TOME IlL
teinte vert-bleuâtre qu’elles possèdent, et tirent au jaune. C’est vers le mois de juin ou juillet que se fait cette première récolte. On parcourt le champ avec une faucille, et on coupe toules les feuilles qu’on juge être parvenues au degré convenable. On les étend sur un gazon bien propre et ombragé s’il est possible, afin qu’eiles perdent un peu de leur eau de végétation, sans se crisper ni se dessécher par trop. On les porte alors sous une meule semblable à celles dont on se sert pour écraser les graines oléagineuses ou pour pulvériser le plâtre. On réduit les feuilles en une pâte bien onctueuse, sans grumeaux et le plus homogène possible. Cette pâte est mise en monceau dans un endroit sec et à l'abri du soleil. On {a pétrit sous Les pieds, et avec le dos d’une pelle on polit l'extérieur du tas. On a soin de préparer des paillassons afin d'en couvrir le monceau si la pluie survenait. La masse ne tarde pas à fermenter; à mesure qu'elles se manifestent, on ferme les crevasses qui se forment à l’extérieur, afin de ne pas laisser pénétrer l’air qui provoquerait l’éclosion de vers blanchâtres qui dégradent la pâte du pastel. Ici la difficulté est d’arréter La fermentation au point convenable : le pastel est perdu toutes les fois que la fermentation a été putride ou acide ; elle arrive au degré voulu au bout de 8 à 12 jours,selon la température. Lorsqu'on juge que la fermentation est assez avancée, on moule la pâte en pelotes de la grosseur du poing, en alongeant un peu les deux extrémités en forme d'œuf.
On dépose ces pelotes sur des claies, et 07 les fait sécher dans un lieu où l’air puisse librement circuler : quand elles sont sèches, elles forment ce qu’en langage commercial on nomme pastel en coques. Le moulage se fait à la main ou dans des formes de bois.
On fait ainsi 2, 3 ou même un plus grand nombre de récoltes de feuilles par an sur les mêmes pieds, et on les traile de même. Mais les feuilles récoltées à l’arrière-saison donnent des coques de moindre valeur, et un cultivateur probe a toujours soin de ne pas les confondre.
Il faut bien se garder d’effeuiller les pieds qu’on destine à porter semence; car la tige, épuisée par la récolte des feuilles, ne donnerait que des graines mal développées. Les semences du pastel donnent une huile assez semblable à celle de lin, mais elles en contiennent une si faible proportion, qu’elles ne paient souvent pas les frais de fabrication.
On retire aussi du pastel une sorte d’indigo ; mais les opérations préliminaires sont minutieuses. D'ailleurs l’indigo du pastel n'est plus aujourd’hui une denrée commerciale.
Frais et produits. — Le produit du pastel est assez variable; mais, dans un bon sol et avec des soins convenables, on obtient en moyenne 55 à 60 quintaux de pastel en coques par hectare. Le prix le plus ordinaire du pastel est de 12 à 15 francs le quintal ; en sorte qu'on peut réaliser sur un hectare une somme de 660 à 900 francs. Le pastel une fois desséché se conserve très-bien , et même augmente de valeur par une bonne conservation. Voici comme on peut établir les frais de production :