us an. 165 »

616 66 Intérêt du capital de la 1'° année HOÉAOINE ec eee A2ee à v.00b084 Iutérêt du capital de la 2° année DOUÉ MONS. 2 belles mate sure 11: 18 Le capital de la 3° année n’est déboursé que presque au moment de la récolte et de la vente. . . . RATE 678 65 NP M 1'P'année.. - 11117297 Récapitulation. ZAANNEC 4 SAT 74 3° année... . 678 65 Total. 2,144 26 Produits.

1° Fourrage de la 1'° année, 77 QUINTAUX, a 2 FF 00 Ne cal PV RME Intérèt de deux ans. DANCE re 2° Fourrage de la’2° année, :: °°. #77 , Intérêt d’un an. . \ , 7 70

3° 77 quintaux de racines, à 30fr. 201014

VA 2,579 50 Ce qui fait ressortir un bénéfice Lg mot 2 CRÉES 1 AS 24

D'après ce compte, {a garance revient à 24 fr. 34 cent. 34.

Dans des terrains plus compactes. une première récolte de garance se fait fort bien sans l'emploi du fumier, et alors le prix de la racine revient aussi à 24 fr. environ.

Dans la grande culture, où le défoncement et l'arrachage ont lieu à la charrue et en ne poriant pas de frais d'engrais, la dépense

pour les trois années peut être évaluée à 871 fr. 9 cent ; le produit, en ne portant la graine et la tige que pour mémoire, étant évalué à 33 quintaux de racine, ils reviennent à 26 fr. 40.

Dans ce compte, si l’on avait des terres qui élevassent le produit à 55 quintaux, en supposant que les frais restassent les mêmes, la garance ne s’élèverait pas à plus de 15 fr. pour une première récolte; pour les récoltes suivantes, qui exigeraient l'emploi du fumier, les frais seraient considérablement augmentés.

Dans la culture des métayers, si la récolte est de 55 quintaux, ils coûteront en totalité 1,159 fr. 12 c.; le quintal reviendra donc à nos cultivateurs à 21 fr. 7 c. 1/2, et encore nous ne faisons pas entrer en déduction le fourrage ou la graine. On conçoit tout ce que l'extension d’un pareil système doit appeor ter de changement dans les prix de la garance, et par là dans toute la situation asricoie du pays, et aussi dans le prix des journés payées en argent. C’est l’introduction dans la concurrence Au travail d’une classe uombreuse, qui auparavant perdait une partie de son temps dans l'oisiveté, et qui vient prendre sa part au dividende général de l'agriculture, fait dont les conséquences peuvent être immenses.

$ VII — Assolemens dans Îesquels il convient d’intercaler la garance.

Une récolte peut détériorer un sol de trois manières, ou en le durcissant, ou en le salissant, ou en l’épuisant. La garance, loin de durcir le sol, lui procure un ameublissement très-profond par l'opération de larrachage :

ainsi, sous ce rapport, elle est favorable au sol; et, dans toutes les estimations de culture que nous avons faites, on doit, en toute justice, si l’on sait profiter, pour une récolte consécutive, de cet excellent travail du sol, déduire du compte des frais d’arrachage une somme égale à la valeur dont il peut être, et qui équivaut à la préparation du sol de la première année de culture.

Si la garance a été soignée, il ne faut pas douter aussi que la terre ne se trouve, après sa récolte, dans un grand état de netteté.

Cependant, je dois observer que dans les garances de métayers el dans celles de la grande culture, où l’on néglige souvent les sarclages de la seconde année, la terre se trouve salie par cette culture; et, quoique ces plantes paraissent peu la troisième année, où eHes sont dominées par la vigueur de la garance, leurs semences, dispersées dès la seconde année, remplissent le sol, et ne tardent pas à se remontrer.

Quant à l'épuisement du sol, il est indubitable pour toute personne qui a suivi celte culture. Je dois dire, cependant, que des doutes sur son étendue m'ont été manifestés par des cultivateurs éclairés des pays du Nord. Nous différons aussi avec eux sur l’épuisement causé par les pommes-de-terre, les betteraves, les carottes, et en général toutes les racines : il est considérable chez nous, et ils le regardent comme presque nul.

Cette divergence tiendrait-elle y que ces

cultures, qui végètent une parlie de l'été, tirent plus du solet moins de l'atmosphère dans nos régions du Midi, dans une saison aussi chaude et aussi sèche? Je penche d'autant plus pour cette explication, que nous sommes d'accord sur l'intensité de l’épuisement causé par les céréales, dont la végétation a lieu dans des saisons plus constamment humides.

Quand on cultive un so profond et riche dans toute sa profondeur, que la couche arable en a été épuisée par une longue série de cultures superficielles, la culture de la garance, ramenant à la surface, par un travail profond, les principes féconds qui n’ont pu être atteints par les labours ordinaires, semble communiquer à ce terrain une fécondité nouvelle, et l'améliorer au lieu de le détériorer. Ainsi, sur un sol d’alluvion du Rhône, nous avons vu de superbes récoltes de céréales succéder à la culture de la garance, tandis qu’elles étaient devenues chétives par une rotation vicieuse avant le défoncement du sol.

D’autres fois, il arrive que la couche arable soumise à la charrue manque de profondeur, que l'humidité stagne l'hiver au pied des racines des céréales : la culture de la garance change l’état des choses, et produit sur ces sols une amélioration qui fait plus que compenser l'épuisement qu’elle cause.

Il arrive aussi très-souvent que la couche arable imprégnée d’humus 7’est pas trésprofonde, et qu'au -dessous d’erle se trouvent des argiles ou des graviers maigres; dans ce cas, la garance détériore réellement le sol, et ce n'est que par des engrais réitérés qu'on lui rend sa fécondité première. On sent, d’après cela, que tout propriétaire qui loue ses terres pour la garance doit bien examiner leur constitution; si elles sont maigres au fond comme à la surface, la garance achèvera de les détériorer, en leur enlevant le peu de substance organique qu’elles possèdent. Si le sol est fertile dans sa couche supérieure et maigre dans l’inférieure, il faut se garder absolument de cette culture; mais, daos le cas où le sol est vraiment fécond dans sa couche inférieure, tout se réunit pour recommander cette opération :

augmentation de fermage pour les années de la garance, augmentation de valeur du sol pour les années qui suivront.

Le temps que l'on doit laisser la garance en terre dépend de plusieurs élémens : le prix de la rente, l'augmentation du poids de la racine, et l'assurance qu’elle n’éprouvera pas de mortalité par un plus long séjour.

Quand la rente de la terre n’est pas forte, et que la terre est fertile, on peut, avec avantage, prolonger la durée de cette culture ; c’est ainsi que dans la Livadie la racine reste cinq à six ans en terre. Dans les terrains légers, où la racine s’empare avec facilité des sucs de la terre, on regarde le terme de trois ans comme le plus avantageux; il peut n’en être pas de même dans les terrains compactes, où la garance laisse une plus grande quantité d'engrais non consommés ; l’opinion des cultivateurs est que, sur ces sols, la quatrième année augmente la récolte d’environ 3 à 4 quintaux par hectare: la cin-

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