CHAPITRE XI — DU MURIER ET DE $A CULTURE SPÉCIALE
$ 1°*. — Espèces et variétés de müriers.
Le Murrer(Morus, L.;en anglais, Mulberrytree; en italien, Moro; en allemand, Maulbeer) forme un genre de la famille des Urticées, qui comprend des arbres de moyenne grandeur, dont les fleurs sont monoïques ou dioïques, disposées en chatons serrés, ovales ou alongés, et dont les femelles se transforment en des espèces de baies succulentes, agglomérées plusieurs enseinble et contenant chacune une seule graine. Plusieurs espèces de ce genre sont précieuses et d’un grand intérêt pour l'agricullure à cause de la propriété que leurs feuilles ont de servir à la nourriture des vers-à-soie, et de ne pouvoir êlre remplacées par aucune autre substance végétale, ou de ne l'être au moins que trèsimparfaitement et toujours avec une perte très-considérable dans la production de la soie. Nous allons d’abord énumérer les différentes espèces et les principales variétés du müûrier ; ensuite nous reviendrons aux détails que mérite le mürier blanc.
Le Müärier blanc (Morus alba, Lin. ; en anglais, White Mulberry-tree; en italien, Moro bianco; en allemand, #'eisse Maulbeere) ( fig. 61 est un arbre qui peut s'élever à 25
Fig. 61.
ou 40 pieds, et même jusqu’à 50 dans le midi, sur un tronc de 4 à 8 pieds de circonférence. Ses feuilles sont alternes, pétiolées, luisantes en dessus, glabres des deux côtés, ovales, un peu échancrées en cœur à leur base, dentées en leurs bords, entières dans la plupart des variétés cultivées, souvent diversement divisées en lobes dans les individus sauvages.
Cet arbre, originaire de la Chine, de la Perse et de quelques autres contrées de l’Asie, est aujourd’hui naturalisé dans le midi de l'Europe, et même il supporte assez bien les rigueurs de l’hiver de plusieurs des pays tempérés de cette partie du monde.
Une lengue culture et des semis multiplies
ont fait produire au mürier blanc plusieurs variétés qu'on distingue en général par la largeur ou la longueur des feuilles, par leur cotisistance, leur surface plus ou moins luisante, etc. Voici la nomenciature des variétés que M. AunigerrT, habile horticulteur de Tonelle, près Tarascon (Bouches-du Rhône ), cultive dans ses pépinières : Mérier feutllerose, à feuilles luisantes, comme vernissées, rarement lobées, portées sur des pélioles roses; M. romain, à feuilles grandes, ovales, luisantes; A. grosse-reine, où à lrès-grandes feuilles, un peu plissées, à péliole court comparativement à leur grandeur ; M. langue de bœuf, à feuilles presque deux fois aussi longues que larges; 4. nain, à feuilles et bourgeons très-rapprochés; M. à feuilles non luisantes; M. à feuilles grandes et cortaces ; M. à feuilles lobées; M. lacinié; une autre variété est le AZ. veineux (Morus alba venosa), que M. DerziLee, professeur de botanique à Montpellier, a fait connaître; enfin la variété la plus remarquable qui, à ce qu’on assure, se multiplie bien par le semis, c’est le 17. Horetti qui a été trouvé, il y a environ 18 ans, par M. Morerri, professeur d'économie agricole à Pavie; cette variété a beaucoup de rapports avec le mürier à grandes feuilles de M. AupiBerT ; mais les siennes sont plus rapprochées, plus nombreuses sur les rameaux, et d’ailleurs au moins aussi grandes.
La difficulté étant fort grande pour bien caractériser toutes les variétés du mürier blanc et pour les comparer à celles qui sont cultivées dans d’autres cantons, nous allons seulement énumérer celles qu'on trouve dans les Cévennes.Ces dernières sont, d’après les noms qu’on leur donne dans le pays, la colombassette, a rose, la colombasse verte, la rabalayre où traïneuse, \a pornaoü où la pomome, a meyne, Vamella où l'amande, la fourcade ou la fourche, \a dure, Y udmirable. De ces dix variétés, la colombasse verte et la colombassette sont celles qui sont regardées par les Cévennais comme étant les meilleures pour la santé des vers-à-soie.
Mürier d'Italie (Morus italica, Poir.; angl., italian Mulberry ; ital., Moro italiano). Cette espèce a le port et les feuilles du müûrier sauvageon, et elle n’en diffère que parce que son bois est teint sous l'écorce d’une couleur rose claire. Les vers-à-soie mangent ses feuilles comme celles du mürier ordinaire.
Mürier de Constantinople (Morus constanttnopolitana, Poir.; angl., Constantinople Mulberry) fig. 62). Cet arbre ne s'élève qu’à 12 ou 15 pieds; son tronc est noueux, divisé en branches qui ne poussent que des rameaux gros et courts, sur lesquels les bourgeons et les feuilles sont très-pressés; ces dernières sont cordiformes, entières, très-luisantes, et elles naissentsirapprochéesles unes desautres qu'elles paraissent comme si elles étaient disposées en touffes. Ces feuilles sont très-bonpes pour la nourriture des vers-à-soie; car dans deux expériences que j'ai faites avec elles comparativement à celles du mürier
blanc, elles m'ont constamment donné de
CULTURES INDUSTRIELLES : DU MURIER ET DE SA CULTURE