‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 77 sur 467 · LLV. IX · texte numérisé non relu

LLV. IX

feuilles florales nouvellement cucillies et | elle appartient à la famille des Euphorbiaséchées à l'ombre, sont mises dans un vase | cées.

de bois où elles sont arrosées avec une dis- |

solution de quelques parties d’eau et une partie de sel commun, jusqu'à ce que par leur ramollissement elles se trouvent à peu près dans l’état où elles étaient dans leur fraicheur. Elles sont alors mises entre deux pierres meulières et entièrement broyées.

La masse broyée est, après qu’on en a exprimé le suc avec la main, humectlée une seconde fois d’eau salée, qui est derechef exprimée; celte opération est renouvelée plusieurs fois, le résidu est alors étendu sur des planches, et après avoir été séché à Fombre, ilest bonà être livré au commerce. — Nous devons faire remarquer ici que M. Bové (Observations sur les cultures de l'Egypte) ve parle pas de ce mode de préparation, et qu’il dit simplement qu'après avoir fait dessécher les fleurs à l'ombre, on les pile pour les réduire en pâte à laquelle on donne la forme de pains du poids de 2 à 3 livres.

Il n’est pas de notre ressort d'indiquer les moyens à l’aide desquels on extrait du carthame les diverses substances colorantes qu’il renferme. Le célèbre BERTHOLLET (Traité des teintures, etc.) les a décrits fort exactement, ainsi que les procédés pour les fixer sur les étoffes. On trouve aussi en abrégé ( Bull. des sciences agric., tome 16) deux procédés indiqués par M. Wenxer. Ces couleurs ne supportent ni le débouilli au savon, ni l’exposition prolongée au soleil; ce sont donc des couleurs de petit teint; mais, comme ja couleur moyenne qui en résulte est très-brillante, on en fait, malgré cela, un fréquent usage dans la teinture. C’est encore la partie colorante rouge du carthame qu’on emploie à la fabrication du plus beau rouge de toilette qu’on connaisse.

Le produit de la culture du carthame peut se monter à 3 quintaux de fleurs par arpenl.

SECTION vu. — Des autres plantes tinctoriales.

Les plantes tinctoriales qu’il nous reste à mentionner ne sont guère cultivées ; cependant il peut être utile d'indiquer leurs propriétés, comime preuve de ja richesse du règne végétal et des ressources qu'il présente, et surtout pour exciter les cuitivateurs à se livrer à des essais et à des recherches qui pourront doter notre agriculture et nos arts de nouveaux produits précieux. Ces espérances sont surtout fondées à l’égard des plantes qui nous occupent, dont le nombre utilisé n’est rien auprés de ce qu'il pourrail être, ce dont on peut se une idée en voyant sur un catalogue botanique combien de plantes portent le nom spécifique de térctoriales. Nous allons transmettre quelques détails sur ceux de ces végétaux dont on utilise déjà les produits, et nous donnerons ensuite une enumération de ceux dont les propriétés colorantes sont le mieux consiatées,

Croton des teinturiers ou Tournesol. - - Le Croton des teinturiers (Croton tinctorium, 1), connu dans le Midi sous le nom de maurelle, mozelléte, est une plante très-ulile aux arts par la teinture qu’on obtient de son suc;

Depuis un temps immémorial les habitans du seul village de Grand-Gallargues (Gard) se dispersent en juillet, et parcourent jusqu'en septembre les départemens des Bouches-du-Rhône, du Var et de Vaucluse, pour ramasser les plantes de tournesol, desquelles ils extraient, au moyen de la pression, la matière colorante d’un beau bleu, connue sous le nom de bleu de Languedoc. Mais, depuis quelques années, par suite de la coucurrence, ces plantes ayant été coupées trop

jeunes et avant qu’elles aient pu répandre des

craines, elles commencent à devenir rares, en sorte qu'il est temps que l’agriculture s'empare de cette plante. Quelques cultivateurs avaient déjà essayé de la semer, mais sans succès, parce que les graines n'élaient pas mûres; mais M. J. Ivan, pépiniériste à Perluis (Vaucluse), a réussi complètement en ramassant des graines bien mères, ce que l’on n’avait pas encore fait, attendu que chaque jour il en mürit une ou deux sur chaque plante et qu’aussitôt elles se répandent en s’élançcant même au loin; il oblint de ces graines de fort belles plantes qui Font mis à même d'offrir des semences au commerce.

Le croton croît dans les terres les plus arides et même rocailleuses ; il ne demande pas d'engrais et n’a besoin que d’une mince culture ; cependant, si l'on fume un peu la terre , si on la cultive bien, et qu’on l’arrose parfois dans les chaleurs de juillet, on obtient une beaucoup plus belle récolte et des plantes qui peuvent peser jusqu’à 1 kilo. Le produit est alors immense, car 7 ares 88 centiares ont donné un produit de 1600 kilos dans l’espace de 5 mois que cette plante est restée en terre, et la récolte s’est vendue sur le pied de 25 francs les 100 kilo. pesés verts. D'après cela, M. Ivan, convaincu que les agriculteurs du Midi ont un grand intérêt à mulliplier cette plante annuelle, en a offert des graines à 10 francs l'once qui contient 38,400 semences environ; les 7 ares 88 centiares renfermaient 12,800 plantes espacées d'environ 8 centim. l’une de l’autre.

La préparation du tournesol, d’après Mon- TEL, Consiste en plusieurs opérations, d’ailleurs assez simples.On broie d’abord sous une meule disposée comme dans les moulins qui servent à écraser les olives ou les pommes à cidre, la maurelle, et pour cela on doit choisir un jour serein, sec, et un soleil ardent. Quand les plantes sont bien écrasées, on en remplit un cabas fait de jonc et semblable à ceux dont on se sert pour presser les olives; on met ce cabas sous le pressoir, et on reçoit le suc exprimé dans des vases; dès qu’il ne coule plus de suc, on retire le cabas et on jette le marc qui forme un excellent fumier.

Avant ces opérations, des femmes ont dû préparer des drapeaux de toile grossière de chanvre,ayant déjà servi, mais sans cependant être blanchie ni à la rosée ni à la lessive, et qu'on se contente, si elle est sale, de laver et faire sécher. Ces drapeaux sont trempés dans le baquet qui contient le jus de maurelle et on les en imbibe complètement, puis on les étend au soleil ardent sur des haïes ; quand ils sont séchés on en forme des tas.

cHAP. 7°.

Une deuxième préparation consiste à EXposer ces drapeaux à la vapeur de l'urine ou du fumier, qui leur fait prendre la couleur bleue. Pour cela, on rassemble un mois à l'avance, dans des cuves en pierre, de Purine; on en laisse au moment de l'opération environ 30 pots formant une épaisseur de 5 à 6 pouces ; on y jette 5 à 6 livres de chaux vive; quelques-uns y ajoutent en outre une livre d’alun ; on remue bien ce mélange avec un bâton; on place au-dessus de lurine des roseaux croisés sur lesquels on étend 7 à 8 drapeaux imbibés de suc et séchés les uns sur les autres; puis on couvre la cuve d'un drap ou d’une couverture. Les drapeaux restent exposés à la vapeur de la liqueur pendant plus ou moins long-temps, en raison de sa force, généralement pendant 24 heures ; on a soin de les retourner et de prendre garde qu'ils ne trempent dans lurine, qui détruirait aussitôt la malière colorante. Chaque fois qu’on expose de nouveaux drapeaux à la vapeur de l’urine, on la remue bien avec un bâton ; pendant tout le temps que dure cette préparation, on met tous les jours de l'urine dans la cuve, mais on n’y mel que 3 fois de la chaux vive et de l’alun. — Lorsqu’on est obligé de suppléer à l'urine par le fumier, on doit prendre de grandes précautions , attendu qu’il faut retourner et retirer les drapeaux aussitôt qu'ils ont pris la couleur bleue, ce qui arrive quelquefois au bout d’une heure, et qu'une trop longue exposition à la vapeur du fumier pourrait détruire la couleur et tout perdre, ce que l’on n’a pas à craindre avec l'urine. — Des que les drapeaux sont assez imprégnés de l’alcali volatil qui se dégage de l’urine ou du fumier, on Les zmbibe une seconde fois de nouveau suc de maurelle, et si, après cette imbibition, ils sont d’un bleu foncé tirant sur le noir, on en reste là ; si les chiffons n'ont pas cette couleur foncée, on les imbibe de nouveau suc une 3° et même une 4: fois.

Il ne s’agit plus que de les faire sécher et de les emballer dans deg ands sacs; on les y serre et presse bien, on fait un second emballage dans d’autres sacs où dans de la toile avec de la paille, et on forme des balles de 3 à 4 quintaux. Tout ce commerce se fait à Gallargues, où des commissionnaires viennent acheter ces balles pour les expédier en Hollande.

Le bleu de la maurelle n'est pas aussi beau que celui du pastel ou de l'indigo, et n'est que de faux teint; l’eau froide décolore surle-champ les drapeaux. En Allemagne, en Hollande, en Angleterre, o7 emploie ce bleu pour colorer les conserves, les gelées et diverses liqueurs; on s'en sert aussi pour donner au vin la couleur qui lui manque, et pour teindre le gros papier à sucre; la teinture de lournesol est l’un des réactifs le plus fréquemmentemployés par les chimistes, parce qu'elle a la propriété de rougir sur-lechamp dès qu’on la mêle avec une substance acide quelconque, dont elle décèle ainsi la présence; les Hollandais l’emploient pour colorer eu violet la croûte de leurs fromages. C'est avec la matière première que nous leur fournissons, c'est-à-dire le tournesol en drapeaux, qu'ils préparent le tournesol en parns

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