‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 86 sur 467 · LI. ï:i · texte numérisé non relu

LI. ï:i

Meunier, connu presque partout sous ce nom à cause de la poussière cotonneuse qui garnil ses feuilles, surtout celles qui viennent de se développer. Il est connu aussi sous le nom de Plant de Brie. 11 donne un vin plat, de peu de garde et de peu de couleur, mais il muürit de bonne heure et coule rarement; il est aussi plus robuste que les trois premiers ; aussi gagne-t-il chaque année du terrain à leurs dépens, et d'autant plus qu'ils sont très-peu productifs : c’est la seule considération qui restreint de plus en plus leur culture et les a fait supplanter par le Gamet.

Gamet, cépage fécond, à grappes abondantes, grosses et bien fournies, qui passe heureusement le moment critique de la floraison, et est moins sensible à la gelée ; mais il fait un vin dur et sans corps, sans chaleur, sans bouquet et d’une durée encore d’autant moindre que le vin qu’il donne est ordinairement le produit d’une vigne très-fumée, car il n’est pas robuste et s’épuise aisément. La substitution de ces plants d’une nature grossière a, depuis une quarantaine d’années, considérablement altéré la qualité des vins de Bourgogne. Les regrets seraient moins fondés, et le profit ne serait guère inférieur, si, au lieu du Gamet HÉeRene proscrit par les anciens ducs de Bourgogne qui, dans leur édit de proscription, le traitent d’infôme, on avait fait choix du P/ant du roë, ainsi nommé aux environs de Paris, Quille de coq dans les vignobles d'Auxerre, Sar Motreau à Orléans et sur les bords de la Marne, Auxerrois, Pied de perdrix dans le Lot, Pied rouge (Lot-et-Garonne), Côte rouge dans la Dordogne,Bourguignon vers la Meuse, Côt en Touraine et en Poitou. Le vin qu'il produit est d’une couleur riche et a beaucoup de corps; ce qui permet aux marchands de le mêler, avec profit pour eux et sans détérioration pour la liqueur, à des vins blancs qui lui communiquent un peu de spirituosité dont il manquait. La solidité est aussi un mérite qui lui est reconnu. Il joint à ces avantages celui de convenir plus que tout autre par sa vigoureuse végétation aux terrains les plus médiocres; d'être presque exempt de l’accident si fréquent des gelées printanières, parce qu'il est fort tardif à la pousse, quoiqu'il ne le soit pas à la maturité ; et de pouvoir se passer d’échalas, parce qu'il porte bien son bois et que ses grappes sont composées de raisins gros, peu serrés, et peu sujets à la pourriture même par les temps humides. Son seul défaut qui est grave, c’est d’être fort sujet à la coulure lors dela fleur. C’est lui qui fait le fonds des vignobles de la côte du Cher, de l’Indre et du Lot. Ce cépage, fort remarquable, a plusieurs variétés: celle à pédoncule et pédicèles rouges; celle à pédoncule et pédicèles verts, qui est plus recherchée, parce qu’elle tient mieux à la fleur, et une variété nouvellement introduite en Touraine, nommée Côt de Bordeaux. La maturité des unis et des autresest toujours sûre, suivant de très-près celle des plus hâdifs.

Breton où Carbenet.—Il est un autre plant très-répandu dans les deux arrondissemens contigus, quoique de départemens différeus, de Chinon et de Châtellerault; il est connu 1 sous le nom de Breton; nous le retrouvons

cap. 95,

sous le nom de Carbenet dans la Gironde.

C'est un cepage vigoureux et passablement productif,peu sujet à la coulure, mais un peu tardif à mürir. Le vin qu’il donne est léger, peu spiritueux, mais fort agréable lorsqu'il a vieilli. Dans sa jeunesse 1l a une saveur propre qui ne plait pas toujours à ceux qui n’y sont pas accoutumés, et qui ressemble à ce qu’on appelle goût du terroir. Sa grappe est cylindrique, à grains noirs, d’unemoyenne grosseur. C’est lui qui produit les vins délicats, mais un peu froids, de Bourgueil.

Les meilleurs vins blancs de l’ouest de la France sont presque exclusivement le produit de deux cépages nommés Pinaut le gros et le menu, mais principalement du gros généralement connu sous le nom de Pinaut blanc, qui est préférable à l’autre sous beaucoup de rapports : il est presque le seul sur les coteaux de Saumur et d’Angers. Sous le nom d’Ugre lombarde, il est fort estimé dans le département du Gard.

Nous avons acquis la conviction, depuis 25 ans, de la parfaite identité de ces cépages. Il est aussi connu, dans quelques localités des coteaux de la Vienne, sous le nom de Czenin. C'est toujours de la variété dite gros Pinaut dont nous parlons. C’est le seul cé-

age à la fois robuste et fécond, qui réunit a ces qualités celle de faire de très-bon vin ; encore faut-il, pour qu’il jouisse pleinement de cetie faculté; le réduire par une taille rigoureuse à l’état des cépages peu fertiles. Le gros et le menu Pinaut ne sont en état de fournir un vin de première qualité que lorsque leur maturité est poussée jusqu’à la décomposition de leur pellicule. Ces cépages sont la base des vignobles de Vouvrai, dont les vins sont si estimés des Flamands.

Le gros a la grappe ailée et conique, les grains oblongs; l’autre, la grappe plus tassée et les grains ronds.

Pulsart, Pendoulau.— Si l'on ajoute à tous les plants dont nous venons de parler celui appelé Pendoulau, Pulsart, Raisin perle, formé de gros grains violets, ovales, et d’une végétation vigoureuse, particulièrement cultivé dans le Jura où il donfe un vin trèsdélicat, soit rouge, clairet ou blanc, on aura use connaissance suffisamment exacte des espèces les plus précieuses qui sont le plus cultivées dans la partie viticole septentrionale de la France. Il a besoin, pour réussir, d’une bonne terre argileuse, coule facilement, et rapporte peu dans une terre maigre, surtout si l’on oublie à la taille que, plus encore pour lui que pour tout autre, il faut conserver et asseoir la taille sur les sarmens de médiocre grosseur, et non sur les plus gros.

Teinturier où Gros noir. — Comme nous n’avons voulu parler jusqu'ici que des cé-

ages dont l'influence pour la bonne qua-

ité est reconnue, nous avons omis ce cépage,

qu'on ne peut s'empêcher de mentionner, quoique sa seule destination, comme l'indique son nom, soit de teindre d’autres vins:

car il compose, même souvent exclusivement, la plupart des vignobles de Blois à Orléans, en y comprenant pas toutefois ceux de Beaugency. |

Par d'autres raisons que nous allons dé-

DE LA VIGNE ET DE SA CULTURE. 101

duire, on ne peut non plus négliger de parler ici d’un plant connu presque partout sous le nom de Folle-blanche, et dans quelques lieux sous celui d'Eurageat. Ces raisons sont l’etendue de sa culture dans quelques départemens du centre occidental, et son influence bien constatée sur l’excellente qualité de l’eau-de-vie en laquelle ses produits sont convertis. Le vin en est assez agréable, mais d’une courte durée. Cette variélé exige une taille à court bois. Ce n’est pas cette espèce qui contribue à faire sortir Jes vins de Bergerac de la ligne des vins communs, comme l’a consigné Bosc dans son article Vigne du Cours complet d’agriculture, mais le Muscat fou ou Blanc-doux.

Voilà à peu près les plants les plus multipliés dans les vignobles les plus distingués de la région viticole située entre le 50° et le 45° de latitude, et dont quelques-uns se représentent avec honneur dans la région plus méridionale. Par exemple, déjà nous avons parlé du Carmenet où Carbenet, le plus généralement cultivé dans le Médoc avec tant de prédilection qu’on lui en associe peu d’autres ; mais, dans les Graves et les Palus, il est souvent accompagné des suivans : le Merlot, le Ferdot, le Malbeck et le Massoulet. Les variétés qui produisent dans la même contrée les meilleurs vins blancs, notamment ceux de Santerre, Barzac, Preignac, etc., sont, dans l’ordre de l'estime qu’on en fait : le Blanc-semillon, les Sauvignons jaune et vert; le Blanc-doux ou Douce-blanche ou Muscat fou. On ne fait la récolte, de même que pour les meilleurs vins blancs de la Loire, que lorsque la vendange a acquis un excès de maturité. Les Sauvignons jaune et vert sont aussi très-répandus et très-estimés dans les vignobles de la contrée viticole dont nous avons parlé d’abord; ils y sont connus quelquefois sous ce même nom, d’autres fois sous ceux de Savignin, Surin, Fie. Ils sont d’un goût très-fin, surtout le jaune, quiest moins fertile, et ils contribuent beaucoup à communiquer au vin, dans la composition duquel ils sont entrés, une saveur particulière que l’âge rend plus agréable. Il n’est pas avéré, comme le dit un auteur, que le vin qu'ils produisent soit de peu de garde, car J'en ai qui a quinze ans et qui est loin de décliner.

Le Blanc-semillon est facile à reconnaitre à son sarment volumineux et de couleur rouge-brun, à sa grappe ailée composée de -grains assez gros, peu serrés et d’une cauleur jaune-clair, d’une nuance peucommune.

Ses raisins mürissent bien et de bonne heure, méme en Touraine, à une exposition médiocre. Dans ces mêmes vignobles, mais surtout dans quelques localités des départemens de l'Aude, du Gard et des Pyrénées, on cultive beaucoup la Blanquette où Clarrette, qui fournit les vins si agréables dits Blanquette de Limoux et Blanquette de Calvisson.Ce raisin est aussi très-bon à manger; on ne peut expliquer pourquoi il n’est pas plus commun dans nos vignobles du centre, car il y mürit aussi bien et même plus hâtivement que beaucoup d'autres ; du moins il en est ainsi dans mon vignoble, qui ne jouit pas d’une exposition | tres-favorable,

Nous n’oublierons pas le Picardan, très-commun dans les départemens formés de l’ancien Languedoc, où on en fait un vin du même nom, et où il est plus propre que dans nos départemens, quelquefois d’une température humide au temps des vendanges, à fournir un vin doux et moelleux, mais sans force et sans corps ; car ses raisins, qui sont composés de gros grains serrés, pourrissent facilement. I] n’est cultivé dans lé département d'Indre-et- Loire que par les petits propriétaires qui recherchent l'abondance, et desquels il est connu sous le nom de Sudunais.

Sur les bords du Gard et du Rhône, les deux plants dominans pour les vins rouges, sont le Pique-poule nou ei le Grenache rouge ou Alicante. Ce dernier gagne chaque année duterrain aux dépens des autres, surtout dans les départemens des Pyrénées où on lui associe avec avantage le Wataro et la Crignane. Il mérite cette préférence à tous égards; car il communique au vin qui en provient, ou dans lequel ilentre,une belle couleur, un bouquet agréable et beaucoup de vinosité, c'est à-dire du corps réuni à la spirituosité. Son introduction dans les vignobles a amélioré tous les vins dans la composition desquels il est entré pour une quantité notable. Sa maturité arrivant au même moment que le Carbenet du Médoc ou Breion de Touraine, qui est loin de pecher, comme lui, par excès de principe sucré, il serait convenable d’es- Sayer leur mélange dans la cuve. Vers les Pyrénées-Orientales, il y a encore le Piquepoule gris qui y est fort estimé, et leGrerache blanc dont le vin, après 10 à 12ans d’attente, prend le nom de Rancio et peut être considéré comme un des meilleurs vins de liqueur connus. Dans cette même classe et dans ce même département, ainsi que dans quelques cantons de celui de l'Hérault qui y joignent, se recoltent les vins zzuscats si justement renommés, auxquels les cépages qui les produisent ont donné leur nom. Les délicieux vins de l’Hermitage sont le produit de la grosse et petite Sirrah pour le rouge, de la grosse et petite Roussane pour le blanc; ces derhiers, sous le nom de Roussette, qu'ils doivent à la couleur de leurs raisins, fournissent les agréables vins de Saint-Pérai. Il y a aussi le Mourvébre dans le département des Basses- Alpes, où il est fort estimé. Ce n’est point un Pinaut, comme l’a dit Rosrer, car les Pinauts noirs mürissent tous de bonne heure, et le mourvèbre est très-tardif. Je ne ferai que nommer la grosse Sérine noire, qui fournit les vins de Côte-Rôtie, et le Vronnico blanc, qui donne ceux de Condrieux; car ils manqe à ma collection, et je n’ai pu les étu-

ier. Enfin, les cépages dont les Corses font le plus de cas sont : le Sciacarello ; ses raisins, ainsi que ceux de la Malvasia et du Barbirono, ont très-bien müri, dans un vignoble près de Tours, en cet automne froid et pluvieux de 1835; le Barbirono et l’Alea- #&ico en rouge, et pour les blancs la Malasia ou Fernantino, et le Brusciano.

. Tous les cépages dont je viens de parler, ainsi que quelques autres d’Espagne, d'Italie et même de Hongrie, sont cultivés dans un vignoble des environs de Tours; ceux à raisins blancs daus une vigne destinée à donner

CULTURES INDUSTRIELLES : DE LA VIGNE ET DE SA CULTURE

Page 1