‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 84 sur 467 · CHAPITRE IX. — DE LA VIGNE ET DE SA CULTURE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — DE LA VIGNE ET DE SA CULTURE

adopté, quand il dit que /es climats tempérés et particulièrement notre belle France sont les plus favorables à la production des bons vins. Sans doute, des contrées plus méridionales produisent quelques vins exquis, mais ce sont généralement des vins de liqueur, égalés par ceux de quelques-uns de nos départemens méridionaux ; quant aux v27s dits secs, ils sont également doués d’une saveur et d’un parfum trop exaltés, en sorte qu’on

ne boit vraiment avec plaisir qu'un petit verre de Malaga.ou de Madère, tandis qu’on se laisse aller facilement à vider une bouteiile de Bordeaux, ou de Bourgogpe, et plus gaiment encore de Champagne. Il est donc certain que les climats chauds, en favorisant la formation du principe sucré, produisent des vins plus corsés et plus généreux, mais que notre climat tempéré verse en abondance dans le commerce des vins d’une plus facile consommation par leur délicatesse el par leur légèreté, qualités qui compensent bien et au-delà la moindre proportion de corps et de spirituosité. Et comme la France a aussi ses vins de liqueur, qu'elle en a aussi qui pèchent par excès de corps et de spiriluosité, ce qui oblige de les attendre un quart de siècle pour les boire agréables, tels que les vins de Roussillon, on peut dire qu’elle est le pays qui produit la plus grande variéle d’excellens vins; la consomimalion en serait encore plus grande si les proprietaires renonçaient à sacrifier la qualité à l’abondance, double avantage dont la réunion a été démontrée incompatble, et s'ils apportaient autant de soirs pour obtenir la première qu’ils en prodiguent pour l'autre.

Le climat de la France convient généralement à la vigne; toutefois il y a de nombreuses exceptions dans la zone septentriouale, qui forme au moins le quart du pays, et mème dans ja plupart des départemens sur les parties les plus élevées; quoique la vigue puisse y végéter, la chaleur n’a pas assez de force pour mürir le raisin. C'est par celte raison que la culture en esttrès-réduite dans les départemens de la Lozère, de la Hau- Le-Loire, du Cantal, dans larrondissement d’Ussel (Corrèze), et dans la partie nord de l'arrondissement de Tours qui est aussi la plus élevée. Dans les départemens du midi, la vigne végète avec plus de force, les souches et les sirmens sont plus gros; ce qui peut tenir aussi au plus grand espacement et à la nalure des variélés qu’on y cultive ; mais ce qui est bien l'effet incontestable du climat, c'est la maturité du raisin qui y est chaque année plus complète, et la chaleur sèche qui y règne à l’époque des vendanges, laquelle permet aux raisins de rester longtemps sur le cep, sans tourner à la pourriture, et les dispose plus facilement à être convertis en une liqueur douce et liquoreuse. Aussi les vins de cette nalure sont-ils produits en plus grande abondance dans les départemens des Pyrénées-Orientales, du Gard, de l'Hérault, du Var, et des Bouchesdu-Rhône, qui joignent à leur latitude méridionale une moindre élévation du sol audessus de la mer.

Parmi les autres causes que le climat, qui influent sur la nature du vin, nous en distinguerons de plusieurs sortes : les unes sur lesquelles nous ne nous arréterons pas, parce que ce sont des conditions qu'il faut subir, puisqu'elles proviennent de circonstances indépendantes de l’action de l'homme, telles que les variations subites de l’atmosphère, la continuité d’une température humide, ou les rigueurs d’une température extraordinaire; d’autres qui peuvent étre regardées Corte nine dépendance fortuite

CULTURES INDUSTRIELLES : DE LA VIGNE ET DE SA CULTURE

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de cette même action, telles que le choix du terrain et son exposition, car ce choix est souvent très-borné; nous appuierons davantage sur celles qui, étant tout-à-fait dans la dépendance de l’homme, appellent par cela même une insistance plus grande. La préparation du terrain, le choix du plant, le mode de plantation, tous les soins de culture et d’entretien de la vigne, formeront done autant d’articles divers de ce chapitre. Quant aux détails et aux soins de la fabrication, et aux divers procédés employés selon la nature du vin que l’on se propose d'obtenir, ainsi que la confection des vaisseaux vinaires, et le traitement du vin jusqu’à sa mise en bouteilles, ces matières sont l’objet d’un des chapitres de la division des Arts agricodes.

Pour procéder avec méthode, nous nous mettrons à la place d’un propriétaire qui veut planter une vigne, non seulement dans l'intention de son approvisionnement particulier, mais aussi dans le but de partager l'honneur et le profit que la future réputation de son vignoble doit lui donner. Nous allons donc nous occuper d'abord du choix du terrain, en laissant à la position et à l’exposition, dont nous traiterons après, la part d'influence qu’elles méritent sur notre détermination. Viendra ensuite l’intéressante considération du choix du plant, qui amènera la nomenclature raisonnée des plants de vigne qui contribuent le plus puissanmentaux premières qualités des vins les plus renommés du royaume. Nous passerons aussitôt à l'opération fondamentale de la plantation; et nous suivrons les procédés de culture jusqu’à la récolte, en faisant un article à part des amendemens convenables :

au terrain, et des engrais les moins perni-.

cieux à la qualité du vin

$ II. — Terrain qui convient à la vigne.

Tout le monde s'accorde à reconnaitre l'importance de la nature appropriée du terrain; plusieurs auteurs même en font la con-: dition principale. Tout champ qui a 10 ou 12 à 15 pouces de terre végétale, douce, lé-} gère, naturellement perméable ou rendue telle par un mélange calcaire ou son mélange! nalurel avec une grande quantité de cailloux! où de pierrailles, est propre à recevoir la vigne, surtout si la surface est légèrement convexe el si elle a une inclinaison sensible à l'horizon; le sol étantcomposé d’élémens divers en proportion très-variable, on trouve-|} rait difficilement deux champs d’une certaine étendue dont la formation soit parfailement/ identique dans les 20 à 25 pouces (60 à 80!

centimètres) de profondeur, qui peuvent; êlre regardés comme ayant une action directe sur les productions de la vigne, el, parmi tous ces sols, il en est bien peu qui ne soient propres à sa culture, abstraction faite de la situation dont nous parlerons après ; i faut seulement en excepter les deux extrémes, l'argile pure et le sable, ainsi que les terres riches, profondes, les plus avantageuses à la culture du blé. — Il arrive quelquefois qu'une argile maigre domine, et rend la terre battante, on devrait dire comme bat-

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tue; c'est dans une terre pareille que ies pierres sont bonnes à conserver, quoiqu’on puisse facilement l'améliorer par de la marpe calcaire, appliquée à la surface. nn. Il est aussi un grand nombre de localités où, sous une couche peu épaisse de terre argilo-calcaire, se trouve une roche fendillée de peu d'épaisseur ; ces terrains sont aussi très-favorables à la culture de la.vigne.

D'autres qui ne le sont pas moins sont :

1°les terrains granitiques formés de détritus de granit, qui produisent les vins fameux de Condrieux, de l'Hermitage, de Saint-Pérai, de la Romanée: 2 les terrains schisteux sur lesquels se récoltent les vins de Côte-Rôtie, de la Malgue et les meilleurs vins de l'Anjou; 3° les terrains volcaniques formés de matières rejetées par d'anciens volcans éteints, sur lesquels sont assis une partie des vignobles du Rhin, de Rochemaure en Vivarais, du Vésuve et de l'Etna. Il faut aussi y ajouter les terrains calcaires ou crayeux, si COmmuns en Champagne.

Dans les vignobles de la côte de Reims, au-dessous d’une couche de terre d'environ 2 décimètres, se trouve un lit épais d'argile ferrugineuse, contenant des pierres meulières. Les plaines du Médoc se composent dans

leur partie supérieure d’une terre légère entremélée d’une grande quantité de petits cailloux roulés d'environ un pouce de diamètre, sous laquelle se trouve aussi une ar- | gile rouge, sèche et compacte. La plupart des | bons vignobles de France, parmi les plus re- | nommés, sont assis sur une terre argilo-calcaire caillouteuse; c’est aussi celle que les Trévisans, par l'organe de l’abbéZuccnini, regardent comme la plus favorable à la bonne qualité du vin. Nous avons indiqué comme june des conditions les plus avantageuses | d’un sol, son mélange avec des graviers, des | cailloux ou des pierrailles : il est constant que ces corps durs, sans fournir d’alimens ap- | préciables à la plante,modifient les propriéités du sol en le divisant, et donnent à ses productions plus de qualités. On aura donc soin de n’extraire de la vigne que les pierres qui pourraient nuire par leur grosseur aux façons qu’on donne à la terre. Il y a même des cas où l'on peut opérer une amélioration sensible en y en apportant ; j'en ai fail moimême l'épreuve.

| Quand, dans la Touraine, une couche de | terre, même peu profonde, repose sur un lit de pierres sous lequel se trouve une argile 'rouge, celle-ci est un indice certain, disent nos vignerons, du succès de la vigne et de la qualité du vin. I faut done conclure de toutes ces observations que la présence de l'argile rouge dans cette position, à 3 ou 4 :décim. de sa surface, est partout reconnue comme une condition très-favorable à la | production des bons vins, soit que l'argile ine maintienne que la fraicheur suffisante {pour empêcher la vigne de jaunir dans les {grandes sécheresses; soit que ce soit une {qualité propre à cette nature de l'argile pla- Icée à cette distance d’influer toujours fa- | Hornet a sur la qualité du vin. On à remarqué que les terrains dont elle faisait parlie en proportion convenable étaient les \plus aptes à produire les vins blancs les plus

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doux; mais souvent ils donnent trop de corps au vin rouge. Cependant, si l'argile s’y trouve en trop grande proportion, et qu’elle n'y soit pas divisée suffisamment par une grande quantité de pierrailles ou de cailloux, elle communique au vin rouge ce qu'on appelle le goût du terroir, surtout si cette terre est d’un brun foncé; nous en avons connu une de cette nature qui donnait le plus mauvais vin du département où elle était siluée; mais, hors ces rares exceptions, la terre où l'argile est seulement en quantité convenable, a aussi une influence avantageuse sur le vin rouge, en lui donnant plus de corps et de sève, surtout si des parties calcaires la divisent et l’ameublissent ; tels sont pour ces dernières celles qui produisent les vins des Palus ; et pour les autres, ceux de Frontignan, les vins blancs de Bergerac et ceux de Vouvrai près Tours.

$ II. —De la situation et de l’exposition.

Tous ces terrains ne Jouiront de leurs avantages que s'ils se trouvent dans une sétuation un peu élevée et un peu inclinée @& l'horizon. Quelque favorable que soil la composition de la terre, ses avantages seront donc perdus, si elle est siluse dans un vallon étroit ou même sur le sommet d'une colline élevée : dans l’un et l’autre cas, le raisin n'acquerra pas une maturité suffisante ; daus le premier, il pourrira avant de mürir, dans le second sa peau, durcie par la sécheresse et les vents, ne renfermera qu’un suc rare et acide. Si votre champ n’est qu’à une hauteur moyenne, il sera désirable que sa surface soit plutôt légèrement convexe que plane, el surtout que si son inflexion était en sens inverse, car les gelées s’y asseyent bien plus facilement.

Sans doute il vaudrait mieux que l’irclinaison que nous avons désirée füt vers le midi, si l’on en avait le choix ; mais nous sommes loin d’en faire une condition de rigueur, Car 1l y a tant d’exemples de vignobles renommés qui ont l'exposition du nord, regardée comme la -plus dangereuse, que nous sommes portés à ne la frapper d'aucune infériorité à l'égard des autres, quand l’angle d’inclinaison ne passe pas 20’; nous p'attacherons pas tant d'importance à cette circonstance que beaucoup d'auteurs le font. Nous pourrions citer en Champagne les terroirs de la côte d’Epernay, de Ludes, Mailly, Chigny, Rilly et autres, qui ont Fexposition du nord, et qui sont cependant supérieurs à ceux de Saint-Thierry et autres voisins qui ont celle du midi. Nous pourrions y ajouter beaucoup d’autres exemples, tels que quelques coteaux du Rhin les mieux famés, plusieurs de ceux de Saumur et d'Angers, et ceux de Saint-Avertin et de Joue près de Tours. Il est peu de vignobles dans l'est de la France où 1l ne se trouve des vignes à l'exposition du nord, et souvent ce sont celles dont le produit est le plus estimé ; en général, elles sont moins sujettes aux effets désastreux des gelées du printemps, el plus exposées aux impressions favorables du vent du nord. Il est bien certain

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