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quième année produirait, sans doute, une augmentation moins forte. C’est une expérieuce à faire, mais qui dépend encore tellement des saisons et des sols, qui devrait être variée de tant de manières, qu’elle pourrait bien n'être pas aussi concluante que difficile.
Une cause qui tend à abréger la durée de la garance sur beaucoup de terrains, c’est un ÂAizoctone non décrit (Rhïzoctonia rubiæ), espèce de Champignon, qui attaque cette racine et l'enveloppe d'un épais réseau couleur de lie de vin; ce rhizoctone a des rapports avec celui de la luzerne, dont il diffère d'ailleurs spécifiquement. Quand la garance est gagnée par le rhizoctone, elle jaunit et meurt, et la plante parasite, se communiquant d’une racine à sa voisine, finit par dévasler de grands espaces. Les terrains où les luzernes sont sujettes à cette cause de destruction la présentent aussi pour la garance, quelquefois dès la seconde année, mais surtout si on en prolonge la durée. Je ne crois pas que l’on ait encore bien caractérisé la disposition du sol qui occasione cette espèce de maladie des racines : ce n’est pas toujours sur des sols humides qu’on l’observe. C’est encore un sujet d'observation qui s'offre à l’agriculteur intelligent.
Dans les terres qui ont porté plusieurs récoltes de garance, les céréales qui suivent cette culture sont très-pauvres, à moins qu’on ne leur applique une fumure considérable.
Après une première récolte, leur réussiie dépend de la valeur de la couche inférieure que l’on a ramenée au-dessus ; mais, en général, elle est moins belle que celle que l’on retirerait après un repos d’un an; quant aux fourrages artificiels, 1s réussissent fort bien après la garance; j'ai vu des sainfoins donner deux bonnes coupes dès la première année de leur semis, et dans une année sèche où les autres sainfoins étaient sans produit. Des luzernes en donnent plusieurs très-belles ; mais on a besoin de semer épais à cause de la perte de la semence, et de rouler le terrain comme pour les céréales. Le défoncement du sol produit donc un effet tellement marqué sur ce genre de récolte, qu’on ne doit pas hésiter à la préférer, toutes les fois que cela se rattache aux autres convenances agricoles : bien entendu que, si c’est de la luzerne que l’on sème, il faut lui consacrer les mêmes engrais qu'on lui destine ordinairement. Sur les sols médiocres où mauvais,on profite aussi de ce défoncement pour planter des vignes, des arbres, etc., et les frais du premier établissement se trouvent ainsi réduits à rien. Il est facile d'imaginer que les racines se trouvent très-bien de cette préparation, et qu'avec des engrais suffisans, elles ne peuvent donner que de belles récoltes.
$ IX. — Commerce de la garance.
Après avoir produit il faut pouvoir vendre, et pour bien vendre il faut des concurrens.
Le bas prix que l’on offre d’une denrée nouvelle dans un pays, dépend de ce que les negocians qui l’achètent tâätonnent eux-mêmes, et ne veulent sortir du cercle de leurs spé-
citAP. 7°.
culations ordinaires que sur l’appât d’un gain qui surpasse de beaucoup celui dont se contentent ceux qui en font leur affaire suivie. Dans les pays où la culture de la garance est étendue, tout est préparé pour son emploi: des marchés florissans où se rendent les acheteurs et les vendeurs, des courtiers spéciaux, des usines, des correspondances avec les pays de consommation, des commis qui vont pour voir les manufactures ; le prix que recoit le cultivateur est toujours le maximum de ce qui peut lui être offert dans le moment, en raison de la proportion des produils à la consommation : mille concurrens en sont le garant.
A moins d’être producteur habituel d’une masse très-considérable de garance, il ne convient pas à agriculteur de vendreailleurs que dans son grenier : il est dupe de toute préparation manufacturière ou de toute opération commerciale qui va au-delà de la récolte. :
Non que je croie qu'il soit impossible de faire passer au cultivateur une partie du bénéfice des négocians. Ainsi, dans la récolte de la soie, le cultivateur s’est emparé, en grande partie, du bénéfice de la filatare; mais il faut que ce mouvement vienne du petit propriétaire, qui fait ses opérations sans frais au moyen de sa famille; et quand la concurrence a tout régularisé, a fixé des prix équitables, alors le grand propriétaire peut participer aussi au même avantage. Je sais que déja de petits moulins à garance, mus par des chevaux, se sont établis sur plusieurs points; sans doute il se formera aussi un commerce intermédiaire de pégocians qui, n'ayant point d'usines, recueilleront les petites quantités de poudre provenant des récoltes particulières, et les assortiront; sans doute le propriétaire pourra s'emparer de la mouture de la garance, si toutefois il peut jamais joûter dans la préparation en petit avec ceile d’un moulin bien et convenablement disposé. Nous donnerons ici une idée rapide du commerce de la garance, pour que le propriétaire puisse lui-même juger de ses difficultés, et de la nécessité où il se trouve de vendre sa racine aux fabricans dans les pays où cette branche de commerce est bien établie, et qu'il n’ignore pas les moyens d’en tirer parti, s’il veut tenter cette culture dans une contrée où elle sera nouvelle.
La racine de garance est composée, comme toutes les autres, d’écorce, d’aubier et de bois. Quand la plante est en sève, on sépare facilement ces trois parties l’une de l’autre ; l'écorce est dépourvue de propriétés colorantes, et altère même la couleur des pores auxquelles elle serait mêlée ; lauier fournit la véritable fécule colorante. Le bois en contient une dose beaucoup moindre el beaucoup moins énergique. D'où il suit d'abord qu’une racine contient d'autant plus de matière colorante que, proportionnément à son poids, elle renferme plus d’aubier et moins d’écorce et de bois. Dans les terres compactes ou Lrop sèches, lagarance acquiert beaucoup d’écorce : les pelites racines ont plus d’écorce proportionnellement à leur volume, Une garance trop vieille où trop grosse a une plus grande proportion de
bois; de plus, celle qui est plantée a plus de fibres latérales que celle qui a été semée. La garance arrachée en sève au printemps, surtout quand elle n’est pas parvenue au terme de son accroissement, et qu'on l'arrache un an après son semis; enfin, une garance conservée trop longtemps en magasin perd aussi de ses propriétés colorantes : le négociant Juge au coup-d’œil de ses qualités, et sait y proportionner ses prix.
Après l'abondance de la matière colorante, vient la couleur elle-même. Dans les terres sèches, la garance a une couleur jaune; dans les terres fraiches, elle est plus ou moins rouge : c'est cette dernière qui se paie le mieux. M. ScHLUMBERGER, de Mulhausen, dans plusieurs excellens mémoires récens, a fait voir : 1° que le carbonate de chaux était nécessaire pour fixer la partie colorante de la garance ; 2° qu’il était contenu à l’état naturel dans la garance d'Avignon, tandis que celle d'Alsace en est dépourvue; 3° que cela tient à la nature du terrain, les terres palud de Vaucluse qui fournissent toujours les garances de première qualité, contenant de 90 à 93 p. 100 de carbonate de chaux; celles d’autres districts qui ne donnent que des qualités secondaires, en contenant de 7 à 38, enfin la terre du jardin de Mulhausen n’en renfermant que 5 pour 100; 4° que les garances d’Avignon,transplantées dans un sol peu calcaire, donnent des racines de la même qualité que celles d'Alsace, et vice versa; 5° qu'ayant préparé des terrains calcaires factices, et y ayant planté des boutures de garances d'Avignon et d'Alsace, elles n’ont présenté à la récolte aucune différence , et ont produit, dans la Leinture du coton mordancé, des couleurs aussi solides que la garance dAvignon; tandis que les racines cultivées à côlé, dans le terrain ordinaire non calcaire, ont donné la même garance qu’à Strasbourg, c’est-à-dire ne rendant à la teinture que des couleurs sans solidité. Il conclut de ces faits que l'assimilation de la craie par la garance a lieu aussi bien sous le climat de l'Alsace que sous celui de Vaucluse, et qu’on doit pouvoir facilement obtenir de la garance pareille à celle d'Avignon dans des terrains analogues, par exemple dans les sols crayeux, légers et pulvérulens de la Champagne.
On augmente la coloration en rouge de la garance en la faisant sécher quand elle est humide; mais cette préparation détériore la fécule et ne peut ètre tentée par un propriétaire honnête, qui d’ailleurs pourrait voir rejetersa parile par un acheteur clairvoyant. Certaines grotles ou magasins légèrement humides développent aussi la couleur rouge dans les garances qui y sont conservées , nous en avons des exemples; mais il y a aussi à courir le danger de la moisissure, et une garance qui a une odeur de moisi perd presque toute sa qualité, el immédialement le uers ou Ja moitié de son prix : elle n’est plus achetée que pour falsifier, par la mixture, de la bonne garance.
Les achats de la garance se font au comptant, el on s'engage au moyen d’arrhes pius ou moins fortes. Sur les marchés on achète à la vue de l'échantillon ; mais les négocians commencentaussi à envoyer des commis chez
les détenteurs de la denrée qu’ils achètent à la vue de la récolte, ce qui est préferable pour les uns et les autres, et prévient les difficultés.
Dans le département de Vaucluse, un grand nombre de moulins à farine ont élé convertis en moulins à garance, el partout où l’on a pu établir une prise d’eau, il s'est formé une de ces usines; d’après tous les faits que j'ai pu recueillir, la pulvérisation de Ja garance revient à environ 1 fr. 50 cent. par quintal au propriétaire d’une de ces usines, savoir : 85 cent. représentant la main-d'œuvre, et 65 cent. l'intérêt du capital. Ainsi, le négociant qui possède de la garance à 27 fr.
50 cent. verra ses frais augmentés de la manière suivante par la pulvérisation :
Perte sur le poids, 10 p. 100 2fr.75 c.
Pulvérisation:. + : … : CLEO Tonneaux, 16 fr. par tonneau de.20:quintaux.,).4 fe ef Net 90 BA C0 Plus, la valeur d’achat de la garanebr entlious TER Strat 7X à: 80 Folal: ". - 32 11.59€.
Celui-ci doit alors opérer la mixture de ses poudres de manière à assortir les différentes sortes, les différens degrés de coloration, de force, etc., que les besoins de ses acheteurs lui font connaître : ce travail ne demande qu'une certaine habitude et une connaissance des débouchés.
S'il est un principe prouvé en économie politique, c’est que les prix d’une denrée sont en raison directe de la consommation et inverse de la production de cette denrée.
Quant à la garance, quelle que soit l’augmentation de la production, il semble que celle de la consommation n’a pas été moins grande, puisque le produit n’a pas cessé de se maintenir au-dessus du prix de revient ; ce qui continue à étendre cette culture même hors des terrains qui ont des qualités privilégiées pour sa réussite, et à enrichir tous les pays qui s’y sont livrés. Le prix moyen des dix années de 1813 à 1823 étant, pour les racines jaunes, de 30 fr. 63 c., n'est-il pas remarquable que, pour les vingt et une années de 1813 à 1834, il soit de 31 fr. 30 c.? Cette
ermanence indique une limite qui pourrait Pier encore profiter à l'avenir, et la difficulté d'étendre indéfiniment la culture pourrait en donner l’explication.
D'après les relevés statistiques les plus récens, l’mportance du commerce de la garance dans le seul département de Vaucluse, serait de 20 millions de kilos, fabriqués par 50 usines et 500 moulins, et d’une valeur totale de plus de 14 millions de francs. On évalue la quantité exportée à environ 7 millions de Kilos, qui vont principalement en Angle-
. Le) terre, en Suisse, en Prusse et aux Elats-
Uuis.
On voit donc que la culture de la garance a enrichi le pays où elle a commencé à se développer, et où elle était devenue comme un monopole par l’incurie de ses voisins ; qu’elle a fait long-temps la prospérité de la Zélande, de l’Alsace et du comtat d'Avignon ; qu'aujourd'hui son cercle s'étant étendu, elle
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