LIV
paraît même que c’est l’usage dansle Médoc, mais ils ont le plus grand tort, car ilsaffai blissent beaucoup le provin, qui reste bien des années avant de prendre la force nécessaire à la produetion de beau fruit. Cette opération du provignage serait peut-être plus dispendieuse, mais d’un effet de plus longue durée, si, comme nous l’avons vu faire dans quelques vignobles, on ouvrait un nouveau fossé ou tranchée à côlé de celui de la plantation, et de la même largeur et profondeur; si, comme on a fait déjà et avec un succès encore plus certain que lors de la plantation, on les emplissait aux deux tiers de végétaux ligneux que l’on couvrirait de quelques pouces de terre, et si l’on couchait plus les ceps les plus vigoureux pour former une nouvelle rangée de vigne dans la supposilion où l’on aurait laissé, lors de l’ouverture des tranchées primitives, l’espace nécessaire à ce complément de plantation. On n’omet jamais, dans l’un et l’autre cas, de fournir de nouveaux alimens à la terre, par l'addition de terreau ordinairement formé 3 ou 4 mois à l’avance par des couches alternatives de terre et de fumier.
$ VIIL — De la taille.
Nous sommes arrivés à la taille de la quatrième année,et ce devrait être le moment de poser la question de l’époque où on doit l’exécuter, le commencement ou la fin de l'hiver. Dans une vingtaine de départemens on la commence dans les avents de Noël, et on ne peut guère faire autrement avec la quantité de vigne que chaque vigneron a à faire. Le seul inconvénient que j'y trouve est de disposer les boutons restans à débourrer de bonne heure au printemps, et par la de les exposer davantage à être frappés de la zelée, surtout les plants hâtifs à la pousse, tels que les Pinauts blancs. Nous pensons aussi que les plants qui ont beaucoup de moelle courent plus de risque à être taillés de bonne heure, et cependant il y a des exemples de plus grands dommages essuyés par la gelée dans une vigne taillée au printemps, que dans les vignes voisines taillées selon l’usage du pays au commencement de l'hiver. D’un autre côté nous rappellerons que le père de l’Agriculture française, OLIVIER DE SERRES, dont les paroles mérilent une grande confiance, a exprimé son opinion dans ces termes : «Plus tôt. plus de bois; plus tard, plus de fruit.» C'est ainsi qu’on voit nos jardiniers les plus habiles ne tailler le pêcher qu’au moment où ses fleurs vont s'épanouir.
On fera donc bien de commencer par les vignes les plus faibles, et de finir par celies qui poussent avec plus de vigueur. Mais il n’est pas Loujours possible d'ordonner sa besogne selon ses désirs; votre vigneron ne peut pas rester à ne rien faire.
La cinquième année on pourra, en Commençant par les vignes vigoureuses, du moins pour les variétés qui peuvent le supporter et même qui l’exigent. laisser un ployon, ou aste, viette, courgée OÙ verge; c'est un sarment taillé à 8, 10 ou 12 yeux, selon sa force et celle du cep, qu'on laisse non pas à la tête du cep, mais à la partie la
cap. 9°.
plus voisine de terre; cette charge modérera un peu la vigueur de la végétation en augmentant la production. Le sarment de la têle ne sera taillé qu’à 2 yeux pour ne pas élever trop vite le cep; car la hauteur la plus convenable de la souche se trouvera toujours entre 30 et 60 centimètres. On aura grand soin de ployer la verge, soil au cep même, soit à un échalas, si l’on en a fait les frais ; car de ce ploiement bien fait résultera, pour l'année suivante, la nouvelle verge ou du moins un côt ou accôt d'attente, appelé par nos vignerons ziquet; c'est la naissance d'un sarment retranché et dont on laisse seulement 2 à3 centimètres de bois, d’où il pousse ordinairement une bonne verge pour l’année suivante. C’est bien sur le plus fort sarment qu’il faut asseoir la taille, pour former la souche et lui donner du corps, mais il n’en est pas de même de la verge; elle ne doit être choisie que de médiocre grosseur, parce que très-forte elle est moins sujette à avoir des boutons fructifères, et s’il y en a de cette nature qui se développent, à ne pas tourner à bien à la floraison. C’est surtout au Perdoulau que cette observation s'applique, quoiqu'elle ne soit pasà négliger non plus pour le Carbenet ou Brelon, le Surinou Fié, ou Sauvignon, et même notre Côt ou Pied de perdrix. Quant aux vignes fécondes, telles que le Gamet, le Liverdun, le Pinaut blanc des côtes de la Loire, etc., il ne faudra jamais leur laisser de verge, mais les tailler à 2 ou 3 yeux seulement. La partie du sarment qui reste à la souche, et qui est de 10 à 12 centimètres, s'appelle, selon les localités, courcon, brochette, côt, poussier. Souvent, quand la vigne est jeune et pas trop épaisse, on en laisse deux. Les vignerons de plusieurs communes d'Entre-deux-Mers près Bordeaux, taillent à court bois et sur trois membres toutes leurs vignes; les souches sont distantes entre elles de 133 centimètres. C’est ainsi que je cullive avec succès une trentaine de souches d’un cépage du midi, le Spiran, dont les raisins, très-bons à manger, müûrissent difficilement.
On supprime ordinairement tous les bourgeons adventifs sors sur le vieux bois ; quelquefois cependant, si l’on juge que le cep est trop monté, on le démonte et on le rabat sur ce bourgeon qu'on taille à 2 yeux et qui renouvelle Ja souche; car si la déviation successive de la souche à chaque taille contribue à élaborer la sève et à rendre le vin plus délicat, quand elle est portée trop loin, la végétation est languissante, les pousses sont faibles et ne donnent que des grappillons. C’est surtout après les fortes gelées d'hiver que cette ressource est précieuse.
Il y a quelques cépages vigoureux dont la maturité du raisin est difficile; alors il vaut mieux, au lieu de leur laisser une verge, leur laisser deux ou trois membres que l’on traite chacun comme un cep à part, en taillant également le sarment qu’on leur laisse à 2 yeux. Les raisins mürissent mieux de cette manière que s'ils étaient produits par une verge. C’est ainsi qu’on les taille dans beaucoup de localités du midi.
Quand la nature du plant exige que vous
DE LA VIGNE ET DE SA CULTURE
laissiez des verges ou ployons, il ne faut pas trop tarder de les courber, car la sèvese porte aclivement aux boutons supérieurs et abandonne les inférieurs qui avortent; tous les vignerons le savent bien; mais cette connaissance ne les détermine guère à se presser davantage.
C’est ici le moment de remarquer que les trois pratiques essentielles et caractéristiques du traitement des vigres de Champagne et de Bourgogne sont : la taille a court bois nécessitée par la nature faible des plants adoptés ; le provignage périodique, annuel même dans la Champagne, dont la nécessité dérive de la mème cause; et l'ébourgeonnage qui nous en semble aussi une conséquence, puisque son principal but est d’empécher la dispersion inutile de la sève en la forçant à ne servir qu’au développement des bourgeons conservés. Nous ne pouvons mettre sur la même ligne d'importance la rognure des sarmens au-dessus de l’échalas, qui du reste a lieu partout moins en vue du bon effet qu'elle peut produire que comme soin de propreté et de qüelque ressource pour le bétail.
Nous ne pouvons mieux faire, pour terminer cet article, que de prendre dans la Statistique œnologique de M. CAVOLEAU, ouvrage fort recommandable, laperçu qu’il donne de la culture de la vigne dans le Médoc et les Graves de Bordeaux; nous le ferons suivre de la description du mode de conduire la vigne blanche dans les environs de Mâcon, où il nous paraît fort bien entendu.
Dans le Médoc, les crossettes sont plantées à 3 pieds de distanceet bien alignées ;on ne donne qu’un pied de hauteur à la tige le long de laquelle on plante un carasson ou piquet de la même hauteur; aux carassons sont attachées des petites perches de 10 à 12 pieds de longueur, le long desquelles on couche les deux branches qu’on laisse à chaque cep au moment de la taille. La vigne reçoit quatre labours à la charrue ; mais les raisins sont assez élevés pour ne pas trainer sur la terre, lorsqu'on a l’attention de tenir toujours les branches de la vigne attachées aux perches, et assez rapprochés du sol pour recevoir l’action réfléchie du soleil et son action directe quand on à soin d’ébourgeonner convenablement. M. CaAvoLEau regarde cette culture comme parfaite; je me range à cette décision avec d’autant plus d’empressement que ses avis comme ses observations indiquent toujours un homme très-éclairé et trèsjudicieux; on ne pourrait faire qu'une objection, l'augmentation des frais pour achat de perches et palissage, frais qui me semblent bien compensés par l’économie des façons données à la charrue.
Voyons maintenant comment les vigrerons du Mäconnais dirigent leurs vignes blanches : nous passons tout de suite à la quatrième annee, le traitement pendant les trois premières n’ayant rien de particulier. On choisit, parmi les sarmens qui ont poussé, lun des plus bas, pourvu qu'il soit vigoureux, et on le raccoureit à 15 à 18 pouces de longueur. On enlève 5 à 6 yeux de son extreémile supérieure, qu'on pique en terre en Ja rapprochant du cep de manière que le ployon
soit courbé en arc très-fermé, et on l’assu- Jettit ainsi que le cep à un échalas planté au pied de celu:i-ci.Cela s'appelle faire un archet; a lataille de la cinquième anvée, on en faitun autre du côté opposé, et, en outre de l’échalas du pied, on en plante un à chaque archet, mais ces deux derniers obliquement, de façon que l'extrémité supérieure vient rejoindre celle de l’échalas du cep, auquel on les lie; à cette taille cn coupe l'extrémité du premier archet qui était enterré, de façon qu'il ne porte plus que3 ou 4 ployons qui sont ramenés vers l’échalas du milieu auquel on les attache. A la sixième année, on traite le second archet comme on vient de dire du premier. Les années suivantes, on laisse les archets des ployons de 10 pouces environ, auxquels on n’enlève pas de boutons; on les reploie toujours comme on l’a fait pour les archets en les assujettissant aux échales. Le cep prend ainsi successivement la forme de quenouille. Le seul inconvénient que nous trouvons à cette conduite de la vigne, c’est que vers la 12° année elle est élevée de 4 pi. à 4 pieds 1/2.
$ IX. — Des engrais et amendemens appliqués à la vigne.
En reprenant l’ordre chronologique des opérations qu'entraîne la culture de la vigne, nous sommes arrivés à l'application des amendemens et des engrais, selon le besoin qui se fait sentir des uns ou des autres ; car le moment le plus opportun est celui qui suit la taille et l'enlèvement des javelles qui en
roviennent; ce qui a lieu généralement dans fé dernière quinzaine de mars.
Il arrive souvent que la terre d’une vigne, qui d’ailleurs peut être pourvue de bonnes qualités pour cette culture, esl battante, c’est-à-dire que sa surface se prend et se scelle à la moindre pluie; ce qui la rend difficile à travailler et la prive de la faculté d'être perméable aux influences bénignes du soleil et de l’atmosphère. Un moyen certain de lui faire perdre ce défaut, c’est de Ja couvrir ou d’une légère couche de terre chaude, qualifiée ainsi parce que les plantes qu’elle nourrit y atteignent plus promptement leur dernier terme de végétation, ou de tuf ou de terre calcaire, sur l’un ou l’autre desquels cette terre chaude repose ordinairement, et dont l'effet, étant plus énergique, rend moins grande la quantité nécessaire ; mais une matière qui est d’un grand usage et qui est éminemment propre à remplir le but qu'on se propose, est la marne calcaire. La manière la plus avantageuse de les employer est de faire stratifier pendant quelques mois celles de ces matières qu’on aura à sa disposition, avec dés couches alternatives de fumier, et de bien les mêler au moment de les répandre sur le sol. C’est en même temps dans ce cas un amendement et un engrais, que la réduction de celui-ci en terreau et son mélange intime avec l’autre disposent à s’assimiler plus promptement aux sucs alimentaires de la vigne.
Un autre engrais-amendement dont nous avons déjà parlé, et qui convient particulièrement aux Jeunes vignes,esl l’erfourssement
CULTURES INDUSTRIELLES : DE LA VIGNE ET DE SA CULTURE
L1IV. 11e
des végétaux ligneux, parmi lesquels ceux qui gardent leurs feuilles doivent être préferés ; ila été recommandé depuis longtemps, car il l’a été par OLIVIER DE SERRES, et on a lieu d’être surpris qu'il ne soit pas d’un usage plus général. Dans le midi et dans les lieux où l’on peut s’en procurer facilement, on se sert de roseaux; c'est l’Arundo phragmites dont on a fait choix à cause de son abondance ; dans la même région, on y emploie aussi les rameaux de buis ; dans le centre et le nord, la bruyére et l’ajonc qu’on laisse ordinairement se désorganiser et se consommer dans les chemins, où ils sont pilés et brisés par les charrettes et les bestiaux. Nous avons vu employer avec un grand succès les élagures des Jeunes pins, les branches de genévrier, et même de simples bourrées d’épine notre, de bourduine, d’églantier et de ronces. Nous avons dit que c'était particulièrement dans les jeunes vignes que cet engrais était plus facilement applicable, par exemple la 4° année où l'on peut ouvrir, à côté des tranchées faites et remplies lors de la plantation, de nouvelles tranchées pour les provins qu'on établira sur un lit épais de l’une de ces substances recouvert de quelques pouces de terre.
On conçoit que les varechs dont se servent les vignerons des bords de l'Océan, surtout dans le département de la Charente- Inférieure, et qui ont une odeur forte et nauséabonde lors de leur décomposition, que les immondices et les boues infectes de la capitale, et dont se servent immodérément les vignerons de ses environs, communiquent au vin un goût détestable.
— La grande bruyère, les branches de pin, et surtout celles de genévrier, ne peuvent être qu'avantageuses à la vigne, en se mêlant lentement à la terre, la divisant et lui fournissant de nouveaux sucs, sans aucun préjudice pour son fruit auquel chacun de ces végétaux n’envoie par sa décomposition qu'un arôme balsamique, qui se dégage par ses parties les plus subtiles à travers la terre. Ce moyen est d'accord avec l'expérience de tous les temps et de tous les pays; car les anciens comme les modernes reconnaissent l'efficacité des végétaux enfouis pour revivifier une terre usée, et ont remarqué la facilité avec laquelle les raisins s’imprègnent des diverses odeurs mises à leur portée. On aura soin de se presser d’enfouir ces végétaux aussitôt qu'ils auront été détachés de leur tige ou de leur souche, car c’est surtout dans cet état de fraicheur qu’une douce fermentation s’élablit promptement, et maintient la terre dans un juste degré de chaleur et d'humidité. Nous en avons fait plusieurs fois l’expérience avec un succès qui rend évidens les bons effets de l'emploi de ces matières.
Quant aux engrais proprement dits, ils devront toujours êlre stratifiés par couches, si ce sont des fumiers de basse-cour, avec de la terre pendant trois ou quatre mois au moins, et bien mêlés au moment de les emplayer. Malgré mon respect pour OLIVIER DE SERRES, Je ne déférerai pas à sa recommandation en faveur de la colombine et du fumier de volaille, ne pensant pas que leur emploi
crap. 9°. DE LA VIGNE ET
uisse être sans une influence fàcheuse sur
a qualité du vin, à moins d’un mélange de terre en grande proportion. Le dernier, surtout, a une odeur infecte et très-forte, ce qui doit être, les gallinacés étant omnivores ; mais je ne peux trop recommander, en ayant fait souvent l'expérience, la répure de cornes, assez abondante dans les villes et d’un facile transport.
$X.— Conduite de la vigne jusqu’aux vendanges.
Aussitôt ou bientôt après l’application des engrais, commence la première facon, c'eslà-dire le travail de la terre à la houe ou à la pioche ou pic àdeux fourches. On commence à la donner dans quelques cantons dès la mimars, et cet usage étant dans l'intérêt du vigneron, on aurait bien de la peine à le faire changer; il serait mieux de ne commencer qu’en avril; mais c’est trop retarder cette facon que de ne la commencer qu’en mai, comme on fait dans quelques vignobles. C’est sans doute pour préserver les vignes des gelées tardives qui frappent plus facilementune terre fraichement remuée; mais ce préservatif n’est pas toujours sûr etentraine de graves inconvéniens;a la vérité, quand c’est uneterre chaude, c’est-à-dire calcaire et point battante, ce retard procure un nettoiement plus exact du terrain. Ainsi donc, la fixation de ce moment dépend de plusieurs considérations :
la vature du terrain, la variété du cépage, le but que l’on préfère atteindre, et les accidens le plus à craindre qui peuvent en détourner.
Après la 1"° facon viennent le placement des échalas et le ploiement des verges, varement assez forcé; car on conçoit aisément que plus il l'est, plus on est sûr de retenir la sève dans les premiers bourgeons et d’assurer ainsi la force de celui qui doit servir à asseoir la taille de l’année suivante : il serait heureux pour le propriétaire que l’on commençât le 1° accolage aussitôt après avoir fini la première facon; beaucoup des plus forts bourgeons, éclatés par les grands vents ou les pluies d'orage, seraient sauvés; mais nos vignerons s’arrangent pour que les deux accolages soient faits en même temps et les retardent par cette raison jusqu’après la fleur.
C’est ordinairement à cette époque de l’accolage qu’a lieu l’ébourgeonnement dans les lieux où il est pratiqué. Cette opération, qui doit précéder l’accolage, consiste à supprimer tous les bourgeons qui ne portent pas de fruits et qui ne sont pas nécessaires pour la taille suivante. Elle est surtout importante pour les très-jeunes vignes et les vieilles aux premières, parce qu'elle donne plus de force aux sarmens restans et les dispose
mieux au prochain provignage, dont elles ne peuvent se passer pour être peuplées convenablement; aux secondes, parce que leur faiblesse leur rend plus nécessaire l’accumulation du peu de sève que le terrain leur fournit dans les bourgeons qu’on leur laisse. D'après M. CavoLeau, il n’y a guère qu’un liers des vignobles de France où il soit pratiqué ; ille serait davantage s'il était regardé come indispensable, et s’il n’augmentait pas beaucoup les frais déjà si considérables de la culture de ja vigne. L’ébourgeonnage me parait sans utilité dans les vignes trèsespacées, à moins qu'elles ne soient soumises à la culture à la charrue; du reste, s'il est pratiqué sur les bords dela Marne, il ne l’est pas dans la Côte-d'Or et le Médoc: d’où l’on peut conclure qu'il n’est pas essentiel à la qualité du vin.
La rognure se fait aussi en même temps, c’est-à-dire qu'aprèsavoir mis le second lien, on rogne les sarmens au-dessus de l’échalas Les vignerons experts le regardent plus comme une opération de propreté que de nécessité; cependant elle sert aussi a donner un plus libre accès aux rayons directs du soleil, et par cela même en favorise la réflexion. Je suis obligé de confesser que je ne suis de l'avis, ni de M. CaAvoLEAU sur les effets de la rognure de la vigne, malgré sa lecon sur le mouvement de la sève dans les plantes, empruntée du Traité de chimie de M. Taénanp, ni de l’abbé Rosier qui prétend qu’elle épuise la vigne et nuit à la qualité du fruit, ni de M. LeNorr qui l’assimile au pincement (1) des jeunes pousses du pécher, malgré l'énorme différence du mode de végétation de l’un et de l’autre, et lui attribue la faculté de forcer les veux inférieurs à se former en yeux à fruits, sans être retenu par l’absurdité de cette assertion qui saute a l'esprit de tout vigneron, et que J'ai démontrée ailleurs : autant le pincement est ingénieux et d’un bon effet, mais a besoin d’être fait par une main habile, autant la rognure serait absurde pratiquée dans le même but; et si elle est sans inconvénient, on conviendra du moins qu’elle n’exige pas, dans sa pratique, des mains dirigées par une haute intelligence, puisqu'elle est souvent abandonnée aux femmes. Je répète donc, non seulement d’après mon propre sentiment, mais aussi d’après celui de tous les vignerons que j'ai consultés, que cette opération est d’une bien légère importance, que si elle est générale dans les vignes échalassées, c’est que son utilité, si faible qu’elle soit, est secondée par la facilité et la prestesse de l’exécution.
La seconde facon ne devrait jamais commencer ayant le mois de juin, et la derniere vers la mi-août ; mais, dans bien des localités, les vignerons se sont arrangés pour avoir
(1) Je pourrais citer, contradictoirement à l'opinion de M. LENOIR, l'exemple donné dans moa canton par un riche vigneron,qui, agissant comme aurait pu le faire un pur théoricien, un Parisien bien pénétré de la supériorité de la science sur l'expérience, s'était avisé de faire rogner tous les bourgeons de sa vigne, au lieu de les accoler, à deux yeux au-dessus de la grappe, et qui, pour être plus sûr que toute la sève, ne trouvant plus d’issue, refluérait sur les raisins, avait fait éborgner les deux seuls yeux qu se trouvaient au-dessus d’eux , en conservant les feuilles, toutefois, comme aurait pu le faire un maitre passé en physiologie végétale. Cette intéressante expérience Jui a coûté une quarantaine de
pièces de vin, c’est-à-dire une centaine de louis-
fini leurs trois façons au 1°” «le juillet, ce qui fait un intervalle beaucoup trop considérable eatre la dernière façon et les vendanges; aussi voit-on beaucoup de vignes salies de mercuriales et de soucis dont la présence ne contribue pas peu à donner au vin un goût particulier peu agréable, dont le terroir seul est accusé. , En suivant ainsi l’ordre de la succession des travaux de la culture de la vigne, nous sommes arrivés aux deux derniers qui se font simultanément dans les vignes des propriétaires soigneux de la qualité du vin; c’est, pour celles où il n’y a pas d’échalas, le posage des fourchettes où piquets légers, d’environ 35 centimètres et dont la partie supérieure a deux petits fourchons, ou, à leur défaut, est fendue et maintenue ouverte par un écli de bois, et, pour toutes les vignes sans exception, l’épamprement,au moyen duquel on expose les raisins aux rayons du s0leil en les dégageant des feuilles ou pampres qui les interceptaient. Cette opération, bien faite et en lemps convenable, est fort utile; la maturité du raisin se décide mieux et s’accomplit sous des conditions plus favorables, le raisin étant exposé sans intermédiaire aux rayons du soleil, etbaignaut dans un air continuellement échauffé par les rayons directs et réfléchis du soleil, et maintenu tel pendant la nuit par la chaleur accumulée pendant le jour, qui se dégage du sol. Cet effet est d'autant plus marqué alors sur la vendange, que de fréquentes rosées en attendrissent la peau; toutefois, il faut prendre garde de commencer trop tôt, car il arrive souvent dans ce cas que les raisins sont grillés par la chaleur encore trop vive du soleil. — Si Bosc, dont l'autorité est puissante sans doute, mais qui n’a jamais eu assez de temps à consacrer à ses observations pour qu'elles soient toutes d’une égale justesse, avait considéré que les propriétaires ne se décident à se livrer à des soins dispendieux que parce qu'ils en ont reconnu l'efficacité, il se serait bien gardé de blàmer cette pratique; il m’est impossible aussi de m'associer à lui pour la condamnation qu'il prononce contre les vignerons des environs de Metz, qui n’arrétent pas ou ne rognent pas les bourgeons de leurs vignes, et Je ne puis admettre l'existence des prétendus résultats de celte omission, dont ils ne se sont sûrement jamais aperçus.
J'aurais pu présenter un tableau des différens modes de culture des vignobles les plus renommés, comme je me l'étais propose, mais ces différences sont la plupart trop légères pour que la description de chacune d'elles n’eût pas élé une répétition faslidieuse et sans intérêt; J'ai seulement saisi leurs traits principaux les plus importans, et je me suis réduit, à l'exception de la courte notice sur le vignoble du Médoc pour le rouge, et sur celui du Mäconnais pour le blanc, qui présentent l’un et l’autre des différences plus tranchées, à ne parler que des pratiques quileursontcommunes ou de celles
CULTURES INDUSTRIELLES : DE LA VIGNE ËT DE SA CULTURE. 1iv. fr.
dont la différence à un motif rationnel. d'après l'autorité de lexpérience et celle des auteurs les plus éclairés, en me défendant, à l’égard de ceux-ci, du prestige de leur réputation, quand leur avis était contraire aux observations journalières des vignerons.
Il semblera peut-être quelque peu téméraire, de la part de l’auteur d’un exposé des modes de culture de la vigne, d’oser blâmer quelques parties de celui suivi sur les bords de la Marne et vers la Côte-d'Or, et au lieu de s’en tenir à les exposer exactement, d’en avoir décrit un autre qui n’en diffère pas à la vérité dans son ensemble, mais seulement dans le retranchement de quelques vices de détail, trop palpables pour douter qu'ils existent ailleurs que dans la tête de ceux qui les rapportent. Par exemple, quel est le propriétaire assez dissipateur des ressources de prospérité de son domaine pour emplir de fumier, lors de la plantation, des fosses de 2 pieds de profondeur, et capable de la misérable spéculation de placer trois chevelus ou même trois crossettes dans la même fosse pour en relever un ou deux par la suite ? Quel propriétaire est assez jaloux d’atteindre la plus haute qualité pour son vin, excepté sur les bords de la Marne où il se vend 3 fr. la bouteille, pour augmenter encore les frais de culture par ceux d’un ou méme deux ébourgeonnages, si toutefois cette opération y contribue? Nous pouvons donc affirmer avec certitude d’être approuvé par tout homme sensé, tant soit peu au courant des connaissances générales sur cette matière, et c’est le résumé de tous les traités d'œnclogie : que c’est à la nature du plant, à celle de la terre, au soin du provignage (1) annuel d'environ la vingtième partie des ceps, qui procure une longévité presque séculaire à des vignes qui seraient de très-courte durée sans lui; à celui aussi de s’abstenir de l'usage du fumier sans mélange et de tout autre moyen d’abondance ; à l'attention enfin de ne laisser faire à la vendange qu’un court séjour dans la cuve, que les Bourguignons doivent la supériorité et la renommée de leurs vins; que la qualité différente des produits des autres vignobles dépend également de la variété des plants qu’on y a adoptés et que nous avons indiqués, ainsi que des soins de fabrication qui sont ailleurs exposés avec tous les détails suffisans pour les faire bien connaître. Or, tous ces soins peuvent être imités, toutes ces circonstances peuvent se trouver ailleurs dans un climat pareil.
$ XI. — Circonstances nuisibles à la vroduction de la vigne.
Arrivés au point de n’avoir plus à attendre qu'un beau jour pour commencer les vendanges, nous renverrons à la division des Arts agricoles les soins qu'il faut prendre et les considérations qui doivent en détermiver le moment précis. Nous allons terminer cet articie par un coup-d’œil sur toutes les causes qui peuvent avoir de fâcheuses influen-
7 i ivi i il est appliqué, partout où ils ont été (1) Ce mode d'entretien a suivi les plants de vigne auxquels 1l est qué, 1 AR ; circonstance d’autant plus facile à expliquer à la simple inspection, que leur faiblesse en
fait une nécessité.
CHAR. 19°. DE. LA, VIGNE,ET DE SA CULTURE. iii
ces sur l'abondance ou la bonne qualité de | de vigne ; les intempéries, telles que les vents
la récolte. | froids et les pluies, secondent et même dé-
Commençons par le plus commun de ces | terminent cette fâcheuse disposition à laisser fléaux, a gelée. Souvent elle est assez forte | tomber les fleurs sans qu’elles tournent en pendant les hivers rigoureux pour éteindre ! grain. Alors les grappes même tombent, ou désorganiser les yeux ou boutons, et | n'ayant rien à nourrir. Parmi les cépages qui même attaquer le bois et ruiner complète- | y sont le plus sujets, passent en première ment beaucoup de ceps; nous en avons eu | ligne le Pendoulau du Jura, et le Côt des cosouvent de tristes exemples. Les gelées du | teaux du Cher, Pied rouge, Côte rouge, Pied
* printemps sont plus communes, et, à moins | de perdrix ailleurs. On a bien indiqué un
qu’elles ne soient très-fortes, leurs effets se | moyen assez certain d'empêcher la coulure,
font ressentir fort inégalement. Des vignes | l’incision annulaire où circoncision, moyen en sont presque entièrement exemptes, d'au- | dont quelques amateurs de jardinage font tres en partie. Cette inégalité de ses coups | usage avec un succès constant sur les vignes se fait remarquer sur les jeunes pousses d’un | d’espalier; mais on a remarqué que la quamême cep,etest le plus souvent inexplicable. | lité du vin en était altérée, et qu’elle affai-
On a indiqué comme moyen préservatif la | blissait pour long-temps les ceps opérés.
fumée produite par plusieurs tas d'herbes et Si une humidité trop prolongée est perni-
de broussailles mouillés pour la rendre | cieuse à la vigne, une trop grande sécheresse plus épaisse, et placés au vent de la vigne | l’est presque autant, surtout si le sol est trèspour que la fumée se répande sur elle ; mais | incliné au midi et repose sur le tuf ; alors les
il est rare qu’on ait le temps ou même la vo- | feuilles jaunissent et tombent même quel-
lonté de faire ces préparatifs. Si l’on n'avait quefois; et si c’est à l'approche des ven-
que quelques ceps précieux à conserver, un | danges, la peau du raisin durcit et s’épaissit, moyen simple et facile serait de piquer à leur | et Je raisin ne peut atteindre une maturité pied des branches de jeunes pins ou de | parfaite.
grande bruyère, car presque toujours les Les vents violens font aussi beaucoup de
plus simples abris suffisent. Un célèbre pro- | tort aux vignes, surtout aux vignes sans
priétaire et commerçant de Champagne em- | échalas ou à celles échalassées avant l’accoploie ce moyen avec le plus grand succès. | Jage que l’on retarde toujours trop.
Comme il arrive ordinairement que les cé- | Les intempéries ne sont pas les seules cau-
ages les plus hâtifs à la pousse, tels que ce- | ses des risques que la vigne ait à redouter : ui connu sous le nom de Pireau menu en | il est quelques affections morbifiques de La Touraine, sont les seuls frappés quand la | prone auxquelles la nature du terrain, ainsi gelée survient avant la mi-avril, c’est une qu'il arrive pour la coulure, dispose plus ou considération qui devra avoir du poids dans | moins quelques cépages, et aussi certaines le choix du plant lors de l'établissement | circonstances de température ; les plus comd’une vigne. — Quelquefois on est surpris | munes sont la bräure des feuilles et le grillé aussi par la gelée vers les premiers jours d'oc- | des raisins, dues à des coups de soleil trop tobre ; alors les raisins durcissent et cessent | ardens ; la rouille due à l'invasion d’un chamde mürir, et la plupart conservent l'acidité | pignon parasite; la Jaunisse occasionée soudu verjus. C’est en vain qu'on leur laisse le | vent par la présence de l’isaire, autre chamtemps de parvenir à leur maturité, leur pa- | pignon parasite interne ou subterrané, qui renchyme est désorganisé, et l’état qui suit | s'attache aux racines. Il n’est aucun moyen est la pourriture. — On préserve assez sûre- | de remédier aux deux premières ; quant à la ment la vigne des gelées d'hiver et du prin- dernière, on peut empêcher son extension en temps en la couvrant de terre; ce moyen est | faisant une tranchée‘ profonde autour des employé sur les côtes du Rhin, dans le Jura, ceps attaqués.
en Piémont, dans Ja plaine de Novi, et en Enfin plusieurs sortes d'insectes, quelques
Hongrie au vignoble de Tokai. quadrupédes et des oiseaux de diverses es-
Un autre fléau non moins redoutable est pèces causent à la vendange de grands domla gréle; pour celui-ci rien ne peut en préser- mages. Parmi les premiers, les durbecs ou ver que la faveur du ciel. Cependant il ne | becmares, le charancon gris, la larve du frappe pas aussi généralement que la gelée; | hanneton se font remarquer le plus souvent certaines localités y sont plus sujettes que par le vigneron; parmi les seconds, les d'autres. Il arrive souvent que ses suites ne | chiens, les renards, les blaireaux et les bérissont pas seulement funestes pour la récolte | sons ; et au nombre des derniers, les grives de l’année même, mais se font encore res- | et Jes étourneaux qui y tombent par bandes, sentir dans l’année suivante. sont les animaux qui font le plus de dégât,
Un autre état de l’atmosphère presque | surtout dans les vendanges tardives. aussi désastreux, et qui l'est même davantage
par son universalité, c’est une Auwmidité continue telle que celle que nous avons eue en 1816; on n'avait pas vu d'année depuis un demi-siècle où la récolte fût aussi mauvaise Nous allons terminer cette notice par un en tout point. état des frais dont le propriétaire doit faire
Des pluies trop fréquentes sont surtout | l'avance avant de toucher quelque chose du dangereuses dans le temps de la floraison de | produit de sa vigne. Nous n’avons trouvé la vigne, car alors elles sont une cause cer- | nulle part de documens suffisans pour étataine de coulure. blir une comparaison, mais 1l doit y avoir
La coulure est un accident auquel sont | peu de différence dans le total de ces frais, particulièrement sujettes certaines variétés | ayant choisi pour type une closerie ou vi-
6 XII. — Des frais et produits de la vigne.
gnoble à trois lieues de Tours ; ce qui donne un terme moyen pourJe prix du travail entre celui des vignes aux portes d’une ville et celui des vignes plus éloignées où le travail est moins rétribué; et, quant à la récolte, nous avons choisi une moyenne dans les dix dernières années qui ont été généralement assez bonnes, en mettaut hors de ligne l'année extraordinaire de 1825 et les premiers crûs pour la qualité, ainsi que ies produits d’une excessive abondance obtenus par quelques vignerons.
Facons d’un hectare de vigne, comprenant le déchaussage, la taille, et trois façons à la pioche ou à la marre; prix ordinaire dans le pays.
Ouverture et couchage de 450 provins a 50/sousilescent.n: le 210
Transport de la terre pour former le terrier ou terreau,et transport du terreau dans les provins.. . . . « . .
Une tomberée de fumier ou douze charges d’ânes par cent de provins, pour 450 provins. . ..........
Terrassage, apport de la terre sur le bord de ja vigne,et transport dans la vigne pour un 1/20 d'hectare.. . .
Pour renouvellement d’un cinquantième,ou sinon pour diminution progressive de la valeur d’un hec- Tate FN
On donne, de deux années l’une, une facon après vendanges,quelquesuns tous les ans, d’autres jamais ; elle coûte 22 fr. 50 c. par hectare; en calculant d’après le premier mode...
Entretien annuel des pressoirs et ustensiles, par hectare... .
Logement du closier où vigneron; il fait ordinairement 2 hectares 1/2 à 3 Gest par hectare." 0,1. S'en
Sept fûts ou poincons et un demipoinçon , les premiers à 7 fr., le se- CORAN PERMANENTS OU
Frais de vendanges, nourriture, salaire, lumière, etc.; ils varient un peu , on les a établis à 4 fr. 50 par pomcon: 7-0.
Mémoires des tonneliers, 6 fr. 50 PADHEGIATE: RS LENONS 0. ER
EMpOtIOnCIer.S 0 0 LL RC
ee